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Les Philo-cognitifs (Odile Jacob 2019)

 

Douance, précocité, haut potentiel et supra-cognition

Les sujets dits surdoués, à haut potentiel intellectuel (HP) ou précoces font l’objet d’études cliniques depuis quelques dizaines d’années déjà.

Pour Fanny Nusbaum, docteur en psychologie et chercheur en neurosciences (Université Claude Bernard Lyon I), il paraît aujourd’hui indispensable de confronter et d’objectiver les connaissances en la matière, en bonne partie fondées sur la pratique clinique, par des recherches éclairées par l’imagerie cérébrale.

Ses récentes recherches au côté du Dr. Olivier Revol, pédopsychiatre (Hôpital neurologique Lyon-Est) et du Dr. Dominique Sappey-Marinier (Université Claude Bernard Lyon I / UCBL Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé – CREATIS) l’ont amenée – grâce à l’IRMf en particulier – à identifier chez les sujets doués de ce fonctionnement particulier, jusqu’ici définis comme précoces, surdoués ou à haut potentiel, différents caractères qui confortent ou précisent le corpus d’observations cliniques déjà constitué depuis quelques années.

Son ouvrage, Les Philo-cognitifs, paru fin janvier 2019 chez Odile Jacob, révèle les dernières avancées neuroscientifiques en matière de haut-potentiel et définit une nouvelle approche, de nouveaux outils et un nouveau vocabulaire.

 

A nouveau concept, nouvelle appellation

La « philo-cognition » remplace ainsi les termes « Douance », « précocité » ou « haut potentiel intellectuel » qui depuis de nombreuses années désignent, mais aussi stigmatisent et vouent même parfois à la jalousie et aux railleries ces personnalités au fonctionnement cérébral et émotionnel si particulier. La philo-cognition est ainsi trop souvent vécue comme un handicap. Et c’est d’autant plus injuste et inconfortable pour eux, qu’ils sont généralement soucieux de se fondre dans la masse et de ne pas amplifier le rejet dont ils sont l’objet, du fait de leurs centres d’intérêts différents, de leur mode de communication différent, de leur fragilité émotionnelle etc.

Fanny Nusbaum a ainsi cherché un terme qui exprime et décrive la réalité de ce mode de fonctionnement cérébral, émotionnel et comportemental particulier, à travers sa première caractéristique : un besoin vital, permanent et boulimique de penser, réfléchir sur tout et n’importe quoi, pour comprendre le monde, lui trouver un sens et comprendre le sens de la vie, le sens de toutes nos actions et interactions avec les autres et avec le monde.

Le nouveau terme issu de cette recherche, c’est celui de philo-cognitif qui décrit celui qui aime (du grec philos / φίλος) la cognition. C’est à dire la compréhension, la connaissance, la mémoire, le langage, le raisonnement, la spéculation…

La philo-cognition est un système de pensée globale fondée sur l’hyperspéculation, l’hyperacuité et l’hyperlatence.

Fanny Nusbaum décline en outre la philo-cognition en deux profils : complexe et laminaire.

Cette distinction permet d’expliquer certaines particularités comme par exemple l’imagination fertile, l’inadaptation sociale, l’ouverture d’esprit ou la rétention émotionnelle…

 

 

L’imagerie au service des neurosciences

Depuis peu les connaissances cliniques en la matière sont approfondies dans le cadre de recherches en neurosciences, grâce notamment à l’imagerie médicale qui permet littéralement de visualiser l’activité cérébrale, lors de différentes activités, sollicitations ou émotions.

C’est grâce à la collaboration de Fanny Nusbaum au sein du CREATIS (Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé) animé par le Dr. Dominique Sappey-Marinier au sein de l’Université Claude Bernard Lyon I que les recherches neuroscientifiques, dont l’ouvrage Les Philo-cognitifs rend compte, ont pu aboutir.

Le Dr. Dominique Sappey-Marinier dispose au sein du CREATIS des derniers outils en matière d’imagerie qui tracent l’activité des zones cérébrales durant certaines tâches (parole, mouvement, etc.). Ils sont tout autant utilisés en recherche fondamentale qu’en clinique. Sans trop entrer dans le détail, les outils mis en œuvre au CREATIS sont par exemple La TEP (Tomographie par émission de positons, scintigraphie, PETscan), l’IRMf  (Imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle), la MEG (Magnétoencéphalographie).

 

Quelques notions basiques sur les grandes zones du cerveau et leur fonction

Le cerveau supervise le système nerveux central. Ledit Système Nerveux Central est composé de l’encéphale (cerveau + cervelet + tronc cérébral) et de la moelle épinière. Le cerveau est logé dans la boîte crânienne et baigne dans le liquide cérébro-spinal (également appelé liquide céphalo-rachidien).

Le système nerveux périphérique est composé de nerfs qui assurent deux fonctions :

  • la collecte des informations en provenance des différentes parties du corps et de son environnement (notamment grâce aux cinq sens : vue, ouïe, toucher, goût, odorat),
  • ainsi que la transmission au corps des ordres provenant du cerveau (au terme d’un processus électrochimique global, complxe et fulgurent).

Le cerveau remplit de nombreuses fonctions, mais nous considérerons ici seulement ses fonctions cognitives liées au traitement de l’information (sensations, émotions, souvenirs, acquis de l’expérience, croyances…).

Le cerveau est complexe et ses différentes zones sont interactives. Il en existe cependant une représentation qui définit en particulier deux grandes zones « spécialisées », aux fonctions différentes et complémentaires : l’hémisphères droit et l’hémisphères gauche, connectés via le corps calleux (une substance blanche située en son centre).

L’hémisphère gauche traite en général les informations de manière verbale et séquentielle (l’une après l’autre) et l’hémisphère droit, en général, de manière synthétique et spatiale.

Cette représentation, est certes schématique, mais elle est communément utilisée depuis les années 70 :

  • L’hémisphère cérébral gauche – également appelé cerveau gauche – est ainsi notamment le siège de la réflexion, des apprentissages (langage, écriture, mathématiques, sciences), de la raison, des raisonnements, des calculs, du projet et des anticipations, des règles sociales et légales, de la culture, des interdits, des tabous…
  • L’hémisphère cérébral droit (ou cerveau droit) est surtout celui l’instinct, de l’émotion, de l’intuition, des sens (sensitivité, sensibilité et sensualité), de l’improvisation, de la créativité, de la spontanéité… Il est aussi celui du plaisir sensuel, du culte de l’immédiateté (carpe diem), du présent.

Nota : Cette représentation vaut pour les droitiers, mais elle est inversée chez les gauchers, assez nombreux parmi les sujets à haut potentiel.

Chaque hémisphère se décompose en outre en quatre parties externes : le lobe frontal, pariétal, temporal et occipital. A cela on pourrait ajouter ce qu’on nomme le « système limbique » ; c’est-à-dire une zone constituée : de l’hippocampe, du thalamus, de l’hypothalamus, du gyrus cingulaire, des ganglions de la base (appelés aussi noyaux gris centraux), du fornix et des amygdales. De récentes recherches montrent également la présence de neurones dans le système digestifs… mais restons schématiques pour ne pas compliquer notre propos qui se veut généraliste.

 

Un fonctionnement cérébral à part

On pourrait résumer en disant que le cerveau gauche décompose ou analyse les situations et que le cerveau droit ressent, expérimente, improvise et innove. Pour autant, toutes les zones du cerveau interagissent plus ou moins et simultanément, selon les diverses activités que peut suivre l’IRMf, chez tous types de personnes, de différents niveaux « d’équipement cérébral ».

Or, ce qui est caractéristique et frappant chez les philo-cognitifs, c’est l’activité intense de leur cerveau gauche qui gère l’hyperspéculation qui caractérise leur fonctionnement cognitif spécifique, ainsi que la quantité des interactions visibles entre les deux hémisphères et la fulgurance, la spontanéité et la pertinence des réponses qui en découlent. On peut cependant parfois déplorer que ces réponses spontanées et évidentes, pour les philocognitifs, leur soient parfois difficiles à expliquer ou justifier ; ce dont d’ailleurs leurs interlocuteurs ont parfois du mal à s’accommoder.

Mais les philocognitifs n’aiment pas seulement penser, réfléchir, couper les cheveux en quatre ou se faire des nœuds au cerveau (comme le disent ceux qui les côtoient sans toujours les connaitre), même si c’est la caractéristique dominante et partagée par tous les sujets concernés par la philo-cognition, quelles que soient leur appartenance aux différentes catégories dont ils relèvent.

Hypersensibles et hyperesthésiques (ce qui mobilise également leur cerveau droit), les philocognitifs sont aussi empathiques. On dit qu’ils ont « le cœur sur la main ». Ils sont des cœurs purs, ils sont de bonnes âmes… et ainsi des proies faciles pour les personnes moins bien intentionnées qui en font ainsi souvent des souffre-douleurs, des proies. Ils sont également intuitifs, hypersensibles, créatifs et passionnés, recherchant du sens et du lien dans toutes les matières abordées et dans toutes les rencontres.

 

Ultra-cognition et supra-cognition

La cognition qui inclut l’ensemble du champ sensoriel et émotionnel n’est pas cependant limitée à la performance intellectuelle. Ainsi, les performances sportives exceptionnelles et l’habileté ou l’agilité exceptionnelles de certains artiste virtuoses, par exemple, relèvent de ce que Fanny Nusbaum nomme ultra cognition.

L’ultra-cognition est en effet liée à des aptitudes spécifiques dans certains domaines de la perception, de la gestion des informations, dans l’adaptation situationnelle et dans la motricité. C’est elle qui permet et explique l’habileté, l’agilité ou les performances exceptionnelles mais aussi la motivation et la réussite, chez les sportifs de haut niveau, comme chez les artistes virtuoses.

Dans la nouvelle représentation de la douance proposée par Fanny Nusbaum, l’ultra-cognition est le pendant (et parfois un complément) de la philo-cognition. Et ultra-cognition et philo-cognition sont ainsi regroupées dans le champ global défini par Fanny Nusbaum comme supra-cognition.

La supra-cognition intègre ainsi toutes les dimensions de l’intelligence. Et la conjonction très particulière de philo-cognition et d’ultra-cognition peut mener à ce qu’on est convenu d’appeler le génie.

 

Les philocognitifs à la ville, au travail et dans le couple

Les philo-cognitifs complexes, le sens et les études

Les philocognitifs, comme leur nom l’indique (et comme expliqué plus haut) ont un besoin vital, permanent et boulimique de penser et réfléchir pour comprendre les choses et leur trouver un sens.

Ainsi, ce qui n’a pas de sens pour eux ou ce dont ils ne perçoivent pas le sens n’a pas d’intérêt et surtout ne peut pas pénétrer leur intelligence ni se fixer dans leur mémoire.

Les philo-laminaires ont cependant la faculté d’accepter l’abstraction et les règles d’un jeu dont ils ne comprennent pas toujours le sens, mais les philo-complexes sont tellement bombardés d’émotions, de pensées en arborescence et tellement sensibles et réceptifs aux stimulations parasites (musique, bruits divers, inconfort d’une étiquette sur un vêtement…) qu’ils parviennent moins facilement à fixer leur attention. Au cours de leurs études, notamment, ils décrochent… et s’ennuient ; ce qui explique certains troubles de l’attention (TDA).

Un jeune adulte philo-complexe, me disait récemment son manque d’intérêt pour les maths, dès lors qu’ils ne se représentait pas à quoi correspondait réellement telle ou telle équation ou fonction. Ainsi, quelle ne fut pas sa stupeur (et son dégoût) lorsque son prof de maths de classe de 3ème, qu’il avait interrogé sur le sens et l’utilité d’une courbe, lui répondit : « Cette courbe ?!! A quoi elle sert ?!!! Elle sert à ce que tu réussisses ton brevet, ballot ! »

Ecœuré et définitivement perdu, le pauvre naufrager scolaire dut cuver sa phobie scolaire encore quelques années avant de pouvoir trouver du sens aux matières enseignées. Il n’y parvint enfin que bien plus tard, au fil de ses études supérieures, après un bac indigeste vaincu à l’usure à la troisième tentative.

Nombre de philo-complexes abandonnent cependant les études plus tôt, pour n’avoir pas trouvé les bons enseignants, capables d’éveiller leur intérêt et de susciter leur motivation, par une pédagogie adaptée et une attention particulière, propres à éclairer leur enseignement d’un véritable sens, en résonnance avec le besoin immédiat de l’élève de comprendre l’utilité de la matière enseignée (à court et long terme), pour fixer son attention. Anéantis par l’ennui, ces élèves, sont incapables de se motiver à écouter et retenir les cours, lorsqu’ils ne les comprennent pas ou n’en comprennent pas l’utilité.

Un autre jeune patient philo-complexe (également auto-proclamé nul en maths et matières scientifiques), me raconta avoir paradoxalement troqué son statut de cancre (placé dans les 3 ou 5 derniers de la classe tout au long de sa scolarité dans quasi toutes les matières) pour une place de premier en SVT, physique et chimie en classe de première. Pourquoi ? Une meilleure interaction (plus individuelle, plus émotionnelle ou plus ludique) avec le prof qui enseignait ces trois matières cette année-là est la probable explication.

Les cancres abonnés aux dernières places qui parviennent accidentellement et de manière aussi éphémère qu’inattendue à décrocher les premières places sont presque toujours des philo-complexes. Et qu’une pédagogie plus individualisée et plus adaptée et/ou une attention particulière des professeurs aura pu réveiller, l’espace de quelques semaines.

 

 Les philo-cognitifs et le mensonge

Face au mensonge ou à la tricherie, la loyauté naturelle des philo-cognitifs est déstabilisée et malmenée. Ils sont alors égarés car c’est trop compliqué à gérer.

En outre, ne pouvant concevoir eux-mêmes le mensonge, il ne leur vient pas à l’idée qu’on est en train de leur mentir. Ils sont ainsi susceptibles de tomber dans de nombreux pièges (relationnels ou manipulation).

Les philo-cognitifs ne ressentent souvent pas le menace du mensonge ou de la manipulation, même s’ils ont une forte intolérance à l’injustice (mais pas spécialement à celle dont ils sont les victimes). Confrontés aux menées mensongères et/ou malveillantes des autres, ils sont ainsi parfois incapables de les identifier et de s’en prémunir.

La mauvaise foi est ainsi un supplice pour nombre de philocognitifs, par définition étrangers à l’idée de mensonge et réfractaires à l’idée qu’on pourrait leur mentir. Pour eux le monde est déjà assez dénué de sens et compliqué comme ça et ils buggent face au mensonge ou à la manipulation.

Pour eux, mentir, ce ne serait, en outre, pas seulement trahir les autres, mais – pire – se trahir soit même ou se renier, comme si ce qu’on est, ce qu’on fait, ce qu’on dit ou ce qu’on pense était sale ou indigne.

Comment ainsi garder une estime de soi-même quand on ment aux autres ou quand on se ment à soi-même ? C’est pour ça que le faux-self dont il se sont souvent affublés au fil du temps (inconsciemment et par nécessité vitale) est à la fois douloureux et difficilement identifiable pour eux. Et c’est d’ailleurs pour ça que nombre d’entre eux sont tétanisés à l’idée de se reconnaître philo-cognitifs, tant ils ont intégré leur faux-self... au point de ne pas identifier que cette carapace est en fait un peu un étranger pour eux.

Et même si mentir leur paraît parfois un moyen de protéger ceux qu’ils aiment, ils ne sont finalement pas sûrs que ce soit un service à leur rendre à long terme. En tout cas ça complique, finalement, beaucoup la vie.

Mais surtout, comme ils sont empathiques, ils ne souhaitent pas biaiser, tricher ou mentir pour s’imposer. Un patient philo-complexe me confiait par ailleurs récemment que pour lui un jeu de société ou une compétition sportive perd son sens et donc son intérêt si l’on triche. D’où, pour lui, un sentiment d’injustice, de perte de sens, d’intérêt et de révolte lorsqu’il est confronté au mensonge ou à la tricherie.

Les méchants et les manipulateurs n’existent ainsi pas pour eux. Et ils se font ainsi régulièrement vampiriser, parasiter et piller par des pervers narcissiques sans scrupules, dont ils refusent d’identifier le mal et de ce fait sont incapables de se débarrasser. Leur besoin d’interaction émotionnelle, de reconnaissance et d’amour les conduits en outre à prendre leurs désirs pour des réalités et à ne voir en ceux qui s’intéressent à eux que des personnes bienveillantes (à leur propres image) alors qu’il peu également s’agir de prédateurs fascinés par leur intelligence, mais jaloux et désireux d’en tirer avantage.

 

Les philocognitifs et la jalousie

La jalousie est un sentiment de personnes qui se croient moins capables que les autres de parvenir à la réussite. Même si les philocognitifs manquent parfois d’estime d’eux-mêmes ils ont pu expérimenter combien leur capacité à la suradaptation leur permettait d’atteindre des objectifs ambitieux. Ils peuvent ainsi, paradoxalement, avoir une bonne confiance en eux, sans toujours posséder une grande estime d’eux-mêmes, se considérant parfois même des imposteurs quand ils connaissent une réussite qu’ils imaginent imméritée ou trouvent de manière fulgurante mais inexplicable des solutions qu’il ne savent pas démontrer. Leurs professeurs les traitent d’ailleurs souvent à cette occasion de tricheurs ou de fumistes.

Les philocognitfs font ainsi fréquemment les frais de l’incompréhension ou du rejet.

Dans le couple, leur fidélité aux engagement pris, leur foi en l’Homme et en l’Autre les font souvent penser que « ça va s’arranger » et qu’ils pourront un jour toucher le cœur de l’autre pour le rendre bon.

Les philocognitfs s’emploient ainsi à ignorer que de mauvaises personnes existent (aux qualités mentales et humaines parfois douteuses) et que ces personnes, souvent jalouses et exclusives n’ont d’autre recours pour réussir qu’exploiter les autres, tromper, mentir, manipuler.

Les philocognitfs sont des cœurs simples mais de esprits droits et ils ressentent rarement la jalousie, car ce que possèdent les autres ou ce dont sont capables les autres ne leur parait jamais d’un accès impossible. Et ce guère davantage dans le couple que dans la vie sociale ou professionnelle, par ce que leur confiance en eux les rend confiants dans leur capacité à être aimés pour qui ils sont… même si ce n’est en fait pas souvent le cas… surtout lorsqu’ils sont confrontés à l’incompréhension de non-philocognitifs.

La médiation et la thérapie conjugales au sein de couples mixtes est ainsi un domaine complexe que de rares médiateurs ou thérapeutes ont investi. Parmi eux, je citerai Arielle Adda. Arielle Adda est une psychologue parisienne, spécialiste des sujets philocognitifs, présentant des troubles émotionnels ou des problèmes d’intégration en milieu scolaire ou dans le couple.

 

Les philocognitifs et les troubles de l’attention

Il faut considérer le désordre qu’on nomme TDA, en prenant en compte l’hyperesthésie et l’hypersensibilité des philocognitifs et le fait que ces sujets sont submergés d’émotions, de stresses, d’informations et de perturbations (sonores, lumineuses etc.).

Ces inputs perturbent leur attention et leur application, car le cerveau et ses fonctions inhibitrices d’infos secondaires peinent à les gérer.

Ces mêmes inputs sont moins nombreux et moins violents chez les neurotypiques et correctement gérés. Mais l’attention et la concentration des philocognitifs (neuroatypiques), littéralement submergés, en est affectée.

 

Bien d’autres particularités des sujets philo-cognitifs méritent d’être évoqués mais ce court article n’a pour toute prétention que de renvoyer à la lecture de l’ouvrage Les Philo-cognitifs (Odile Jacob 2019).

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Caresses, massage et neurosciences…

 

Caresses, massage et neurosciences…

Le massage, toucher bienveillant ou les caresses sont des signes de tendresse ou d’attention portés à l’autre. Le premier contact au monde d’un petit mammifère et notamment d’un petit d’Homme, est celui du toucher bienveillant et des caresses de sa mère.

Les bienfaits thérapeutiques des caresses sont connus de tous… et les graves carences que leur manque peut occasionner le sont tout autant.

D’inhumaines expériences, menées dans des orphelinats de l’ancien bloc de l’Est, montrent en effet les ravages psychologiques sur une population de jeunes individus d’une absence volontaire de tout toucher peau à peau et de toute caresse, depuis l’âge du biberon jusqu’à l’adolescence.

  

Comment la science explique-t-elle cela ?

Notre peau n’est pas seulement l’enveloppe de notre corps. Elle est aussi l’organe du toucher. Elle contient un très grand nombre de capteurs sensitifs (environ 1 500 000).

Ces capteurs identifient, décryptent et interprètent, à la fois, ce qui nous touche, entre en contact avec notre épiderme et ce que nous touchons. Puis ils transmettent au cerveau les informations nécessaires à nous protéger des agressions (piqûres, chaleur, froid, humidité etc.) et à guider certaines de nos actions.

Au dire de l’enseignant-chercheur Laurent Misery de l’Université Bretagne Occidentale (Laboratoire de Neurosciences de Brest), la peau est un organe aussi sensible et performant que l’œil.

Lorsque la peau est caressée, les messages qu’elle envoie portent sur l’intensité, le sens, la profondeur, la localisation, la température et les caractéristiques du contact.

Les récepteurs de notre épiderme sont alors stimulés, de telle manière qu’on pourrait dire qu’elle occasionne une transmission d’énergie qui recharge nos batteries.

Le contact peu à peau provoque en effet dans le cerveau la sécrétion des neurotransmetteurs et notamment des hormones liées au plaisir :

  • les endomorphines qui calment, apaisent, adoucissent et plongent dans un état euphorique ;
  • l’ocytocine, dite « hormone de l’attachement », qui nous lie durablement aux autres ;
  • la dopamine, qui donne de l’énergie et régule l’humeur ;
  • la sérotonine, également impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur

Ce cocktail contribue à notre bien-être et alimente un cercle vertueux qui contribue notamment :

  • à une diminution du stress,
  • au développement de l’empathie,
  • à une augmentation de la confiance,
  • au renforcement de l’attachement,
  • à la croissance de l’affection réciproque


Nous avons tous besoin de câlins, de tendresse et de manifestations bienveillantes pour survivre, pour fonctionner et pour grandir. Car les câlins et autres contacts affectueux développent le cerveau des enfants et font notamment mûrir le cortex préfrontal, zone essentielle du cerveau.

 

Perte de libido et souffrance

Au cours de mes consultations en sexothérapie et autres médiations familiales, j’ai pu observer l’immense souffrance et le gâchis que représente parfois la perte de libido d’un des conjoints, pour l’autre, ou bien une situation de conflit larvé au sein du couple qui ferme la porte au rapprochement des corps.

On est ainsi étonné, lors des séances de thérapie de groupe, de voir avec quelle simplicité et quelle ferveur, les participants acceptent de se prendre les uns les autres dans les bras, parfois pendant plusieurs longues minutes, manifestant leur besoin de bienveillance de toucher et d’amour.

 

Toucher et plaisir sensuel

Elaine Chapman du Département de physiologie de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal (Centre de recherche en sciences neurologiques) affirme même que des terminaisons nerveuses de l’épiderme sont spécialisées dans le plaisir. Elles se situent dans les zones duveteuses, autour des follicules pileux : le dos, les avant-bras… Elles sont nommées fibres C tactiles.

Ces fibres s’activent dans de légers mouvements à rebrousse-poil.

Leurs capteurs sont sensibles à la plus ou moins grande rapidité et à la plus ou moins grande pression du toucher. Ils envoient des signaux électriques au cerveau qui sont réceptionnés par l’insula, région cérébrale spécialisée dans les émotions, qui diffuse ensuite le plaisir… si le cerveau contrôlant accepte de s’ouvrir au plaisir.

Les conditions idéales pour qu’une caresse procure du plaisir sont nombreuses et les plus déterminantes sont psychologiques / cf. https://medi-therapie.com/plaisir-sensuel-lacher-prise-et-pleine-conscience/.

Au plan strictement technique et si les bonnes conditions psychologiques sont réunies : La pression de la main doit être modérée. La vitesse ne doit être ni trop rapide ni trop lente (environ 2,5 centimètres par seconde) et la température de la main qui caresse doit avoisiner 32 degrés.

Mais attention la pression ou la rapidité du massage ne doivent pas être trop uniformes, car il y a un risque de monotonie et de prévisibilité peu favorable à la montée du désir… préalable nécessaire au plaisir / cf. http://www.massage-feminin-lyon.fr/massage-tribo-sense/.

En phase finale (préorgasmique) la pression, la rapidité et la lubrification des zones érogènes stimulées doivent au contraire être régulières et prendre en compte le tempo respiratoire du sujet massé et son accélération finale.

 

Le Ki-golo, outil thérapeutique traditionnel africain

Monsieur Ismaël – guérisseur traditionnel sénégalais qui fut un de mes premiers maîtres en thérapie – me dit un jour : « Quand je suis arrivée en France à 19 ans, j’ai été étonné de voir à quel point le toucher et les caresses étaient diabolisés. Je suis d’une lignée de guérisseurs qui massent et caressent les corps et les âmes en peine. Et je n’arrive pas à comprendre que pour soigner un corps qui souffre on pense d’abord aux piqûres avant de penser aux caresses. Que fait une maman qui voit son enfant pleurer ? ».

Le Ki-golo que pratiquait Monsieur Ismaël repose sur la douceur et une forme d’enveloppement protecteur. Il avait comme des yeux au bout des doigts. Il enveloppait les personnes de ses immenses mains protectrices, mais n’utilisait pas toujours ces mélanges d’huile d’argan (ou de beurre de karité) et d’huiles essentielles dont il avait le secret.

Il se posait un long moment, immobile, au côté du patient allongé (il disait « la personne » car il n’employait ni le terme de client, ni celui de patient). Il déployait ses deux mains bien à plat sur la nuque et le coccyx de la personne. Puis attendait que les souffles des deux protagonistes soient apaisés et alignés. Il était alors comme en communion avec elle et sentait ce que son corps en souffrance demandait. Il l’apaisait alors par de lents mouvements d’enveloppement, parfois accompagnés de mots rassurants. Il lui communiquait ainsi son amour, son énergie et apportait la paix à son âme et à son corps.

Parfois il ne massait pas ou peu et l’échange était de nature plutôt verbale (comme une psychothérapie moderne). Parfois au contraire il parlait peu et touchait seulement la personne.

Son approche s’apparentait à ce qu’on appelle aujourd’hui la psychosomatothérapie, voire une certaine médecine intégrative. Monsieur Ismaël disait soigner le corps par l’esprit et l’esprit par le corps.

Voici le récit de ma rencontre avec lui : http://medi-therapie.com/medecine-traditionnelle-africaine/.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Histoire et Pleine conscience  

 

Pleine conscience (de l’instant présent), versus pensée élaborée, stress de performance ?

L’espèce humaine moderne (homo sapiens) est équipée d’un cerveau atypique au sein du règne animal.

A l’aube de l’humanité, nos ancêtres homo sapiens n’étaient guère plus que des animaux comme les autres, tantôt gibiers, tantôt chasseurs. Leur cerveau leur servait essentiellement à savoir réagir aux situations du présent, par exemple chercher un abri, chasser, cueillir des baies et des fruits pour se nourrir, combattre ses ennemis, se reproduire, nourrir ses enfants, combattre ou fuir ses prédateurs…

Il faut s’imaginer l’état du territoire appelé aujourd’hui européen à l’époque où homo sapiens commence à le coloniser, aux environs de – 40 000 avant Jésus-Christ.

À l’époque la population mondiale est de moins de 2 millions d’habitants. Il n’existe aucune ville au monde, ni même aucun campement de plus de 150 personnes. Car les tribus ne sont constituées que d’une dizaine ou de quelques dizaines d’individus.

La surface des zones les plus tempérées est constituée de forêts primaires et il n’existe aucune route aucun chemin. Il n’existe aucun repère ni au sol ni ailleurs (puisqu’il n’existe aucune carte). Les hordes humaines ont ainsi peu de chance de se rencontrer.

On peut en conclure que la stimulation liée aux échanges est extrêmement faible. Il est ainsi difficile de trouver des partenaires sexuels hors d’un cercle de consanguinité restreint. On peut supposer que l’organe voméronasal (également appelé organe de Jacobson) d’homo sapiens était plus réceptif qu’aujourd’hui aux signaux chimiques (phérormones) du sexe opposé pour identifier les partenaires sexuels compatibles et s’en faire identifier

 

Adaptation : sélection naturelle

Mais, au fil de la préhistoire, ce cerveau a permis à nos ancêtres ont appris à anticiper les situations liées aux dangers qui précarisent et menacent de la vie sauvage.

Ils ont aussi appris à concevoir et réaliser des outils

Ils se sont enfin sédentarisés en passant du statut de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs-éleveurs (révolution agricole, à partir de -12 000 à -10 000 ans avant JC).

Ceci les a conduits à s’organiser en sociétés. Ils ont dû apprendre planifier et s’inscrire dans différents projets de moyen et long terme (commerce, politique).

 

Une société complexifiée et plus hiérarchisée

À un rythme variable, selon les sociétés, les activités humaines se sont complexifiées et hiérarchisées, avec l’apparition du troc, puis des monnaies, des grandes citées avec leurs cohortes de hauts dignitaires, de fonctionnaires d’armées. Sont apparus alors le calcul et l’écriture, les religions.

Et chaque fois nos ancêtres ont dû, pour survivre, anticiper, s’adapter à la complexité et à la sévérité de la vie en société.

Cette nouvelle organisation sociale en cités et états apportait, certes, un certain confort pour nos ancêtres les plus adaptables, mais amplifiait aussi les fléaux historiques de l’humanité :

  • épidémies,
  • famines,
  • guerres et injustices ;

Les moins forts physiquement ou les moins « équipés » mentalement ayant toute chance d’être génétiquement éliminés.

 

Le projet, le calcul, l’anticipation deviennent vitaux pour l’homme moderne et sont ainsi survalorisés.

La pleine conscience de l’instant présent est dès lors négligée, ignorée et le plaisir sensuel est disqualifié, stigmatisé, diabolisé… 

Cette évolution de l’espèce s’opère au moyen d’une sélection naturelle qui amène l’humanité moderne à surinvestir l’anticipation, le calcul, le projet, au prix d’une déconnection de l’instant présent.

  • Comment convaincre, en effet, un écolier de faire ses devoirs, plutôt que d’aller jouer au ballon et donc de renoncer à un plaisir immédiat, si ce n’est en lui promettant des gratifications en fin d’année s’il réussit ses examens et un avenir (souvent matériel) radieux ?
  • Comment convaincre des millions de travailleurs d’obéir à des règles et des chefs parfois durs et injustes pour de bas salaires, si ce n’est en leur promettant un au-delà meilleur ou en leur faisant miroiter un avenir meilleur pour leurs enfants (ascenseur social) ou encore d’hypothétiques gains à la loterie ?

La morale et l’inconscient collectif inspirés par les grandes religions instituent en outre nombre d’interdits et de tabous qui diabolisent les satisfactions et les plaisirs immédiats et survalorisent l’ascèse, le renoncement.

Nous sommes ainsi exposés à une injonction de performance et nous devons nous adapter, à marche forcée, à une concurrence effrénée qui conduit les plus exposés ou les plus vulnérables au seuil du burnout.

Claire, jeune juriste d’une société de conseil me confiait récemment : Je suis explosée de fatigue. Mon cerveau ne trouve pas le repos. Une idée en amène une autre, des cascades d’autre en arborescence… et je ne m’endors qu’au petit matin ou me réveille au milieu de la nuit, épuisée, angoissée. Mon cœur bat à se rompre comme si je terminais une course poursuite. J’ai peur de ne pas arriver, de décevoir (mes collègues, ma famille), de devoir renoncer à mon poste. Je n’en peux plus. Je voudrais descendre du manège… »

 

Stoïcisme, hédonisme et pleine conscience

Le burnout nous guette ? Mais comment faire ralentir le manège qui nous emporte à grande vitesse au risque de se rompre et de nous broyer ?

La recherche d’un ancrage dans l’instant, dans la pleine conscience, dans les sensations positives du corps – ici et maintenant – constitue un des recours thérapeutiques les plus efficaces. La danse, le yoga, la méditation de pleine conscience, le massage, l’art thérapie sont les voies les plus courantes vers la redécouverte des sensations de son corps et dans la pleine conscience de l’instant.

Autre approche plus philosophique, les stoïciens, les hédonistes ou les bouddhistes nous appellent à ne pas rechercher le bonheur dans le projet, mais à prendre conscience que le bonheur se trouve aussi dans l’acceptation et la pleine conscience de l’instant présent.

  • Pour les stoïciens, la douleur n’est qu’une tension que notre esprit refuse. Si nous entrons dans la pleine perception objective de cette tension, si nous arrivons à l’appréhender dans toute son étendue, toute sa violence et parvenons à l’accepter, nous pouvons la percevoir comme une jouissance ultime. Certains stoïciens allaient jusqu’à se faire broyer un genou dans un étau pour vivre ce défi de la pleine conscience à l’instant présent (c’est ce que rapporte Arrien de Nicomédie, disciple d’Epictète). Cette démonstration est l’exemple le plus ultime des expériences de pleine conscience de l’instant présent, puisque qu’il obère gravement le futur, par le caractère irréversible de la mutilation opérée. En effet vivre l’instant présent au point de sacrifier, saccager tout possible avenir et l’exemple ultime du lâcher-prise.
  • Les hédonistes sont également prêts à se noyer dans la pleine jouissance des plaisirs terrestres de l’instant, mais les conséquences de cet abandon au plaisir en pleine conscience n’entrainent pas de conséquences aussi graves, sur le futur, que les automutilations de certains stoïciens.
  • Les bouddhistes refusent également l’idée de miser sur un projet d’un bonheur futur hypothétique auquel on devrait sacrifier l’instant présent.

Pour eux, le bonheur est un état relativement stable chez chaque individu, suivant son acceptation de lui-même et de ses limites et ses dispositions au bonheur.

Ainsi, l’atteinte de tel objectif (mariage, naissance d’un enfant, réussite professionnelle, gain à la loterie) ou au contraire la survenance d’événements tragiques (deuil, maladie, faillite) ne constituent que des épisodes passagers qui élèvent ou abaissent provisoirement notre niveau de bonheur.

Ce constat que notre bonheur dépend parfois plus de nous que d’événements conjoncturels extérieure est une chose assez répandue. Nombre d’entre nous en ont eu l’intuition ou en ont déjà fait l’expérience.

Mais le message radical du bouddhisme, c’est que – pour atteindre au bonheur – il est inutile de courir le monde, de bâtir des projets, d’entreprendre et que la meilleure voie vers la plénitude est de se contenter de développer son attention, sa présence à soi-même, en pleine conscience et sa présence aux autres et au monde en toute bienveillance.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Plaisir féminin, lâcher-prise et pleine conscience

 

Plaisir féminin, lâcher-prise et pleine conscience

Ce n’est plus aujourd’hui un mystère pour personne, l’organe du plaisir féminin n’est pas seulement le clitoris, mais avant tout le cerveau.

La stimulation mécanique du clitoris et des zones réputées érogènes est certes nécessaire à la montée du plaisir féminin, mais le cerveau a seul le pouvoir de décider de lui donner sa pleine ampleur ou au contraire de l’inhiber, voire la censurer totalement.

Mille choses positives ou négatives régulent en effet le désir, puis le plaisir, au niveau cérébral.

Les fans d’une star du rock ou du cinéma auront souvent activé au maximum leur désir avant sa rencontre. Et si par miracle elles la croisent un jour et ont un rapport amoureux avec ladite star, elles seront dans une disposition optima au plaisir. On peut également penser qu’une amoureuse qui retrouve la personne aimée après une longue absence sera mentalement réceptive aux caresses et la montée de son plaisir, à la stimulation de ses zones érogènes, sera optimale. De même manière, un film érotique (correspondant à la sensibilité et/ou à fantasmagorie du sujet) ou un rêve éveillé ou encore un fantasme, potentialisera l’effet des caresses, garantissant une récompense sexuelle de bon niveau.

Pour certains sujet hyperesthésiques (généralement philocognitifs) la perception de messages chimiques émis par de potentiels partenaires (phéromones) placera leur cerveau en état de grande disposition au désir et au plaisir.

A l’inverse, une stimulation de la zone du clitoris et des zones érogènes – pourtant parfaite au plan technique – restera :

  • peu productive de plaisir,
  • pas du tout productive de plaisir,
  • voire insupportable.

Une telle stimulation physique constituera même un véritable trauma :

  • Si le sujet manque de confiance en son image corporelle et/ou son potentiel érotique, s’il doute des sentiments de son partenaire, s’il a connu un épisode douloureux le privant temporairement ou plus durablement d’une sensibilité émotionnelle favorable ou si un traumatisme passé (deuil, viol, trahison amoureuse), ses valeurs et/ou sa morale personnelles lui interdisent le plaisir sensuel ;
  • Si cette stimulation sensorielle intervient dans des circonstances, un temps ou un lieu jugés inappropriés ou si la morale du sujet ou l’inconscient collectif (le regard des autres) inhibe la libido du sujet (par ex. pendant un repas familial, au travail, pendant la chute d’un avion en flammes, le matin plutôt que le soir…) ou si son cerveau est court-circuité par le stress ou l’injonction de performance (cf. https://medi-therapie.com/histoire-et-pleine-conscience/), voire en burnout ;
  • Et surtout si cette stimulation n’est pas opérée par une personne choisie et/ou agréée (consentement) ou par une personne aimée… mais disqualifiée par une trahison encore cuisante et non pardonnée (liste bien sûr non exhaustive).
    Je ne nomme pas seulement ici la stimulation physique des zones érogènes, mais de simples avances, opérées par des personnes jugées irrecevables(ou inconcevables) par le cerveau (par leur apparence physique, leur hygiène, leur genre, leur âge, leur statut social, leur violence, leur parenté, leur inconduite passée etc.).

Conscientes de la nécessité vitale des hormones que procurent le plaisir sensuel (endorphines, sérotonine, dopamine…), certaines femmes victimes de blocages mentaux considèrent que c’est là une double peine qui s’ajoute à leur privation de plaisir sensuel. Et que les nombreux freins à l’accès au plaisir, évoqués ci-dessus, représentent une violence faite aux femmes comparable à une excision virtuelle, d’un caractère insidieux et intolérable.

Leur désir d’en sortir peut ainsi les amener à différentes approches thérapeutiques. La plus classique relèvent de la psychothérapie qui s’attaque à la racine psychanalytique des blocage. Mais il existe aussi une approche plus comportementale pour les femmes décomplexées et libérées. Celle du massage de pleine conscience.

Les deux approches peuvent d’ailleurs se combiner ou se compléter, mais il faudra plutôt commencer par l’approche psychothérapeutique. Et c’est, dans ce cadre là – et lorsque le thérapeute jugera la patiente prête – que le thérapeute pourra l’adresser à un praticien du massage de pleine conscience.

Ainsi, lorsque les circonstances ne sont pas favorables à la rencontre d’un partenaire sexuel idéal ou bien si les patientes sont conscientes des innombrables freins que leur cerveau est capable de mettre entre leur plaisir et elles, le massage érotique de pleine conscience est une voie vers le véritable lâcher-prise, susceptible de favoriser la libération des hormones du plaisir dont tout organisme a besoin (peut-être au même titre que ces vitamines dont elles supplémentent si volontiers leur alimentation).

Le massage de pleine conscience s’entend en effet comme une immersion dans la pleine conscience de l’instant présent et des sensations primaires objectives de l’instant, une immersion tendant à éloigner le parasitage desdites sensations par les innombrables censures du cerveau.

 

Pleine conscience et toucher thérapeutique

Le lâcher prise, l’accès à la pleine conscience de ses sensations physiques (épidermiques ou plus profondes) est souvent impossible aux personnes sous stress, tétanisées et parfois en totale perte de repères.

Nos perceptions subjectives, nos sensations sont en effet éminemment influencées par nos croyances, nos émotions, notre histoire, l’inconscient collectif et les tabous qu’il véhicule… Offrir sa peau sans défense au toucher d’un inconnu est une démarche courageuse et parfois désespérée pour ces personnes sous un tel stress.

C’est pourquoi il est apparu nécessaire, au Dr. Psalti, de définir le toucher proposé dans un cadre thérapeutique, comme vous le lirez sous sa plume dans son article / cf. http://www.massage-feminin-lyon.fr/massage-erotique-pleine-conscience/.

Ceci dit, force est de reconnaître que la demande de massages de pleine conscience dans le cadre de pathologies légères, voire d’un simple désir hédoniste ou de bien-être reste la plus nombreuse. Mais, il n’y a – dit-on – pas de mal à se faire du bien et une technique qui a reçu une caution scientifique a toute chance a minima de ne pouvoir apporter que de bonnes choses dans un simple objectif hédoniste, si elle est mise en œuvre par des praticiens respectueux, formés et reconnus dans cette matière.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

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Qu’est-ce que le Global Care ?

 

Le GlobalCare, une médecine complémentaire douce intégrative

Insomnies, anxiété, épisodes dépressifs légers, syndromes psychosomatiques, comportements alimentaires inappropriés, addictions… sont autant d’occasions de recourir aux médecines douces, soins ou thérapies dites complémentaires (qui n’ont aucunement vocation à se substituer à la médecine officielle française).

Ces soins ou thérapies dits complémentaires sont par exemple les thérapies cognitivo-comportementales, l’hypno-thérapie, le yoga, la méditation, l’art-thérapie, la naturopathie, la réflexologie, la sophrologie, le reiki, les massages de rééquilibrage énergétique, les massages de bien-être etc. Et ces disciplines ont ainsi le vent en poupe.

Le GlobalCare ou global training (comme disent les Canadiens) c’est la combinaison de plusieurs des techniques de bien-être et/ou thérapies exercées jusque-là par de praticiens qui s’ignoraient.

Le GlobalCare est une prise en charge globale de vos maux. Le globalCare semble aujourd’hui la clef d’un véritable rééquilibrage et apaisement de l’individu en souffrance, soignant parfois le corps par l’âme et l’âme par le du corps.

Le GlobalCare soigne ainsi parfois le corps par l’âme (ou l’esprit), lorsqu’il s’agit de combattre des affections psychosomatiques (exémas légers, dorsalgies épisodiques), par la méditation, la psychothérapie, la psychanalyse. Et le globalCare traite aussi parfois les affections ou afflictions de l’âme (déprimes passagères, anxiété légère) par les soins du corps (massages de bien-être, yoga, reiki, art-thérapie, relaxation etc.)

 

GlobalCare et l’exemple du surpoids

Prenons par exemple une personne en proie au midlife crisis, affectée comme nombre de quadragénaires (ou quinquas) d’un problème de surpoids, et aux prises avec les interrogations, les deuils, les frustrations et déceptions du genre. Cette personne est alors trop souvent focalisée sur la partie la plus visible de sa crise, ce fameux surpoids, alors qu’à l’origine de tout, c’est surtout le manque d’estime de soi (lié à une perte de repères quant à sa beauté dans l’œil de l’autre) qui est en cause. S’alimenter répond bien sûr à un besoin biologique… mais dans les sociétés humaines modernes, manger répond souvent largement autant, si non davantage, à une quête boulimique de satisfaction émotionnelle.

Si la personne en surpoids n’est pas abordée et suivie globalement, et sur une durée suffisante, elle ne résoudra rien et le poids qu’elle aura perdu, au cours d’une quelconque diète hydrique intensive et brève (par exemple), elle le reprendra peu après. Et avec cette fois-ci un pessimisme accru sur ses chances de se rééquilibrer, de se retrouver, se ré-apprivoiser elle-même, une rage contre son manque de volonté et de surcroît totalement démoralisée. Double peine : elle sera alors incapable en particulier de recréer (ni même retenter) une relation amoureuse stable. Les régimes excessifs et rapides qui ne s’intéressent qu’à la masse grasse des patients et non aux causes de leur trouble du comportement alimentaire ont parfois des résultats  importants mais éphémères (effet yoyo).

Les coaches et thérapeutes GlobalCare  / MédiThérapie proposent, à la fois, une approche diététique, une prise en charge de la composante émotionnelle du trouble du comportement alimentaire et le cas échéant des séances de lâcher prise. L’objectif global étant avant tout d’aider les patients à reprendre confiance en eux-mêmes, au lieu de seulement songer à leur faire, perdre du poids.

 

Ré-apprivoiser son image, à travers le regard de l’autre

Si cette crise se complique d’un échec sentimental ou d’une séparation, une spirale de l’échec peut s’avérer difficile à briser.

Par exemple, une jeune femme en échec amoureux se trouve souvent laide, sans intérêt et son image d’elle-même est brouillée. Elle navigue entre bonnes résolutions de reprise de sa vie en main (régime alimentaire, sport, développement culturel etc.) et une apathie, une démotivation complètes. Elle ne sait plus si elle doit nourrir l’espoir d’un hypothétique sauveur qui lui redonnerait confiance en elle ou si, de toute façon, personne ne voudra plus jamais d’elle !

Elle se jettera peut-être alors sur les sites de rencontre, à la recherche d’un improbable prince charmant, parce que c’est plus simple d’avancer masquée, derrière un faux profil ou un profil flatteur. Mais a-t-elle raison ? Ne trouve-t-on pas, dans la vraie vie, plutôt moins de prédateurs et de paumés que sur les réseaux sociaux ? Et elle aura tout faux si elle en profite pour occulter les actions à mener pour retrouver par elle-même son équilibre, son enthousiasme, son ouverture aux autres, sa joie de vivre communicative et solaire.

 

Médecine traditionnelle africaine et GlobalCare

J’ai commencé à comprendre ce besoin de prise en compte, dans leur globalité, des souffrances des patients, lorsque j’ai fait la rencontre à Paris, il y a une vingtaine d’années, d’un guérisseur africain, Monsieur Ismaël… qui pratiquait déjà la médecine intégrative sans le savoir. Sa vision était qu’on peut apaiser le corps et l’esprit dans une approche simultanée, ou apaiser le corps par l’esprit tout comme l’esprit par le corps / cf. http://medi-therapie.com/medecine-traditionnelle-africaine/.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II

Il y a une vingtaine d’années, Philippe Lamy s’est formé auprès de Monsieur Ismaël, guérisseur africain installé à Paris, pendant trois ans, puis il a complété sa quête de compréhension de l’humain et de la principale maladie de l’humanité, celle de la difficulté des individus « d’exister avec les autres », « d’aimer et d’être aimés », « de s’aimer eux-mêmes et de s’aimer dans le regard de l’autre (condition sine qua non pour avoir de l’estime de soi quand on est dépendant émotionnel) » et savoir communiquer avec les autres, à travers diverses formations, lectures et recherches personnelles. Vivre en paix et en harmonie avec les autres n’est en effet pas toujours simple. Philippe Lamy a complété la formation au massage initiée auprès de Monsieur Ismaël, sous l’angle de la recherche d’un bien être global, d’une réconciliation entre cerveau gauche et cerveau droit (rééquilibrage entre blocages liés à l’éducation, tabous et recherche d’un plaisir innocent.

Il a aussi étudié deux ans, au sein de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II, et obtenu son diplôme universitaire de « médiation judiciaire et conventionnelle en matière civile » (au sein de l’Université), il a à son tour assuré des formations à la médiation à  l’Université Lyon II. Il a également pratiqué plusieurs années la médiation judiciaire, pour les tribunaux de Lyon, notamment dans le contentieux du divorce. Puis, concerné par la médiation conjugale, il s’est en outre formé en psycho-sexothérapie (sexualité positive), avec le Dr. Iv Psalti de Bruxelles (cf. http://www.sexualitepositive.com/), car ce champ, malgré un intitulé restreint, est souvent le nœud des problèmes de manque d’estime de soi, de frustration, d’échec sentimental et d’échec social. Il a co-signé, avec le Dr. Psalti un article présentant le traitement de différents dysfonctionnements ou souffrance d’ordre sexuel par le massage / cf.  Le massage érotique de pleine conscience/.

Différent modules de l’EEPSSA complètent son approche multidisciplinaire / http://eepssa.fr/.

 

 

Amour, sexe et malentendu

 

Amour, sexe et malentendu                         

 

Il existe une grande différence de vision et de sensibilité, entre les hommes et les femmes et ainsi pas mal de malentendus et même de psychodrames au sein des couples, comme le montre par exemple « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus », de John Gray.

Mais là où le malentendu est à son comble, c’est en matière d’amour et de sensualité. Pas étonnant dès lors que les écrivains, dramaturges, cinéastes ou chanteurs en fassent leur principal fonds de commerce. Pas étonnant aussi que près d’un ménage sur deux vole en éclat après quelques années, dans les pays occidentaux. Pas étonnant non plus que nombre de femmes se considèrent insultées, avilies, disqualifiées par les avances de nombre d’hommes, alors que ceux-ci n’imaginent souvent pas un instant que leurs menées relèvent de ce que l’on appelle aujourd’hui harcèlement sexuel.

Une amie me faisait grief, à la lecture de ces lignes, de n’aborder le sujet de la relation amoureuse qu’en la centrant sur le plan sexuel et d’un point de vue masculin. Je plaide coupable, mais il faut parler de ce qu’on connait et je n’ai ni le recul ni la légitimité scientifique pour me placer sur le mode objectif. Pour autant, mes études et formations diverses (psycho, sexo et autres) confortent mon expérience de la relation humaine et mettent en évidence, non seulement une méconnaissance, de la part de chaque sexe, des croyances, des valeurs, des projections, des attentes, des besoins émotionnels de l’autre, mais surtout la croyance que l’être recherché fonctionne probablement comme nous. Serait-il exagéré de dire que la relation femme-homme s’apparente à une relation gibier-chasseur ? Et, dans ce cas ne pourrait-on dire qu’avant de proclamer que la chasse est un noble art et une belle activité de plein air, il conviendrait de savoir si c’est aussi l’avis des gibiers chassés ?

A cet égard, on peut parfois observer une différence entre les couples hétérosexuel et homosexuels. Pour les seconds, l’être recherché peut effectivement souvent fonctionner comme soi-même, partager les mêmes peurs et les mêmes blocages, valeurs et croyances. Les malentendus sont ainsi parfois moindres. 

Mais il est une constante c’est que, ce que nous ignorons, nous ne savons pas que nous l’ignorons et nous ne mesurons ainsi aucunement l’étendue de notre ignorance, à l’égard des croyances, des valeurs, des projections, des attentes, des besoins émotionnels de l’autre… ni combien il ignore les nôtres.

En outre, la question du sexe reste un tel tabou dans ce XXIème siècle, que même si le malentendu amoureux se nourrit de nombreuses autres différences ou divergences au sein du couple (intelligence émotionnelle, niveau intellectuel, religion, éducation etc.) l’harmonie sexuelle en est impactée… sans pour autant que ce soit toujours conscientisé et qu’il soit admis de le verbaliser.

 

Que recherchent les femmes et les hommes, en amour ?

Sauf exceptions (moins rares il est vrai à notre époque d’émancipation de la femme), les femmes s’adonnent peu au sexe, en dehors de l’amour (avec un grand A) et d’une perspective de développement d’un lien durable. Alors que les hommes cèdent fréquemment à des pulsions sans lendemain, pulsions parfois d’autant plus fulgurantes qu’elles sont sans amour, sans contrainte, sans engagement, sans jugement… On touche ici à un caractère ontologique de l’homme, celui de son inconséquence.

L’inconséquence essentielle de l’homme, c’est de semer des gamètes dans un maximum de vagins, sans se préoccuper de leur avenir et, plus largement, de séduire un maximum de femmes, sans assumer le vide que crée ensuite son absence.

Ceci n’empêche heureusement pas les grandes passions fulgurantes d’amour réciproque, ni surtout les étalons raisonnables (ou fatigués) d’entrer de manière plus ou moins durable ou exclusive dans une relation d’amour sincère, avec une femme unique, pour créer une famille. Et lorsqu’ils s’attachent (apprivoisés à la longue), le lien est parfois si fort, dans le cœur des hommes, qu’ils n’envisagent souvent pas de le rompre, alors même que ce lien les fait souffrir. Alors que les femmes, en pareille posture, sont parfois capables de switcher et de coller leur amour sur un autre homme, en quelques jours.

 

Infidélité

L’infidélité est ainsi d’une nature est d’un enjeu bien différents, s’agissant des femmes et des hommes.

Pour les femmes, tromper est un acte grave qui suppose un début d’amour pour un autre homme, sur lequel elles sont capables de plaquer (en un temps record) une admiration aveugle, une confiance parfois infondée et des projections nombreuses ; ce qui constitue souvent la mort annoncée de la relation en cours avec l’homme usé qu’elles n’admirent plus et/ou qui les a déçues.

Pour les hommes tromper ne veut souvent rien dire. C’est un acte parfois ressenti de manière aussi anodine qu’un fantasme ou un rêve érotique. Les hommes ne comprennent pas les tourments et les drames que ces incartades occasionnent lorsqu’elles sont avouées ou découvertes. Car pour eux faire l’amour avec une autre femme n’engage que l’instant présent et souvent aucun sentiment ni projection. Et même si certains flirts les émoustillent un peu, ils n’ont aucun besoin de se convaincre qu’ils n’aiment plus leur femme pour en désirer une autre. Les hommes ne tombent généralement pas amoureux rapidement. Ils se laissent le plus souvent apprivoiser sur le long terme. De même manière, ils ont beaucoup de mal à reprendre leur amour, acter la rupture d’un lien amoureux et surtout à comprendre et admettre qu’on ne les aime plus.

 

Tensions, équilibres instables et précaires.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que dans la nature, tout n’est qu’équilibres instables et précaires, entre différentes forces et différentes tensions, entre l’eau et le feu, le chaos et l’ordre, le Yin et le Yang…

L’attraction terrestre et lunaire se combinent à la chaleur du soleil pour produire les vents et les marées, nécessaires à l’apparition de la vie. Dès lors, toutes les espèces apparues sont dans une situation également instable, entre deux néants. Et seuls les espèces et les individus les plus armés et les plus forts survivent… et pour un temps limité.

L’homme n’échappe pas à cette sélection impitoyable car le développement de l’espèce exige un instinct de compétition acharnée entre les individus mâles, dans l’œuvre de séduction des femmes. La sélection naturelle exige aussi que les mâles ensemencent le plus grand nombre de femelles possibles, parmi les plus aptes à procréer.

Les femmes, quant à elles, sont instinctivement orientées vers la sélection des meilleurs partenaires, plutôt que vers leur nombre. Elles sont instinctivement portées à la fidélité, ou tout au moins à souhaiter la fidélité de leur partenaire masculin, dans la mesure où un mâle dominant protégera mieux la tribu et leur descendance commune. Cf. http://medi-therapie.com/mediation-conjugale/.

 

Trouver l’âme sœur, la conquérir et la garder.

Dans ce manège de la vie, comment trouver l’âme sœur ? Comment la conquérir ? Comment, dès lors, s’accorder sur la feuille de route du ménage, si tout nous divise et si nous sommes aussi peu sur la même longueur d’onde ? Et surtout si nous n’avons jamais été véritablement curieux ou informés des pensées, des désirs intimes et des besoins émotionnels de l’autre ?

Le processus de conquête sexuel est identique ou similaire dans les espèces animales. Mais depuis toujours les religions et les lois des hommes s’attachent plus ou moins à le nier et à en diminuer les effets. En outre, depuis une cinquantaine d’années, la théorie du genre et la montée du féminisme tentent d’imposer l’égalitarisme sexuel entre femme et hommes. On peut ainsi considérer heureux que ces courants aient prospéré et ainsi imposé une véritable égalité en droit, dans les sociétés les plus avancées (même si cette égalité en droit reste encore trop théorique). La brutalité masculine est ainsi adoucie. Mais l’ignorance de chacun des sexes, à l’égard de l’autre, reste incommensurable et un frein majeur à la stabilité des ménages. Et cette ignorance que nous tolérons ou entretenons, à l’égard de l’autre sexe (de sa nature profonde, de son mode de pensée, de ses besoins émotionnels…) est la plus grande violence que nous pouvons lui faire. Comment prétendre aimer, si nous ne faisons pas tout pour comprendre l’autre et pour tenter de nous ouvrir à lui ? Et comment libérer les forces de tolérance, de bienveillance et de confiance, nécessaires à l’épanouissement d’une belle relation ?

Je déplore d’ailleurs que l’éducation sexuelle, dispensée dans les lycées, ait pour principal objectif d’initier les élèves à l’application technique d’un préservatif, plutôt que de s’attacher à éclairer chaque sexe sur la psychologie, les croyances, les valeurs, les projections, les attentes, les besoins émotionnels de l’autre sexe, en sorte de tenter de désamorcer les malentendus qui immanquablement pourriront la vie des hommes et des femmes de demain (comme ils ont empoisonné la nôtre et celle de nos parents). Il est en effet naïf et dangereux de vouloir ignorer ce que sont les véritables pulsions intimes et viscérales, de l’homme et de la femme préhistoriques qui sommeillent en nous (et ne dorment d’ailleurs que d’un œil).

 

L’acte sexuel, rendez-vous de l’homme avec son destin.

L’acte sexuel est ainsi – avant tout – le rendez-vous de l’homme et de la femme avec leur destin de procréateurs.

Pour l’homme, l’acte sexuel est une fin en soi, l’aboutissement d’une traque, d’une chasse (ou d’une entreprise de séduction plus longue) et l’homme n’a pas toujours besoin d’aimer pour désirer. C’est d’ailleurs parfois même un acte de domination brutale. L’amour, la tendresse, la « mariation» ne se développant ensuite (ou pas), dans le cœur de l’homme, qu’après un apprivoisement féminin de longue haleine. Et comme évoqué plus haut, l’inconséquence masculine le conduit souvent à ne pas se sentir responsable de la semence qu’il a « offerte » à sa partenaire.

Pour la femme, l’acte sexuel est tout le contraire. Ce n’est pas une fin en soi, mais un point de départ pour une aventure impliquante qui suppose qu’elle admire les qualités de l’homme à qui elle se donnera et quelle souhaite retrouver dans l’enfant à naître, même si cette quête des meilleures qualités de cœur, d’esprit et de gamètes n’est souvent qu’inconsciente chez les jeunes filles.

Hors des comportements marginaux, les femmes ont d’instinct besoin de ressentir de l’amour ou tout au moins une grande attirance, pour se donner sexuellement à un homme… et de le savoir libre, en sorte de pouvoir espérer faire un bout de chemin avec lui et, si possible, leur vie. De manière inconsciente, l’instinct féminin de perpétuation de l’espèce, prédispose la femme à s’assurer, à la fois, les meilleurs gamètes et le meilleur soutien dans la durée… même si le grand chambardement du féminisme génère aujourd’hui souvent des différences de comportements moins tranchées, entre les deux sexes.

Ce formatage inconscient, cet instinct et ce comportement valent pour les femmes nubiles, mais tout autant pour les très jeunes filles qui n’en sont pas encore à l’âge des premières relations mais rêvent déjà au prince charmant, comme pour les femmes âgées dont les rêves et parfois les actes s’articulent encore autour de ce schéma. Même si aujourd’hui le désir d’égalité sexuelle ou de transgression des tabous (cf Zone de confort, transgression et liberté) poussen parfois aujourd’hui bon nombre de jeunes femmes (et de moins jeunes, les cougars) à adopter des stratégies de conquêtes quasi masculines, allant parfois jusqu’au libertinage ou au culte d’un érotisme littéraire (cf. par exemple Petit traité d’éducation lubrique, de Lydie Salvayre, Édité par POINTS en 2016), voire d’une lubricité plus torride, qui se révèlent ainsi ne pas être seulement le fantasme des hommes.

 

Education sentimentale / Education sexuelle

Comment s’élever au-dessus de nos différences, rapprocher les contraires et bâtir une relation honnête ? On ne bâtit rien de bon sur les malentendus et permettre à chaque sexe de comprendre les mécanismes de son attirance pour l’autre et de sa sexualité, puis de ceux de l’autre, parait le préalable indispensable à la levée du malentendu.

Chaque homme ou femme doit comprendre que ce qu’il croit utile à son bonheur ou dicté par ses goûts, sa volonté ou ses sentiments, n’est en fait que l’expression de la nécessité vitale et/ou expansionniste de notre espèce qui a développé des mécanismes d’alerte et de récompense, pour tous les actes vitaux. La faim, puis le sentiment de satiété représentent de tels mécanismes au niveau de notre horloge biologique quotidienne. Le désir sexuel, la jouissance, puis la gestation à une autre échelle.

C’est ainsi avec clairvoyance et exigence qu’il faut apprendre à se voir, se connaître et s’accepter. C’est avec la même exigence qu’il faut apprendre à voir l’autre et à le connaître. Mais il faut surtout des trésors d’intelligence, d’amour et de bienveillance pour accepter l’autre, avec ses désirs et ses projections qui ne correspondent en rien aux nôtres et pour accepter son formatage au premier abord incompréhensible.

Beaucoup de couples font le choix de ne pas comprendre, ni tenter de s’expliquer. Et n’asseyent leur équilibre que sur l’acceptation tacite de rôles et de rituels figés (sociaux et/ou religieux), alternant souvent d’ailleurs avec des disputes plus ou moins fréquentes et plus ou moins violentes qui ne sont que l’expression épisodique d’une  parfaite incompréhension, d’une sourde frustration et/ou d’une souffrance intime(s).

Certains couples enfin souhaitent pouvoir aimer l’autre pour ce qu’il est vraiment et de manière inconditionnelle. Et surtout chacun souhaite être aimé pour ce qu’il est véritablement et de manière inconditionnelle (comme une mère aime son petit) ; mais c’est chose plus aisée à dire qu’à faire, tant les enjeux et les fragilités sont énormes en matière d’amour.

Les choses se compliquent encore, quand au-delà de nos différences biologiques essentielles et fondamentales, nous devons composer avec des caractères différents, des profils psychologiques différents (cf. http://medi-therapie.com/process-com/), des systèmes éducatifs différents et/ou des croyances et des cultures différents.

Mais le malentendu et la confusion sont à leur comble lorsque nous imaginons triompher de nos querelles amoureuses par le raisonnement, l’argumentation, le débat (hémisphère cérébral gauche), alors que ce sont nos émotions seules (hémisphère cérébral droit) qui nous agissent en dernier ressort et surtout mènent la danse, dans nos scènes de ménages. Ce qui rend par exemple impossible, au mari adultère, d’expliquer (même patiemment) que l’infidélité masculine n’est parfois qu’un simple acte de survie et de résilience, s’il est en panique de perte d’estime de soi dans le regard de l’être aimé, et non pas un crime « contre-nature », mais au contraire un crime qui n’est malheureusement que trop naturel et animal ou lorsque en outre les phéromones féminines inhibent ses défenses « morales » court-circuitent sa volonté / cf. https://mythesmensongesetmalentendus.wordpress.com/fidelite-conjugale/.

 

Sexualité positive

Le Dr. Iv Psalti, Docteur en Sciences Biomédicales et sexologue clinicien (enseignant à l’Université Libre de Bruxelles) est un ardent prosélyte du concept de sexualité positive / cf. sexualite-positive/.

Pour Iv Psalti les relations hommes femmes se compliquent encore un peu davantage, du fait que la population serait constituée d’une proportion significative de sexophobes. Les sexophobes sont des personnes qui pour des raisons biologiques, historiques ou conjoncturelles sont dénuées de tout intérêt d’ordre sexuel, voire hostiles au sexe et prêtes à toutes les manipulations et stratégies pour ne pas dévoiler leur désintérêt (voire leur haine) quant au sexe, tout en feignant d’accepter une vie sociale et surtout sentimentale d’apparence normale… au risque de rendre fous ceux qui la partagent.

Je ne peux que recommander aux personnes normales (non-sexophobes, mais sexophiles) la lecture de l’essai « Migraine ou gros câlin ? Quête ou reconquête de la sexualité dans les couples qui durent » (aux éditions Anne Carrière, Paris, 2007 et Livre de Poche, 2008) du Dr. Psalti, pour tenter d’identifier les sexophobes qui les entourent, décrypter leurs mensonges et se soustraire aux menées d’un conjoint sexophobe. Et ainsi éviter d’être blessées, laminées ou broyées, voire seulement écœurées, désespérées ou dévitalisées par le manque de caresses et d’amour. Mais là où les choses se compliquent, c’est que chacune des deux populations (sexophobes et sexophiles) croit représenter la norme et imagine que les individus de l’autre camp sont une minorité de pathologiques déviants, nés pour pourrir la vie des gens normaux.

Cet essai montre aussi aux couples harmonieux que le sexe est bon pour la santé et que sa pratique ne doit pas diminuer avec l’âge (sous peine de lésions parfois irréversibles), comment mieux comprendre l’autre et se comprendre soi-même et ainsi mieux s’aimer, pour l’épanouissement des deux parties.

 

Art et érotisme

Quoiqu’il en soit, de manière consciente ou non, la relation entre les hommes et les femmes en âge de procréer (mais pas seulement) est formatée, influencée ou éclairée par l’opposition et la complémentarité des sexes et teintée ou empreinte d’un érotisme inavoué et omniprésent. Les religions, les tabous sociaux s’emploient à en masquer les manifestations les plus gênantes, mais Freud l’a bien montré, le sexe est partout et il n’est pas beaucoup d’actions humaines asexuées. Outre les interdits et tabous sociaux et religieux, les hommes et femmes nourrissent également des aspirations des désirs et fantasmes souvent contradictoires ou en décalage et donc des frustrations, des souffrances et des deuils à la mesure de leurs besoins émotionnels déçus. Les écrivains, les artistes le ressentent et l’expriment mieux que quiconque. Ils savent ainsi jouer sur les émotions humaines. Parmi celles-ci, l’érotisme tient bien sûr une place de choix. Les œuvres érotiques (photos, peintures, performances etc.) ont ainsi toutes chances de permettre aux artistes comme au public de soulever, pour quelques instants, le couvercle des secrets, des pulsions, des attentes émotionnelles de l’autre sexe et peut-être de jeter un autre regard sur ses propres frustrations ou interdits et ouvrir un débat (intérieur ou partagé) sur l’amour et le sexe. Le libertinage que montre souvent la littérature ou le cinéma comme une chose courante est également un champ, dans lequel les couples les plus solides peuvent s’aventurer pour tester leurs limites et le stabilité et ainsi mieux faire connaissance et ainsi mieux appréhender le sens, le cadre, les enjeux et les difficultés de la vie à deux.

Enfin, la plupart des livres et films érotiques se développent à partir de fantasmes masculins (domination, SM, amour à 3 ou plus etc.). Mais à notre époque où, face à la montée du féminisme et de l’égalitarisme, l’homme perd ses repères et se féminise, la femme quant à elle accède intellectuellement (ou de manière littéraire) ou plus viscéralement à un érotisme ou un libertinage assumé et parfois dominateur et militant (cf. Pusssy riot, Femen). Cette tendance encore timide est-elle le signe que  certaines femmes  aimeraient s’affranchissent de l’amour sentimental et souhaiteraient tourner cette page ou au contraire qu’elles cherchent à le conjurer, le dépasser, pour en atténuer les morsures. Pour ma part, je pencherais vers une combinaison des deux motivations, que ces nouveaux jeux libidineux empruntent à la fantasmagorie de la soumission.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Médiation clinique, médiation intra-personnelle, thérapie de la relation au monde…

 

De la médiation en général – rappel

La médiation est par essence la tentative de restauration ou re-création de lien, entre des individus, divisés par un litige, généralement plus au moins précisément identifié. Ce présupposé a pour conséquence qu’il n’est pas toujours aisé de réconcilier des personnes déjà en lien avant le litige et dont le lien initial était fort, car les passions froissées entrainent le débat sur un terrain miné par les émotions et les rancœurs.

Paradoxalement, il est encore plus difficile de rechercher un accord négocié entre des personnes qui n’ont jamais eu le moindre lien avant l’avènement d’un litige. Car un lien historique antérieur au litige est aussi (et malgré tout) porteur de toute l’énergie positive et de la résilience que lui confèrent son ancienneté et sa qualité.

Par exemple, un litige relatif à un accident de la route – dans lequel, par définition, les parties ne se connaissaient pas auparavant et n’ont pas vocation à se revoir ensuite – débouche rarement sur une solution transactionnelle ; chaque partie voyant un intérêt matériel objectif à aller jusqu’au bout de ses droits, sans composante émotionnelle positive. En revanche, des litiges survenus entre un bailleur et un locataire, une entreprise et un fournisseur ancien et récurrent ont plus de chance de trouver une solution, car l’enjeu humain est mis en balance avec l’enjeu matériel.

Dans cet ordre d’idées, un litige entre époux en rupture a toute chance de déboucher sur un accord transactionnel juste (par exemple s’agissant du partage du patrimoine) si le médiateur sait faire appelle, chez les ex-époux, à cette coparentalité qu’ils conserveront à vie, ainsi qu’à l’image positive qu’ils souhaitent conserver auprès des enfants s’ils se comportent de manière juste et élégante ou même seulement correcte.

La rupture de liens est un facteur de souffrance et d’instabilité émotionnelle. Dans certains cas, l’enjeu de cette rupture de liens va bien au-delà de la rupture première, mais – s’agissant du lien du mariage par exemple – cette rupture du lien des ex-époux bouleverse les liens structurants la parentalité, sans parler des liens sociaux (les amis choisissent leur camp). Cette rupture entraine parfois en outre des conséquences matérielles sévères (division du patrimoine), professionnelles etc. / cf. Médiation judiciaire et conventionnelle, en matière civile / Notions élémentaires, limites et perspectives.

 

Médiation clinique ou thérapie globale de la relation

Au-delà des litiges interpersonnels objectivés, il existe une rupture du lien ou une absence de lien encore plus tragique, déstructurante, et douloureuse, celle d’une rupture du patient avec son environnement dans sa globalité, avec ses parents, son cercle social, l’école, la fac ou le monde du travail.

Cette rupture est souvent accompagné d’une perte de repères, d’une rupture avec ses croyances structurantes, d’un divorce entre son hémisphère cérébral gauche (raison, règles, projet, langage… ) et son hémisphère cérébral droit (conscience de l’instant présent, intuition, émotions, créativité, plaisir sensuel…). L’individu ainsi éparpillé ou « en vrac » connait alors une sévère crise d’identité et survit en proie à une perte d’estime de lui-même, une crise d’image résultant de son incapacité à recoller les morceaux de sa personnalité, étirée entre ce qu’il croit (ou croyait) être, ce qu’il croit que les autres pensent de lui (à travers l’image qu’ils lui renvoient), ce qu’il voit de son incapacité à entrer en communication avec eux et/ou à s’en faire entendre, ce qu’il pense qu’on dit de lui…

Dans une telle crise identitaire et sociale, reconnecter le patient à lui-même, rassembler les morceaux éparpillés par ses doutes et ses contradictions et le réconcilier avec son environnement est encore un enjeu de la médiation, que nous appellerons médiation clinique ou thérapie globale de la relation.

En l’espèce, l’approche est bien sûr systémique mais le lien à restaurer n’est pas seulement entre lui-même et des personnes clairement identifiables et les enjeux de cette médiation et de cette restauration du lien sont pas (ou pas que) matériels et/ou factuels. L’œuvre thérapeutique du médiateur est de soigner le patient, à travers l’identification des souffrances imputables à la ruptures de liens avec des personnes, des institutions ou des croyances constructives et dans une tentative de restauration de ces liens (ou même de construction). Plus largement, la médiation clinique, c’est une œuvre de réparation du lien entre un individu perturbé (en souffrance, en échec, en manque d’estime de lui-même et de reconnaissance) et lui-même. Ceci passe par la découverte ou redécouverte des ressorts de la légèreté, du plaisir, du plaisir de construire qui lui redonneront enthousiasme, confiance en lui-même et en l’autre, motivation et estime de lui-même.

Ce genre de médiation s’apparente davantage à ce qu’on appelle couramment thérapie. Une telle thérapie est de longue haleine, elle consiste à faire confiance en l’instinct de survie, l’instinct tout court et la résilience du patient, combinés à l’intuition du thérapeute qui part à tâtons pour explorer là où ça fait mal, mais aussi là où il subsiste de l’intérêt, de l’énergie vitale, de la joie, de l’espoir chez son patient.

 

L’environnement : un système

L’interaction, parfois visible, mais souvent insoupçonnée, des êtres d’une même famille ou d’un même groupe social, est telle qu’une souffrance – souvent muette – découle de l’absence d’écoute ou de reconnaissance des uns par les autres, dans l’environnement présent et plus encore souvent dans l’environnement de la prime-enfance.

L’approche systémique des relations humaines consiste, pour un praticien médiateur extérieur, à inviter les membres d’un système social (famille, couple, entreprise etc.) à en mieux comprendre les rouages et interactions, de sorte à ne plus les vivre de manière subie, passive et parfois douloureuse.

Cinq siècles avant notre ère, Confucius disait déjà : « Le lien familial ou social, est à l’image des liens visibles et charnels qui unissent les membres et les cellules de notre organisme. Que ces liaisons viennent à être endommagées, la souffrance apparaît, les cellules se nécrosent et la gangrène menace. »

Ce philosophe et penseur chinois exerça une puissante influence sur la culture chinoise et sur son histoire même. Cependant, alors que l’astrologie chinoise place l’individu au sein d’un système purement astral et méconnaît l’existence des « astres domestiques » qui pèsent sur notre destin, l’astrologie fondamentale (ou africaine), tente de répondre, en ces termes, à la question des interactions invisibles : « Dis-moi qui te hante, je te dirai qui tu es… ».

L’astrologie fondamentale africaine (cf. De l’influence africaine, dans les approches de type systémique) a pour principe que les astres qui influencent notre vie ne se nomment pas Jupiter, Mars ou Vénus, mais sont en fait des astres domestiques. Ces « astres », qui rayonnement dans notre ciel, ne sont autres que conjoint, parents, patron, collègues ou amis

 

 

Médiation intra-personnelle

Médiation clinique, médiation intra-personnelle, thérapie de la relation… aucun de ces termes ne désigne de manière tout à fait satisfaisante la tâche ardue de réaliser une médiation entre les deux hémisphères cérébraux des patients tiraillés, éparpillés, tyrannisés entre les pulsions, les influx, les règles, les décisions contradictoires desdits hémisphères parfois apparemment ennemis.

Ces contradictions internes nous les connaissons tous. Et toutes ces contradictions n’ont heureusement pas un caractère pathologique. Il s’agit par exemple de :

  • L’étudiant qui sait n’avoir que quelques semaines pour préparer un examen… mais succombe à l’appel de camarades moins déterminés à réussir (ou déjà mieux préparés) et qui l’entraînent à faire la fête des nuits durant ;
  • Le jeune homme ou la jeune femme qui, à la fois pleurniche sur ses kilos superflus, décide chaque matin de se lancer dans un régime drastique, achète les compléments alimentaires censés l’accompagner… mais ne résiste pas le soir à l’envie de se gaver de sucre et de gras, à la moindre contrariété ;
  • Le mari volage qui jure fidélité à son épouse après une première incartade dans l’espoir de la reconquérir… mais ne sait résister à l’appel de la nature si une jeune femme enflamme ses sens.

Ces personnes sont autant de victimes du divorce évident qui existe entre les schémas, les priorités, les perspectives, les injonctions, propres à leurs deux hémisphères cérébraux :

  • L’hémisphère gauche qui est celui du langage, de la raison, de la règle, des interdits, des tabous, des projets de long terme ;
  • L’hémisphère droit qui est celui des sensations épidermiques, des sentiments, de l’intuition, de la créativité de la spontanéité, de l’instant présent…

Ce duel entre nos hémisphères recoupe parfois également aussi les injonctions culturelles et naturelles qui nous agissent (« j’aimerais faire telle chose… j’en ai vraiment le désir, mais la morale le réprouve »).

Pour nombre d’individus civilisés et policés, ces contradictions sont comprises, maîtrisées et/ou apprivoisées. Ils vivent alors en bon équilibre intérieur et en bonne interaction avec leur environnement.

 

La souffrance, le risque de dépression, de burnout et de chaos social

Pour d’autres, les choses sont plus compliquées, plus chaotiques, plus douloureuses.

Ceci induit par exemple, dans les cas les plus bénins, de douloureux cas de conscience, des troubles du comportement alimentaire, des malentendus et des disputes dans le couple.

Dans les cas les plus graves, des rêves de carrières peuvent être brisés, des couples conduits au divorce, voire pour les sujets les plus faibles, à la dépression ou au suicide.

Le travail du médiateur est alors d’inviter le sujet « en vrac », éparpillé par ses contradictions mal comprises, mal assumées, à poser les vrais enjeux, à se faire confiance pour regarder le véritable objectif de moyen ou long terme qui est le sien, à identifier le désir et l’énergie vitale qui l’y poussent au plus profond de lui, à mettre en avant ses forces de résilience, en sorte de réconcilier ses deux hémisphères et optimiser leurs interactions harmonieuses ; chacun d’eux devant sortir triomphant de ce qui peut apparaître alors comme une véritable thérapie, pour le sujet comme une véritable thérapie de sa relation au monde, comme une médiation intra-personnelle et interpersonnelle.

 

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

 

Le jeûne thérapeutique (ou diète hydrique)

Il existe plusieurs écoles et plusieurs traditions qui défendent ou recommandent le jeûne thérapeutique. Ce jeûne, outre sa vocation thérapeutique, peut avoir une dimension spirituelle. Dans tous les cas, il doit être respectueux de l’intégrité corporelle et de la préservation de la santé physique et psychique de celui qui le pratique. Tout d’abord, il faut savoir que le jeûne, même prolongé au-delà d’une semaine, ne présente aucun danger pour un sujet en bonne santé disposant de réserves graisseuses suffisantes. Dans tous les autres cas il ne sera pas a priori exclu mais devra être pratiqué sous un contrôle médical strict et probablement avec des compléments nutritifs adéquats.

Le jeûne : une tradition préhistorique

Le jeûne est une pratique qui puise ses racines très loin, à l’époque de la préhistoire, à laquelle nos ancêtres ne pouvaient aucunement prétendre à trouver à heure fixe un repas consistant tous les jours. L’homme préhistorique était ainsi accoutumé à se passer de nourriture parfois plusieurs semaines durant, sans pour autant cesser son activité physique car c’est elle qui lui permettait de recueillir les bénéfices de la chasse, de la pêche ou de la cueillette sans lesquels il n’aurait pas survécu. Notre organisme a aujourd’hui cette mémoire, et c’est bien à tort que l’on constate dans notre société moderne un développement significatif du surpoids, voire de l’obésité, en se bornant à n’y répondre que par des régimes de courte durée ou d’intensité insuffisante.

Mieux qu’un régime

Lorsque notre organisme est en surpoids, il n’y a rien de plus efficace qu’un arrêt immédiat et total de toute alimentation, dans l’attente de la consommation de ses réserves graisseuses, ou tout au moins d’une proportion significative desdites réserves, puisqu’il est recommandé de garder une masse graisseuse suffisante pour éviter d’avoir à attaquer la masse musculaire.

L’intérêt du jeûne total, par rapport à un régime fondé sur une alimentation sélective ou une diminution des doses quotidiennes, réside dans le fait qu’il est beaucoup plus simple, mentalement, de décider de ne pas manger du tout que de se poser quotidiennement la question de ce qu’on a le droit de manger et dans quelle quantité. Par ailleurs, il est évident que la perte de poids est aussi significativement plus rapide lorsqu’on se prive de toute alimentation pendant dix jours ou plus.

Cette diète radicale doit malgré tout être accompagnée d’une hydratation permanente, qui est le condition sine qua non de son bon déroulement.

Le bon déroulement du jeûne

Un grand nombre d’organismes et structures médicalisées encadrent ce processus de diète hydrique en associant généralement à ces cessions :

  • un exercice physique quotidien et suffisant
  • et, le cas échéant, la prise de compléments alimentaires (protéines, vitamines, etc.) pour éviter les risques d’un affaiblissement.

Il n’en reste pas moins que le jeûne est un stress pour l’organisme et qu’il entraîne généralement, en particulier les premiers jours, le risque de légères nausées, d’une faiblesse généralisée et des étourdissements qui contraignent à une activité souvent un peu réduite. Cependant, un certain nombre d’adeptes du jeûne, qui en ont une expérience positive, continuent à maintenir une activité, en particulier professionnelle, quasi normale en période de jeûne, même total.

Mise en garde : il est à noter que la privation de toute nourriture peut entraîner un certain inconfort, en particulier entre le troisième et le sixième jour, lié à la mise en place d’un processus physiologique qui entraîne le brûlage des graisses et toxines jusque-là passivement stockées. Cette période s’appelle l’acétose. Au cours de cette période, l’organisme sécrète de l’acétone, qui a l’inconvénient d’amener le sujet en jeûne à exhaler une odeur désagréable d’acétone qui ressemblerait à une odeur de pomme aigre. Cet inconvénient disparaît en principe à la fin de la première semaine de jeûne. A partir de là, une certaine euphorie provient de ce que l’organisme aura secrété ses propres substances coupe-faim. Dès lors, le jeûne peut continuer quelques jours en attendant les premiers signes d’une véritable faiblesse. Quand ces premiers signes apparaissent, il convient de remplacer le jeûne par une reprise d’alimentation progressive et prudente.

Une meilleure reprise de l’alimentation

En effet, le système digestif, qui depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, ne secrète plus de sucs digestifs et dont l’estomac s’est réduit, ne peut reprendre l’alimentation que progressivement. Cette phase de reprise d’alimentation doit être prudente pour plusieurs raisons : la première est celle évoquée ci-avant d’un nécessaire ré-apprivoisement des organes digestifs et la seconde est qu’une reprise d’alimentation trop rapide amènerait à un nouveau stockage de graisse qui priverait l’organisme des bénéfices de la démarche du jeûne. Le plus harmonieux est de reprendre une alimentation de type paléolithique, c’est-à-dire fondée essentiellement sur des viandes, poissons, légumes et fruits crus. Il s’agit bien sûr de sélectionner les viandes qui peuvent être mangées crues, comme le bœuf (à l’exclusion du porc ou de poulet), et les légumes comme le chou, l’oignon, les carottes, etc (à l’exclusion des pommes de terre, navets, artichauts, topinambours).

L’association MédiThérapie organise des stages d’initiation au jeûne thérapeutique, ainsi que des coachings individuels pour les candidats à cette forme de purification personnelle.

 

Zone de confort, transgression et liberté

La transgression c’est le non-respect volontaire (voire militant), d’une obligation, d’une loi, d’un ordre, des règles, d’une limite (ou de ses limites) et/ou des croyances et valeurs communément partagées par le groupe humain, dont on est issu.

 

La transgression, une manière de souligner les normes

La transgression ne s’oppose pas à une limite, mais elle franchit les limites, dans leur principe. C’est-à-dire qu’elle affirme la possibilité de vivre au-delà des interdits. Ce sont ces interdits ou tabous  qui distinguent l’humain de l’inhumain ou simplement l’humain, de l’animal[1].

La transgression, c’est franchir une ligne interdite (plus ou moins sciemment) en bafouant les règles élémentaires de vie en société, clandestinement (seul ou en groupes secrets : messes noires, pratiques échangistes et/ou SM, cannibalisme, nécrophilie, scatophilie…) ou de manière revendicative, ironique et/ou désespérée  (GayPride, punk ou gothique attitude, terrorisme…).

La transgression a en effet parfois un caractère ostentatoire : On enfreint la loi, pour être vu et identifié comme un élément réfractaire, voire rebelle ou dissident, indépendant et/ou courageux, et, surtout, pour obtenir la reconnaissance du groupe auquel on souhaite être identifié et/ou agrégé (sentiment d’appartenance parfois, recherché des exclus de la société « bourgeoise »).

Chez l’adolescent, la tendance à la transgression des règles correspond à un stade décisif de formation de la personnalité et de développement intellectuel (apparition du libre-arbitre, de l’esprit critique), car elle remet en cause la légitimité du système de valeur, du groupe dont on est issu, auparavant considéré comme évident et/ou naturel.

De la même manière, chez des adultes en mal d’identité ou exposés à une souffrance, liée à une hypertrophie cérébrale gauche[2], la transgression thérapeutique  (le jeu  avec les limites ou de mini-transgressions) pourra contribuer à un salvateur recadrage identitaire (Qui suis-je ?  Qu’est-ce que je veux vraiment ?  Que serais-je prêt(e) à sacrifier des règles que m’impose mon éducation pour parvenir à mes objectifs des vie ?  Quelles sont les règles et croyances auxquelles je choisis de souscrire ?).

La transgression est parfois une recherche inavouée ou inconsciente d’une sanction ou d’une punition. Elle peut parfois ainsi favoriser l’identification et la reconnaissance des règles de conduite et des principes moraux que l’on a voulu enfreindre, voire l’acquisition des notions de bien et de mal.

Par ailleurs, transgression et système de valeur vont de pair et ne se conçoivent pas l’un sans l’autre. Lorsqu’on transgresse, c’est bien sûr par rapport à un système de valeur donné, que l’on tend alors à dépasser ponctuellement et auquel, par là même, on se réfère, de facto. Paradoxalement, la transgression dessine donc en négatif l’existence des principes moraux et des règles de conduite qu’elle prétend remettre en question (s’il n’y avait pas de limite, il n’y aurait pas de franchissement  de limite et s’il n’y avait aucune règle, il n’y aurait plus de notion de transgression).

 

Sortir de sa zone de confort : la clé de l’apprentissage

Pour Romain Gary, résistant, héros épique des temps modernes et écrivain, « la vraie vie ne commence qu’au-delà de notre zone de confort » ; c’est à dire au-delà de nos limites.

Ce concept de zone de confort est à la base de tout apprentissage, de toute transformation et de toute évolution. La zone de confort représente ce que nous avons l’habitude de faire, de penser, de ressentir. C’est ce que nous connaissons et qui nous est familier, y compris nos expériences passées positives et négatives ainsi que nos comportements constructifs et destructifs. Ce sont toutes nos connaissances à ce jour.

Si nous voulons grandir, nous dépasser, il nous faut quitter le monde familier et nous aventurer en terre inconnue, hors de nos limites. Franchir ces limites comporte un risque, car nous ignorons ce qui se passera et si nous serons capables de gérer la nouvelle situation. Ainsi, nous préférons souvent nous cantonner à ce que nous maîtrisons déjà : la somme de nos expériences vécues. Or, cette zone dans laquelle nous nous réfugions correspond également à nos limites, et plus nous gagnons en expérience, plus nous aurons de raisons valables pour demeurer à l’intérieur de notre zone de confort, d’autant plus qu’elle paraît étendue à nos yeux.

Apprendre signifie toujours qu’il faut prendre un risque. Et on ne progresse que par ses échecs (Piaget). A chaque pas que nous effectuons en dehors de notre zone de confort, celle-ci s’étend. A chaque fois que nous caressons une nouvelle idée, que nous faisons ou ressentons quelque chose de neuf, nous agrandissons notre zone de confort. En d’autres termes : nous évoluons, nous grandissons.

Ainsi, notre capacité à prendre des risques, à dépasser nos limites, à sortir hors de notre zone de confort forme la clé de notre évolution.

 

Sortir de sa zone de confort, une forme ultime de liberté

Sortir de sa zone de confort est ainsi la forme ultime de la liberté individuelle. Mais si notre idéal de liberté peut nous conduire à nous affranchir de certaines limites, c’est aussi notre idéal de liberté qui doit nous conduire – dans un Etat de Droit – à respecter les limites des personnes avec qui nous sommes en interaction. Car le droit à l’exercice de la liberté de chacun à pour limite ultime le droit des autres à défendre leur propre liberté ; et ce droit souverain à la liberté impose de facto à tous une limite dans leurs interactions avec autrui comme avec l’environnement, puisque le principe même de liberté suppose le respect de la liberté des autres, y compris celle de nous dire non. Les personnes qui ne respectent pas ce principe sont des gourous ou pour le moins des prédateurs et non des personnes réellement désireuses de défendre le principe de liberté. Nous n’avons ainsi par exemple aucune légitimité à prétendre imposer nos choix, nos théories, notre mode de vie à quiconque, pas plus qu’à polluer ou détruire notre environnement.

 

La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, dit le proverbe

Sortir de sa zone de confort est aussi une théorie à la mode. Mais l’idéal de liberté qui anime ceux qui s’y aventurent doit relever d’une démarche individuelle et volontaire et ne pas répondre à une mode ou à une injonction sociale… sinon le sens même de cette démarche libératrice est dévoyé.

Il y a en effet plusieurs catégories de personnes :

  • Les gens qui n’ont jamais entendu parler de cette démarche individuelle de développement personnel ou ne souhaitent pas sortir de leur zone de confort ;
  • Les personnes qui seraient tentées par telle ou telle folie ou transgression, mais sont par principe persuadées que rester dans leur zone de confort les protège ou est plutôt une bonne chose ;
  • Celles qui se moquent des théories à la mode, n’ont pas trop de principes et sortent à l’occasion, de leur zone de confort, sans états d’âme ;
  • Celles qui pensent que sortir de sa zone de confort est une manière de tester ses limites et d’exercer leur liberté individuelle. Et qu’il est sain ludique, voire même jubilatoire par principe – à l’occasion– de sortir de sa zone de confort et que ça ne peut que contribuer à leur développement personnel de prendre un peu de recul par rapport aux règles, à la morale et/ou aux injonctions sociales. Mais qui respectent le fait que les autres puissent fonctionner sur un modèle ou un rythme différent et ne font pas de prosélytisme ;
  • Il y a enfin les prédateurs qui brandissent la bannière d’une abolition des règles ou des limites, animés non pas par un idéal de liberté, mais par un désir d’asservissement des autres (à leurs propres choix, à leur propre bien-être). Il ne s’agit pas toujours de grands gourous, mais parfois de simples manipulateurs et/ou de pervers narcissiques au petit pied, comme il en existe malheureusement pas mal. Face à de telles personnes, apprendre à faire confiance à son instinct est la meilleure façon de s’en protéger. Et si on a un seulement un doute, sur les bonnes intentions d’une personne, sur sa bienveillance et son respect, c’est déjà trop et mieux vaut s’en tenir éloigné.

 

Retrouver son instinct

Il existe une représentation des différentes fonctions de notre cerveau, certes schématique et conventionnelle, qui voudrait que :

  • l’hémisphère cérébral gauche soit le siège de la loi, des règles des conventions, de la parole, du calcul, de la pensée abstraite (positive aussi bien qu’anxiogène, voire des peurs irrationnelles), du projet, de l’interdit, etc.
  • alors que l’hémisphère cérébral droit serait celui de l’instinct, de l’intuition, de l’émotion, de la créativité, de l’aptitude à jouir de l’instant présent et de la recherche de l’hédonisme (sans conscience ni peur de la transgression le cas échéant).

Or, force est de constater que dans nos sociétés modernes, les règles, les lois, les injonctions sociales (décidées par les autres) prennent souvent le pas, dans l’inconscient collectif comme dans les consciences individuelles sur ce que l’instinct individuel ressent comme bon ou mauvais pour soi.

Ainsi, la zone de confort dans laquelle nous évoluons naturellement (sans toujours êtres conscients des jalons qui la limitent) relève davantage de notre cerveau gauche, pour ce qui concerne la référence à une norme, à des règles, à des tabous, à une injonction de performance ou de respect d’un cadre, tandis que notre cerveau droit serait certes capable de pressentir aisément d’instinct ce qui nous est favorable, au plan émotionnel ou sensoriel… mais encore faut-il que le cerveau gauche lâche prise et permette au cerveau droit d’accéder à une perception objective des sensations.

Ainsi, chez le sujet dont le cerveau droit est très (voire trop) développé par rapport au gauche, que nous appellerons HyperSinistroCéphale (HSC cf. A quoi reconnaître un sujet « HyperSinistroCéphale » ?), le poids des conventions, des interdits, des règles et des tabous est lourd, parfois étouffant. Toute spontanéité, toute émotion positive, tout plaisir sensuel, toute jouissance de l’instant, voire même toute possibilité d’exercer son libre-arbitre est ainsi parfois inhibé. La recherche d’une émotion, d’un frisson, voire d’un sentiment de mise en danger, à travers de mini-transgressions, peut alors parfois constituer un moyen de repositionner les règles et limites acceptables  (et librement acceptées) et de rééquilibrer les deux hémisphères cérébraux.

Le sujet HSC a peu confiance en son instinct. Il se méfie ainsi de lui-même, même si ce manque de confiance n’engendre pas toujours une timidité apparente, certains sujet HSC arborant une attitude arrogante, voire agressive, pour masquer leur mal être et leur souffrance. Cette dernière catégorie de HSC est rarement l’objet de prise en charge thérapeutique, car, pour se soigner, encore faut-il se reconnaître en souffrance. Il en va donc des HSC, comme des sujets alcooliques et des dépressifs. Il faut souvent l’intervention d’une tierce personne (médecin traitant, famille, amis) pour convaincre un sujet HSC d’engager une démarche.

La démarche du praticien peut, par exemple, ainsi, constituer à inviter le sujet à décrire et définir l’ensemble des tabous et des règles du système auquel il adhère (ou qu’il s’est formé). Le praticien l’invitera alors à envisager, pour chacune des règles, ce qui pourrait arriver s’il la transgressait. Or ces règles peuvent se définir en deux grandes catégories:

  • les règles majeures, censées protéger la vie, l’intégrité physique et morale des individus, les libertés fondamentales de chacun etc., nécessaires à la vie en société ;
  • et celles – souvent moins essentielles – dont les différentes sociétés ou communautés se sont enrichies au fil des siècles (rituels sociaux, règles de politesse), sans compter les habitudes et rituels, individuels ou familiaux (rites alimentaire, préséances familiales, posture politique).

S’agissant des secondes, il suffira – le plus souvent – que le sujet fasse lui-même la découverte qu’il ne se passerait rien de vital s’il opérait telle ou telle mini transgression, pour qu’il se sente un peu libéré. Seule l’évocation de cette improbable transgression suffira parfois, sans avoir même à s’y livrer pour de bon pour que le sujet comprenne le caractère contingent  de la règle.

Que se passerait-il si je marchais, tout habillé(e), dans un bassin public ?  Que se passerait-il si je cédais aux avances sexuelles d’une personne du même sexe que moi ou bien si je participais à une soirée libertine ?  Que m’arriverait-il si je cédais aux avances d’une personne d’un milieu ou d’un âge différent du mien ?  Que se passerait-il d’irréversible si j’arrivais un jour au bureau en pyjama ?  Que deviendrais-je si je fumais un joint ? Que m’arriverait-il si je tutoyais mon médecin, un gendarme ou mon patron ?  Que se passerait-il se je mangeais, avec mes doigts dans un restaurant huppé, ou si je lapais mon repas ?  etc.

Pour ce type de questions, bousculant (plus ou moins) ses valeurs, ses croyances, ses peurs ou ses phobies, comme pour d’éventuelles situations encore plus dérangeantes   – et pour bien d’autres autres, encore, qui pourraient spontanément lui venir à l’esprit (sans la moindre influence du thérapeute) – le sujet HSC devra s’interroger sur les conséquences véritables de la transgression imaginée. Dans de nombreux cas, il mesurera que les conséquences réelles de nombre de transgressions supposées sont seulement dans sa tête, dans son imaginaire, dans sa représentation du monde. Alors que certaines autres apparaîtront nettement plus dangereuses  (pour lui ou pour autrui), voire quasi-insoutenables. Ainsi, le respect de l’ordre social, le respect de la vie humaine, de l’intégrité et de la liberté d’autrui se dégageront parmi les piliers fondamentaux d’une code éthique personnel redécouvert et constitueront le socle d’une identité et d’une personnalité apaisée. Le sujet saura alors mieux vivre les contradictions (souvent douloureuses ), entre les désirs et pulsions de son être animal et les règles et obligations imposées par la vie en société. Il saura ainsi mieux dominer son conflit intérieur entre la recherche du bonheur futur (projet de vie) et la plénitude au quotidien.

 

Recréer son système de valeurs

Les vieux blocages et tabous ont la vie dure et le sujet HSC ne lâchera pas vite la rampe (la béquille ou la canne blanche) des règles, des rituels, des certitudes et idées prémâchées qui ont structuré sa personnalité depuis des lustres. La démarche du lâcher prise, avec un tel sujet peut donc être longue.

L’ambition de la thérapie, n’est cependant pas de faire perdre sa personnalité, ses repères, son système de valeurs et/ou sa rigueur morale, au sujet, mais au contraire de l’aider à découvrir son propre système, à partir de ce qu’il croit et veut vraiment, contre ce qu’il s’est, jusque là, imposé, par manque d’esprit critique et ou à cause de pressions morales excessives.

Certains sujets, mal à l’aise dans leurs propres contradictions et/ou face à une morale  ou un ordre social  perçu comme arbitraire , sont tétanisés à l’idée de transgression, mais, une partie d’eux-mêmes désirant ces transgressions, sans leur en donner le courage, ils se tournent parfois vers des actes d’allégeance  ou de soumission, à l’égard d’individus peu recommandables, perçus comme hors la loi  ou  transgressifs, qu’ils prennent alors comme leader naturel ou maître à penser  (cf. Jeux de rôles : Que faut-il entendre par domination et soumission ?). L’intérêt de la transgression encadrée, dans le cadre d’une thérapie appropriée, est précisément de prévenir ce genre de dérive.

L’ambition de la thérapie est aussi de stimuler le rééquilibrage cerveau gauche/cerveau droit, à travers le développement de l’hémisphère cérébral droit, jusque là oublié et/ou négligé, à travers des séances de créativité artistique, des jeux de rôle faisant appel à ses capacités d’expression émotionnelle, à travers par exemple, le chant, la danse, les massages (cf. Le « lâcher prise », toucher et massage) etc.

Cette recherche de redécouverte des modes de fonctionnement instinctifs (instinctothérapie) pourra aussi passer par une réflexion sur les attitudes, réactions, sensations du nourrisson (non-encore exposé aux règles et tabous) ou de l’animal, voire par une mise en œuvre d’un mime de ces postures et actions infantiles ou animales instinctives d’une absolue innocence,  dans le cadre d’une régression thérapeutique.

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Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

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[1] L’animal ne connait en effet que l’instinct qui le pousse à jouir de l’instant présent, forniquer et tuer (pour les prédateurs), sans autre loi que celle du plus fort et de la nécessité, sans aucune référence au bien ni au mal. Si l’on prenait pour référence les règles érigées par (et pour) les humains, on considérerait qu’il vit et agit dans une permanente transgression. Le monde animal est pourtant celui de l’innocence absolue et de l’harmonie avec l’environnement (n’était l’agression et le chaos que l’homme impose à la nature).

[2] Notre cerveau est infiniment complexe et toutes ses zones sont interactives. Il existe cependant une représentation (en vogue au cours de la seconde moitié du XXème siècle) – certes schématique et symbolique – qui isole deux grandes zones “spécialisées”, aux fonctions différentes et complémentaires :

  • L’hémisphère cérébral gauche (appelé aussi cerveau gauche), qui est notamment celui de la réflexion, de la raison, du langage, de l’éducation, de l’écriture, des règles sociales, de la culture, du calcul, des interdits, des tabous… Il est aussi celui du projet (et des projections négatives ou positives).
  • L’hémisphère cérébral droit (appelé aussi cerveau droit), qui est surtout celui de notre nature animale, celui de l’émotion, de l’intuition, de toucher, de la sensualité, de la créativité, de la spontanéité, de l’improvisation, de la prise de risque, du jeu… Il est aussi celui du culte de l’immédiateté (carpe diem), du présent.