Commerce et estime de soi

Dans le Dictionnaire de la langue française, d’Émile Littré, le mot « commerce  », dans l’absolu, désigne « la manière de se comporter  à l’égard d’autrui » (exemple : Être d’un commerce agréable, aisé  ou sûr ).

Il désigne aussi, bien sûr : « L’échange, entre les hommes, des divers produits de la nature ou de l’industrie », « les relations de société ou d’affaires », « l’échange »…

L’acception « marchande  » du mot commerce  n’est donc qu’un des aspects qu’il convient de mettre en perspective, avec un sens plus large, du mot, englobant l’interaction  et/ou la communication.

Si l’on s’en reporte à l’origine du monde, c’est bien sûr la capacité de l’homme à entrer en relation d’échange, notamment de marchandise et de service qui a stimulé l’apparition du langage, puis du calcul et de l’écriture.

Au rebours du monde animal – qui n’est souvent celui du « chacun pour soi  » – le commerce a ainsi stimulé, chez l’homme, la perception de son appartenance à une communauté, la compréhension de son intérêt à en maîtriser les règles et les rouages.

Observons, aussi bien, des vaches qui vont à l’abreuvoir, des chats errants, un troupeau de moutons. Ont-ils besoin de communiquer, pour se précipiter, vers leur nourriture ou fuir devant un prédateur ? Leurs principaux moyens de communication sont des grognements, des postures d’intimidation ou de séduction et des signaux chimiques (les phéromones  sont les véhicules des messages sexuels, destinés à la recherche de partenaires et/ou indiquant la disponibilité et/ou la fécondité. Ils indiquent aussi la colère ou la peur, par ex.).

Pour  Wikipédia, les phéromones sont des substances chimiques émises par la plupart des animaux, agissant comme des messagers entre les individus d’une même espèce, transmettant aux autres organismes des informations qui jouent un rôle dans l’attraction sexuelle notamment… On a longtemps pensé que l’organe voméro-nasal (récepteur de ces messages), très actif chez les animaux, ne fonctionnait pas chez l’homme ; Or, plusieurs études ont prouvé le contraire.

Les moyens de communication, dont disposaient nos ancêtres des cavernes, étaient ainsi les mêmes que ceux des (autres ) animaux. Et ainsi réservés à une communication bien rudimentaire !

Or, il est à noter que l’apparition du langage parlé (de plus en plus riche et précis, au fil des siècle) a presque relégué aux oubliettes ce langage chimique, certes moins précis, mais impossible à falsifier. Le langage parlé a ainsi permis l’avènement du mensonge !

Les messages sexuels, destinés à la recherche de partenaires et/ou indiquant la disponibilité sont toujours émis, de semblable manière, par nos corps. Mais les êtres sociaux et policés que nous sommes ont aussi appris à dissimuler. Ainsi, les femmes nubiles sont-elles désormais attentives à masquer tout effluve explicite, sur leur état de disponibilité, sous des monceaux d’eau savonneuse et de déodorants !

Quant aux hommes, habitués à un monde désinfecté et désodorisé, leurs sens anesthésiés ne détectent plus – pour un grand nombre d’entre eux – les rares messages chimiques qui tromperaient la vigilance de leur émettrices… sauf, pour certains sujets hypersensibles et/ou surdoués (cf. article Trop intelligent pour être heureux, l’adulte surdoué ?).

Au cours des millénaires de développement du langage et du tissus social, l’homme a découvert, combien gratifiant, il pouvait être de parfaitement dominer l’ensemble des règles, du jeu social, au point de tenir un rôle important, au sein de la cité.

Ainsi, l’homme (ou la femme) qui joue un rôle de premier plan, dans les échanges, au sein de sa communauté, devient-il important , riche  et/ou considéré . Il acquiert ainsi une estime de lui-même  et une autorité , souvent proportionnelle à son influence.

Ce rôle important est en effet récompensé par un salaire ou des commissions élevées et/ou par une considération gratifiante. Certains leaders politiques ne trouvent en effet pas toujours la richesse, au terme de leur action. Ils n’éprouvent pas non plus toujours le sentiment qu’ils ont été utiles à l’action que guide leur cause apparente… Mais leur estime de soi se nourrit cependant largement du sentiment d’être reconnus ou incontournables.

Il y quelques années une avocate guyanaise, issue de la communauté des descendants d’anciens esclaves, osait avouer sa conviction, quant au fait que certains indépendantistes, des Antilles par exemple, n’avaient pas besoin de croire véritablement aux vertus de l’indépendance, pour « faire le coup de poing », contre l’Etat. Ils avaient, en effet, « tout à gagner », en termes de statut au sein de la communauté issue de l’esclavage, à se poser en leaders indépendantistes, prônant un affranchissement de la tutelle ancestrale par rapport à l’ancienne communauté dominante. Alors que – à la vérité – ils avaient bien compris que l’ancien oppresseur s’était, aujourd’hui, transformé en état-providence. Et que, sans leur RSA ou RMI, ils mourraient de faim et ne jouiraient d’aucun prestige. Or, si le leader n’est parfois pas dupe, de sa propre posture, il n’en est pas toujours de même, pour sa « base ». L’Etat doit ainsi prendre en compte le phénomène et participer à des rituels  de négociation. L’enjeu est en effet de contenir le phénomène, en prodiguant, aux activistes, des signes de reconnaissance de leur dignité ; ce qui est vital, pour eux, comme pour tout homme. Alors même s’il est évident qu’une séparation de nos anciennes colonies n’apporterait que misère, injustice et chaos. Haïti en est une triste illustration. Ou Mayotte qui, par référendum, s’est volontairement replacée dans le giron français.

A des degrés divers, nous avons tous besoin de la reconnaissance de notre entourage et le besoin, quasi viscéral, de nous sentir important(e)s, pour quelqu’un, voire pour le plus grand nombre. Combien de personnes seules et rejetées ne font-elles pas de procès, à qui elles peuvent, dans le seul besoin (bien sûr inconscient) de combler un vide, de jouer un rôle, fût-il négatif et/ou de simplement prendre une part, à la comédie humaine qui les ignorent si douloureusement au quotidien ?

De manière plus positive, le commerce social a également généré des attitudes de solidarité, parfois érigées en piliers de religions ou de doctrines politiques.

Dans l’inconscient collectif, les études de commerce jouissent parfois d’une image moins prestigieuse, que d’autres filières ressenties comme plus nobles. Pour moi, c’est l’aptitude, de l’homme, au « commerce », qui a favorisé le développement de la parole, de la pensée, de l’écriture et des mathématiques, créant ainsi son émergence du monde animal. C’est donc la plus noble de sciences, avec les sciences humaines, dont la psychologie et de la communication qui lui sont les plus étroitement associées.

La réussite dans le  « commerce » avec autrui génère en effet un sentiment gratifiant de reconnaissance et de plénitude. Cette réussite permet ainsi de renforcer sa propre estime de soi, en regard de l’estime rencontrée dans le regarde de l’autre (des autres).

Comme on peut le dire du complexe sentiment d’amour, il s’agit d’une logique de miroir. « Je m’aime, parce que je vois bien que l’autre m’aime ».

Mais, de même manière, pour réussir, dans le commerce, il convient de parfaitement se connaitre et s’aimer, soi-même. Il convient alors de se tourner vers les autres et de trouver sa place et son rôle, dans le je social, dans la vaste comédie humaine / cf. Réussir, s’accomplir. Et trouver son « rôle », dans la société des hommes.

L’association Médithérapie , organise des activités sensibilisation et des modules formation à cette activité humaine majeure, fondatrice du développement de toute société humaine, visant apprendre à détecter son propre potentiel humain et à développer ses atouts. Mais aussi pour apprendre à déceler les traits psychologiques de l’autre (ou des autres). Les modules proposés portent, par exemple, sur la communication, verbale et non-verbale, le développent personnel, l’art de séduire et de convaincre, l’art de combattre sa timidité, augmenter ses capacités d’interaction sociale (son influence) et développer son estime de soi.

 

Philippe Lamy

 

 

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