Archives de catégorie : DEV. PERSONNEL

Âmes sœurs versus flammes jumelles

Ames sœurs

Nous avons parfois la certitude ou une intuition qui se précise (ou pas) au fil des jours que nous venons de rencontrer une âme sœur. Nous sommes alors transportés de joie et d’optimisme, le cœur gonflé à bloc (presque douloureusement parfois) comme si la vie avait de nouvelles couleurs, un nouveau sens, de nouveaux enjeux… 

Mais qu’est-ce qu’une âme sœur ?

  • Une personne qui nous paraît familière dès les premiers regards, les premiers échanges, une personne qui parait nous comprendre et que nous imaginons comprendre de manière limpide et fulgurante ;
  • Une personne parfois bien différente de nous, mais dont on sent d’instinct qu’on partage certaines valeurs et vers qui on se sent irrésistiblement attiré.e ;
  • Une personne avec qui l’alignement cœur, esprit et (parfois) corps est une évidence ;
  • Une personne avec qui se développe naturellement une interaction bienveillante, sans méfiance et sans calculs ;
  • Une personne dans le regard de qui on se sent belle/beau tel.le qu’on est, à qui on peut se présenter sans fards, sans jamais douter de son accueil et de sa bienveillance ;
  • Une personne à qui on ouvre son cœur et à qui on souhaite (et on donne) le meilleur avec un plaisir jubilatoire, sans attente aucune.

Suivant son ouverture de cœur et d’esprit (et l’intensité de sa vie sociale) on peut rencontrer plusieurs âmes sœurs dans une vie et parfois dans une année, de sexe opposé ou non. Un amour fraternel, une amitié amoureuse, un grand amour ou une belle amitié peuvent alors se développer, parfois en parallèle et en toute transparence. On peut d’ailleurs se plaire à faire se rencontrer ses âmes sœurs dans l’espoir d’un amour fraternel et universel partagé. Avez-vous connu de telles rencontres ? De telles évidences ? Une telle fulgurance émotionnelle et/ou intellectuelle ?

Flammes jumelles

Dans l’enthousiasme de ce genre de rencontres, certaines âmes sœurs m’ont parlé d’un concept analogue, mais paraît-il plus fort encore, celui de flammes jumelles. Les flammes jumelles seraient des êtres programmés pour se rencontrer et se compléter… mais de manière exclusive. Deux êtres uniques que la vie réunirait par miracle. Le premier miracle étant que la rencontre ait lieu dans un espace-temps compatible. On peut croire au karma, mais que se passe-t-il si votre âme sœur est née au temps des pharaons, ne descendra sur terre qu’en 5678 ou encore avait 97 ans à votre naissance ? Que se passe-t-il si elle vit en Corée du Nord où vous avez peu de chance d’aller et dont vous ne parlez pas la langue ?

Pour que ces rencontres soient possibles (puisque plusieurs personnes en font mention) se pourrait-il que nous ayons à chaque génération plusieurs flammes jumelles dont nous ignorons l’existence… et que nous nous fermions à toutes les autres lorsque nous avons rencontré la première ? Se pourrait-il que ces flammes jumelles soient en réalité des âmes sœurs ?

Mais l’amour exclusif – par définition – exclut… et les âmes sœurs ne s’excluent pas, car leur amour fraternel et universel se bâtit sur le principe de l’Art d’Aimer d’Erich Fromm (paru aux Etats Unis en 1956, sour le titre The Art of Loving) qui prône un amour délivré du carcan et des poisons que sont la jalousie, le mensonge, la culpabilité, le reproche, le sentiment de propriété sur l’autre, la violence, ainsi que les attentes et injonctions multiples qui sont, monnaie courante dans un amour plus exclusif.

Philippe Lamy

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Douloureux adultère

Douloureux adultère

L’adultère, dans notre société moderne hétéronormée, patriarcale et monogame est courant mais reste un drame… qui touche à un moment ou à un autre la plupart des couples. Une véritable statistique est difficile à établir sur les seules déclarations plus ou moins fiables des personnes interrogées. On peut cependant estimer à moins de 12% les couples qui ne seraient pas touchés par l’adultère. Pour éclairer la scène, on sait déjà qu’environ la moitié des unions volent en éclats après quelques années et il est rare que l’adultère ne soit pas au centre de la crise qui amène à la rupture. On estime par ailleurs que les couples qui durent ont une certaine philosophie et une remarquable résilience aux différents aléas de la vie et qu’ils sont ainsi capables de surmonter la cohorte de poisons qui accompagnent généralement l’adultère (sentiment de propriété, reproches, mensonge, culpabilité, jalousie, sentiment de trahison…). Il est ainsi difficile de savoir combien, parmi les couples qui durent, s’en sortent sans jamais avoir été confrontés à l’adultère.

Dans ma propre patientèle, sans prétendre disposer d’un échantillon statistique suffisant et sans certitude d’un traitement scientifique des informations (et secrets) qu’il m’a été donné d’entendre, je peux dire que rares sont les couples qui n’ont jamais connu de près ou de loin (et de manière répétée ou non) l’adultère. Mais il est vrai que les couples qui ne connaissent aucun orage (de même que ceux qui estiment ne pas avoir besoin de consulter) ne fréquentent pas les thérapeutes.

Témoignage d’Aude V. :

« Je suis mariée depuis 12 ans à Bruno. Au début c’était un homme joyeux, bienveillant, léger et tendre… Mais au fil des deux premières années, tout a changé : De graves difficultés professionnelles, l’arrivée de notre premier enfant et le décès de ma belle-mère sont la toile de fond du malentendu qui allait se nouer entre nous.

Bruno au chômage depuis plus d’un an était atteint dans son orgueil et sa virilité. Il ne parlait plus et s’enfermait des heures au sous-sol de notre pavillon où il avait établi une sorte de bureau. Il y passa en particulier tout l’hiver emmitouflé devant son Mac, dans le froid et les relents de notre chaudière à mazout. Il remontait les yeux rouges et souvent terrassé par la migraine. Il ne me parlait pas de ses démarches, mais je crois qu’il finissait par ne plus croire s’en sortir un jour. Il ne parlait d’ailleurs de rien, pas même de mon ventre qui s’arrondissait et de et espoir de vie que je portais désormais seule. La précarité matérielle s’installait et commencions à tomber de notre nuage.

La naissance d’Enzo m’a plongée dans une grande joie. Bruno qui avait auparavant tant désiré cet enfant s’y intéressa bien sûr, mais l’étau financier se resserra chaque mois un peu davantage et peu après la naissance de notre enfant, le peu d’amour que nous avions encore la force de donner se recentra sur lui. Désireuse de contribuer davantage aux ressources du ménage, je m’engageai à fond dans la vente de compléments alimentaires en ligne, en liaison avec une entreprise des Pays-Bas à travers les réseaux sociaux. J’y déployai une grande énergie, mais n’obtins que de faibles résultats pour lesquels Bruno me moqua. Mon congé de maternité pris fin et je repris mon vrai travail. J’avais la mort dans l’âme de devoir laisser Enzo en nourrice moins de trois mois après sa naissance.

Je n’arrivais plus à trouver en Bruno le sourire, la légèreté et la bienveillance de l’homme que j’aimais Notre complicité et notre tendresse disparurent ainsi tout à fait. Un sentiment de solitude et de désespoir m’envahit. J’avais à peine 25 ans et ma vie paraissait finie. Je me trouvais laide, rejetée, abandonnée. Ainsi, après plusieurs mois de ce sentiment de rejet et d’abandon, j’ai craqué et j’ai trompé Bruno… 

Adultère

Je ne dirai rien de Chad que je croisai dans la RER, alors que j’étais à mille lieux d’imaginer avoir un jour une aventure extraconjugale. Assis face à face, nous lisions le même livre. Il m’en fit la remarque et cela me fit sourire. Nous nous aperçûmes quelques fois de nouveau dans le métro, puis un jour, j’acceptai le café qu’il me proposait.

J’aurai finalement peu connu Chad, un jeune américain étudiant à Paris. Je dois cependant à Chad de m’avoir – en quelques semaines seulement – redonné l’impression d’être vivante et désirable… Chad paraissait amoureux de moi, mais il comprenait la situation et n’exigeait rien. Cette relation avec Chad aurait pu me tenir la tête hors de l’eau quelque temps, si j’avais su la garder secrète… Elle aurait aussi préservé son innocence à mes yeux. 

Mais le sort en a disposé autrement et Bruno est tombé sur un SMS explicite de Chad. Le pot aux roses était découvert. Ce fut un séisme pour nous et pour nos familles qui en furent prises à témoin. Ma belle-mère vint me voir et, avec calme, gravité et sans jugement apparent, me demanda quelles étaient mes intentions. J’eus du mal à comprendre cette question car, jusque-là, pas un instant l’idée que je puisse renoncer à Bruno (l’amour de ma vie) et à mon enfant ne m’avait effleurée. Je ne voyais alors la parenthèse Chad que comme un « pas de côté » qui m’avait sauvée in extremis du burn-out.

L’interrogatoire de ma belle-mère aurait pu me placer face à un choix inhumain (pour la jeune femme idéaliste et soucieuse de fidélité à ses engagements que j’étais) mais à l’époque je n’avais qu’un seul désir : retrouver l’amour de mon mari et reprendre la construction de notre couple, interrompue par les grains de sable qui l’avaient éloigné de sa trajectoire. Ma belle-mère qui connaissait la vie me comprit, se contenta de mes pleurs et de mes serments et tenta de convaincre son fils de reprendre la vie ordinaire. Je ne revis pas Chad qui disparut silencieusement. Je ne me rappelle même pas avoir eu la moindre explication avec lui. Je me consacrai ainsi toute entière à tenter de reconquérir l’amour de Bruno. Mais, à vrai dire, je pense n’y être jamais parvenue et ma vie s’est écoulée à tenter d’expier ce premier faux-pas

Bruno est un taiseux et nous n’eûmes pas beaucoup d’explications. Il était dépassé par le sentiment d’avoir été trahi par son employeur d’abord qui l’avait viré (sur un malentendu disait-il) deux ans plus tôt, puis par sa femme qui l’achevait alors qu’il avait déjà un genou à terre. Sa recherche d’emploi le retint ainsi encore un peu davantage au garage de notre pavillon et l’occupa tout à fait. Plusieurs mois passèrent avant qu’il ne décroche enfin un job. Nous retrouvâmes ainsi un certain confort matériel ; ce qui aurait dû alléger la chape de plomb qui pesait sur la famille depuis des mois, mais Bruno ne me parlait plus, ne me regardait plus… mais sans ostentation. J’étais devenue un meuble, un accessoire. Il répondait parfois à mes questions sur un ton neutre… ou ne répondait pas. Il se déplaçait souvent en province et je restais ainsi seule parfois plusieurs soirs par semaine.

Deux ans après le psychodrame de l’adultère, la naissance de Lilly aurait pu marquer un nouveau départ… mais c’est l’inverse qui se passa. Nous nous sommes enfermés dans nos postures et rôles respectifs. La mort imprévisible et prématurée de la mère de Bruno fut pour lui un tsunami. Elle représentait son modèle de mère, d’épouse et de femme. Il était dévasté, abandonné et se sentait sans doute trahi (une nouvelle fois). J’appréciais ma belle-mère qui, sans être chaleureuse ni démonstrative, avait toujours été juste et correcte à mon endroit, y compris depuis ce fameux « adultère ». Sa mort me plongea également dans une grande tristesse… d’autant plus que j’imaginais devoir désormais assumer seule tous ses rôles, notamment auprès de sa jeune sœur encore étudiante.

Malgré mes efforts et ma bonne volonté, je compris vite que je n’égalerais jamais l’idéal féminin que représentait ma belle-mère pour son fils ni ce rôle de mère juive que j’allais devoir assumer auprès de toute sa famille.

En cette période, Bruno devint plus exigeant et agressif, sans toutefois – Dieu merci – en venir à la violence physique.

Traversée du désert

Sans considération, sans échanges, sans tendresse ni caresses, j’ai douloureusement « cuvé » ma punition de nombreuses années. Ma disgrâce était aggravée de la multiple peine de devoir être à la fois la paria qui avait trahi, une maman et une maîtresse de maison présentables et aussi une Wonder Woman au bureau…  et tout ça sans soutien ni reconnaissance. Ainsi, au fil des années, mon amour éperdu (et sans doute trop exigeant) pour Bruno se transforma en un indigeste brouet mêlé de haine. Nous n’avions plus que de rares relations amoureuses (souvent quand il rentrait de voyage). Cela se passait en silence et dans le noir.

Prisonnière de cette situation (pensais-je) je me laissai convaincre que j’étais une mauvaise personne (comme il le croyait lui-même) et je perdis toute estime de moi. La dureté de Bruno me paraissait cependant excessive, je voulus ainsi tenter de ramener notre couple sur une voie plus constructive et lui proposai une médiation conjugale. Il l’accepta, mais je compris bientôt qu’il n’avait aucun désir de reconstruire quoi que ce soit (ou alors ça ne se voyait pas) et qu’il n’avait vu dans ces entretiens que l’occasion d’étaler sa douleur de ma trahison et me faire entendre la mauvaise personne que j’étais. Il se posait en victime et j’étais son bourreau.

Il n’avait plus confiance en moi (et en nous), mais il ne l’exprimait pas vraiment. Il revenait en boucle sur cette trahison du début et sur sa souffrance, comme un disque rayé. Pour autant il ne proposait rien pour l’avenir, comme si sa douleur était trop forte. Et moi, je me voyais m’enfermer dans une sorte de purgatoire sans doute destiné à me faire expier ma faute originelle. 

Il était d’ailleurs de plus en plus mutique. Ainsi, pendant des années, j’ai pensé que le problème c’était lui, sa froideur, son jugement, son dégoût affiché de moi et son intransigeance… Dans la détresse où j’étais, et n’attendant plus grand-chose de la médiation conjugale, j’entrepris une thérapie. Or au fil de celle-ci je découvris que le problème ce n’était pas lui comme je l’avais toujours cru, mais que c’était surtout la relation que nous vivions et dans laquelle j’avais une grande part de responsabilité. Je poursuivis ma thérapie de mon côté sans renoncer à tout faire pour tenter de réparer mon couple. Médiations ou thérapies de couples (avec plusieurs praticiens successifs) alternaient, s’interrompaient tout à fait, puis repartait parfois après plusieurs années d’arrêt. Devant l’échec de ces démarches le doute s’installa, mon amour s’éroda et je me persuadai que la seule issue était la séparation. 

Un vent de pardon… et d’indépendance

Pour mille raisons, cependant, je ne me suis jamais résolue à quitter Bruno. La principale est que je conserve un sentiment d’attachement, de tendresse et d’amour envers Bruno. Ce sentiment ne disparaît jamais tout à fait malgré mon exaspération et ma déception de ne pas parvenir à raviver le sien. Oui, une chose reste évidente pour moi, c’est que je reste attachée à lui et je crois pouvoir encore dire que je l’aime… au point de souffrir dans ma chair de ce qui peut lui faire mal, au point de mendier ses sourires, au point d’aimer marcher avec lui, main dans la main et parfois le serrer contre moi. 

En outre, depuis quelques mois (notamment en travaillant avec vous) je prends conscience que le problème, ce n’est bien sûr pas lui seul, ni véritablement la relation (c’est-à-dire personne), mais plutôt moi qui ai seule la responsabilité de mon propre malheur, si ce n’est de notre échec amoureux… ou tout au moins la plus grande part à cet échec. Je comprends enfin que chacun est responsable de son propre bonheur, comme de son malheur et que pour moi le véritable équilibre ne peut désormais se trouver que dans une relative indépendance émotionnelle.

C’est donc à moi de cesser d’accepter implicitement de me sentir sa chose, d’imaginer avoir des comptes à lui rendre. C’est moi qui suis pétrie de remord et de culpabilité quand j’arrange la vérité pour échapper à différentes explications pénibles, sur mes sorties, mes amitiés… Oui, le problème c’est surtout moi ! Moi qui, au fil des années, suis passée du remord et de la rancune, au doute et au désamour, puis à une douloureuse soumission…

Maintenant que j’ai compris que le problème c’est moi, je suis portée par une véritable colère contre moi… malheureusement teintée d’un sentiment d’impuissance.

Voici dix ans que mon mari a commencé à ne plus me toucher et à se dérober à mes caresses, s’enfermant dans un mutisme boudeur, dont il ne sort que pour me faire des reproches et des critiques. Dix ans qu’il me fait toujours plus ou moins la gueule (mais que signifie faire la gueule / cf. article illustrant l’expression « faire plus la gueule »). Et je ne parviens pas à comprendre pourquoi je m’interdit de couper le cordon et de vivre ma vie loin du foyer conjugal. Ma lâcheté, ma veulerie, ma dépendance émotionnelle, m’ont longtemps interdit d’identifier mes besoins (sociaux, émotionnels et sexuels), de les afficher et de les satisfaire, alors même que j’ai compris que Bruno ne m’aimerait – quoiqu’il en soit – jamais comme avant. Et surtout que l’amour d’un seul homme ne pourrait désormais plus suffire à panser mes blessures (blessures d’enfant et blessures de femme rejetée) ni à remplir mon besoin d’interactions émotionnelles, intellectuelles et sexuelles.

Je m’accommode ainsi désormais quelques aventures extraconjugales condamnées à une clandestinité peu satisfaisante pour mes partenaires et, de ce fait, éphémères. Bruno ne veut pas qu’on en parle. Il sait que je tente de temps à autre de satisfaire mes besoins sensuels en dehors de chez moi, mais il ne veut rien entendre de précis. Ce qu’il pense au plus profond de lui et ce qui l’anime restera pour moi un mystère. Il me parait parfois chercher à se rassurer à travers différentes questions (sur mes sorties, mes contacts sociaux ou professionnels) auxquelles il est implicitement convenu que je puisse répondre de manière vague. Mais moi, je hais cette hypocrisie, je me sens salie par cette clandestinité. Que dois-je faire ? 

Dans l’idéal – étant donné que je ne pense plus savoir raviver sa flamme ni pouvoir être la femme d’un seul homme – j’aimerais me sentir plus libre, plus indifférente à sa souffrance, à son humeur, à son regard, mais j’ai encore du chemin à faire pour ça. En attendant et dans le meilleur des cas, je me sens face à lui, comme une jeune veuve qui désire refaire sa vie, mais dont la jalousie de son fils de huit ans lui interdit toute sortie et absence prolongée. Et parfois au contraire (et dans le pire des cas), je me sens comme une petite fille sous l’emprise d’un père veuf autoritaire qui l’étouffe et la tient prisonnière.

J’ai bien sûr conscience que les liens qui me retiennent ne sont que ceux que je veux reconnaitre et préserver, mais assumer ma pleine responsabilité dans l’échec de mon couple m’amène à une plus grande bienveillance à l’égard de Bruno, à un regain d’amour… Sans doute suis-je dans un certain déni, mais j’aimerais redevenir la meilleure amie de Bruno, sa confidente et son âme sœur pour la vie… même si j’ai conscience que c’est hors du couple que je devrai désormais rechercher la récompense et l’ivresse du désir masculin, le bonheur d’y succomber et de le combler, la complicité émotionnelle et intellectuelle et surtout la bienveillance et l’accueil inconditionnels de qui je suis et de ce que je suis.

Je suis assidument les publications de Christine Lewicki sur LinkedIn et je note ce récent post : « … la culture de l’effort, de la culpabilité et du sacrifice est bien présente chez les femmes que j’accompagne ! Je trouve que l’on associe beaucoup le plaisir et la distraction au mal, au fait que cela n’amène à rien, ni nulle part ! Alors que souvent notre créativité se révèle dans des moments off, dans des moments où l’on peut se connecter plus profondément à soi et écouter ses ressentis… ». Et cette pensée m’aide à tenir le chemin qui se dessine devant moi d’une plus grande liberté de penser… et surtout d’être ».

Il n’est pas douteux que pour des personnes hypersensibles comme Aude, il est difficile de tirer les conséquences d’une très ancienne « erreur de casting » et de zapper vers un nouveau conjoint comme le font aujourd’hui la majorité des couples insatisfaits d’une première union. Mais Aude est une personne philo-cognitive (ou HPi) pour qui l’empathie, l’attachement et le sens de l’engagement à vie interdisent tout changement de partenaire… et ce parfois même lorsqu’il en irait de leur santé mentale. Le polyamour, l’amour libre ou même le libertinage leur offre ainsi le moyen de rester avec l’homme qui les fait souffrir, tout en rechangeant leur batteries auprès d’autres partenaires (hommes ou femmes souvent d’ailleurs), moins avares d’amour, plus compréhensifs, plus généreux de compliments et d’attentions, plus sensuels et surtout plus léger. Il est en effet bien sûr plus aisé d’accéder à la légèreté lorsqu’on n’a pas 10 ans de contentieux derrière soi !

Aude a ainsi cheminé à son rythme dans la souffrance et les frustrations avant de découvrir une vision plus libre du couple et d’accéder à une amour fraternel universel et inconditionnel que prône Erich Fromm dans l’Art d’aimer.

Philippe Lamy

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Simple bouderie… colère et violence

Clara fait la gueule

« – … Qu’est-ce qu’il y a, Clara, tu fais encore la gueule ?! J’en ai assez de tes mines de victime ! Marre de tes silences, de ta lassitude affectée… quand ce n’est pas de ton mépris affiché d’ado incomprise !

Paul s’éloigna, l’estomac tordu et la gorge serrée. Il ressentait en outre confusément le ridicule de ses rares vaines explosions. Il était de surcroît inquiet d’avoir aggravé son cas. Il ne savait comment « gérer » sa femme et ajuster sa propre posture quand elle se plaisait (semblait-il) à se fermer et à feindre d’être présente… sans être vraiment là. Pourquoi lui infligeait-elle ça ? Où voulait-elle en venir ? Que devait-il faire ?
La bouderie de Clara disait sa méchante humeur mais sonnait surtout comme un reproche, un reproche indistinct de ce que Paul avait dit ou fait… ou pire de ce qu’il était au plus profond de lui. La tristesse et la rage montaient en lui, avec un sentiment d’échec, de rejet, d’injustice, d’incompréhension… Il se sentait confusément sali, blessé et en insécurité… enfin, c’est ce qu’il aurait pensé s’il avait su mettre des mots sur son mal-être, mais sa colère contre lui-même et son impuissance à la rendre heureuse dominaient.
Comment retrouver la légèreté, la bienveillance, la connivence et la tendresse des regards et des baisers des premières jours ? Voici des mois que Clara était ailleurs, tour à tour cassante et inaccessible… Il avait à son tour tenté de bouder pendant des jours… sans même qu’elle parût le remarquer. 

Parfois il s’échauffait (ou mettait en scène sa colère d’ordinaire rentrée) et vidait son sac. Une fois même il l’avait saisie par les épaules, n’osant pas véritablement la secouer, avait à demi hurlé sa détresse, avant que des sanglots ne l’étranglent et ne viennent ainsi tour gâcher, l’obligeant à battre en retraite. Humiliation suprême, elle n’avait même pas haussé les épaules et avait attendu mutique que cet éclat cessât. Il avait alors désespéré de se trouver ridicule et impuissant… 

Il rendait souvent visite à ses parents, à la recherche de réconfort, mais arrivé chez eux, il renonçait à compromettre la quiétude du lieu par des confidences dont il sentait confusément le caractère puéril. Pouvait-on cependant parler d’échec ? Clara et lui avaient deux adorables marmots de 5 et 8 ans qui éclairaient sa vie… ». 

Que dit notre colère ?

La colère est parfois silencieuse et rentrée. On dit alors qu’on boude ou plus familièrement qu’on fait la gueule. Elle est parfois plus explosive, voire violente.

Que dit cette colère ? Comment réagissons-nous à celle de l’autre ? Qu’exprime une personne qui boude ? Si elle fait la gueule de manière ostentatoire, cela sonne comme un reproche. Si elle boude avec discrétion et de manière quasi-involontaire, cela exprime une souffrance contenue… mais c’est parfois plus grave.

La bouderie, la colère ou la violence expriment une attente insatisfaite vis-à-vis de l’autre, une rage contre une situation, contre le temps qu’il fait (ou le temps qui passe), contre l’autorité, la société, le gouvernement, la maladie, la malchance etc. mais cette rage exprime surtout une rage contre nous-mêmes qui sommes plus ou moins conscients :

  • de nos frustrations,
  • de notre insuffisance, de notre faiblesse ou de notre impuissance à les satisfaire…
  • du caractère excessif de nos attentes vis-à-vis de l’autre,
  • de notre manque de confiance en nous qui nous prive de l’énergie de nous arracher à une situation qui ne nous satisfait pas ;
  • de notre dépendance émotionnelle exagérée, 
  • de notre peur du rejet ou de l’abandon,
  • de notre insécurité émotionnelle (ou matérielle),
  • de notre dépendance matérielle vis-à-vis de l’entreprise qui nous fait vivre mais au sein de laquelle nous ne nous sentons ni reconnu.e.s, ni compris.es, ni épanoui.e.s ;
  • ou encore, par exemple, de notre précarité matérielle au sein de notre couple, dont l’éclatement nous coûterait cher et compromettrait notre confort de vie.

Notre colère exprime alors un reproche. Elle sonne comme une revendication voire une injonction. Il est plus facile à notre égo d’incriminer les autres (ou des facteurs extérieurs) que de nous avouer notre insuffisance à tenir notre rôle ou à dominer la situation et à retrouver notre place et la sérénité. Nous nous installons alors parfois dans une relation douloureuse (voire toxique) qui peut durer des lustres, des lustres de frustration et de violence plus ou moins larvée et mortifère ou chacun cultive le sentiment d’être la victime de l’autre (ou même un sauveur incompris).

Les violences faites aux femmes dans le couple (et plus rarement aux hommes) sont l’expression ultime du déni de la responsabilité que chacun a de son propre bonheur, comme de son malheur. Or :

  • Nos frustrations et nos attentes vis-à-vis de l’autre nous appartiennent mais ne lui sont aucunement opposables ;
  • Notre manque de confiance en nous, nous appartient comme il nous appartient de prendre soin de nous, de nos frustrations et de nos blessures d’enfant et d’entreprendre si nécessaire une thérapie ou une démarche de développement personnel (coaching) ;
  • Notre dépendance émotionnelle (exagérée) est un fardeau pour l’autre qui (consciemment ou non) l’asphyxie. Or comment imaginer que le couple se porte bien si l’un de ses membres est asphyxié ?
  • Notre peur du rejet ou de l’abandon sont des blessures d’enfant qui expliquent certains comportements possessifs mais ne sauraient les excuser ni les justifier ;
  • Notre insécurité émotionnelle ou matérielle est parfois difficile à gérer (comme différentes blessures le sont pour notre conjoint.e) mais c’est aux psy de nous aider à nous relever, de nous aider à nous faire confiance et à prendre soin de nous… et en aucun cas à celui ou celle que nous avons d’abord choisi.e pour le meilleur ;
  • Nous devons nous confronter à notre impuissance et en aucun cas condamner notre conjoint.e à pâtir de ses conséquences.

Prétendre aimer, c’est avant tout respecter l’autre, ses valeurs, ses croyances, ses blessures et développer son indépendance émotionnelle au sein du couple qu’on a choisi de bâtir… mais chacun pour soi lorsque nous échouons à développer une relation équilibrée, respectueuse et bienveillante.

Les violences physiques au sein du couple

Les violences physiques au sein du couple ne sont que la partie visible du caractère arbitraire et violent de toute colère, de toutes attente excessive que traduit la simple bouderie. Une gifle parait ainsi parfois impossible à retenir. Or, une gifle en amenant une autre, l’engrenage de la violence peut s’installer.

De même qu’on s’étonne que la Justice soit aussi impuissante vis-à-vis des individus « potentiellement dangereux » que représentent par exemple les « fichiers S » chaque fois que l’un d’eux frappe, ne devrait-on pas interroger nos propres violences rentrées ou celles que nous détectons autour de nous, bien en amont des féminicides que nous découvrons et dont le nombre sidère la population ? Une vision archaïque du couple qualifie de « querelles d’amoureux » – presque reconnues politiquement correctes – alors qu’elles ne sont que l’expression de nos tentatives de dominer l’autre, de lui imposer nos valeurs, nos croyances (voire notre prétendue autorité)… tout en comptant sur lui pour prendre soin de nos blessures et satisfaire nos frustrations. Il nous est en effet difficile de reconnaître le fait que l’autre ne nous appartient pas et qu nous n’avons aucune autorité sur lui/elle, pas plus morale que physique.

Erich Fromm, sociologue et psychanalyste américain (mort en 1980), écrivait dans l’Art d’Aimer (paru en 1957) que le creuset du véritable amour est l’amour fraternel ; c’est-à-dire un amour débarrassé des poisons qui gangrènent l’amour conjugal que sont en particulier : le sentiment de propriété, le reproche, la jalousie, le mensonge et la culpabilité.

Les candidats à la vie commune sont portés par les hormones du bonheur et ne veulent pas voir les écueils du couple, mais ils auraient grand profit à se poser pour établir un contrat clair ou une charte de bonnes conduites, fondé sur les valeurs et croyances qu’il partagent et sur leur projet de vie et ses modalités.

Philippe Lamy

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Haut potentiel, comprendre et contrer l’emballement du cerveau gauche

Le sens

Les sujets HPi (ou philo-cognitifs) ont un perpétuel besoin de sens pour se motiver et ce tout particulièrement pour les philo-cognitifs complexes, tels que les décrit le Dr. Fanny Nusbaum-Paganetti. Et, en l’absence de motivation, il leur est impossible d’avancer, de se concentrer ou de s’impliquer.

Ce sens que réclame le philo-cognitif complexe c’est le carburant de son cerveau. Or, le HPi complexe (qui doute, ressasse et gamberge non-stop) est souvent submergé par un monde qui parait se complexifier au fur et à mesure qu’il s’éclaire de nouvelles découvertes. Chaque question et chaque hypothèse préfigure d’autres questions (ce qui est décrit comme la « pensée en arborescence »). Ce fonctionnement est épuisant et souvent anxiogène, car le HPi est en outre hypersensible et empathique ; c’est ainsi toute la misère du monde qui le submerge.

Le HPi sous stress aurait donc besoin de ralentir le manège qui occupe son cerveau gauche (lien vers Le fonctionnement cérébral à part des individus HPi et de lâcher-prise. Malheureusement, lorsqu’il est conscient de la surchauffe de son cerveau et de son besoin de lâcher-prise et qu’il n’y parvient pas (comme il ne parvient pas toujours à dormir)… eh bien c’est une angoisse de plus qui tourne dans son cerveau gauche et aggrave sa souffrance.

On pense fréquemment que cette quête de sens des philo-cognitifs, doit à tout prix être satisfaite, en particulier face à l’échec scolaire de l’enfant. C’est bien sûr exact, il faut tenter de répondre à toutes les questions en rafales que pose l’enfant HPi, car en l’absence de sens il se démoralise, se démotive et s’étiole ; ce qui peut aller jusqu’à la phobie scolaire et sociale, à une grande détresse, de sérieux troubles du comportement… voire au suicide. Mais ce faisant, il faut également tenter d’apaiser son cerveau enfiévré le HPi n’a pas seulement besoin de sens. Son besoin vital (physiologique autant que psychique) souvent ignoré, c’est aussi le besoin d’apprendre à mettre en veilleuse son cerveau gauche (et en tout cas de ne pas être encouragé à mouliner davantage) ; c’est-à-dire de s’installer dans le concret et l’instant présent en laissant de l’espace à son cerveau droit, celui des sensations du corps et des sensations physiques (hormones de la récompense).

La nécessaire incarnation dans « l’ici et maintenant »

Les pédagogues avisés (comme les partenaires de vie des philo-cognitifs) savent ainsi les encourager à tenter d’entrecouper le fol emballement de leur cerveau gauche d’un retour au corps, à l’incarnation, au ressenti physique, aux activités de plein air et surtout à celles qui ont un caractère ludique (par ex. le sport, la danse, les soins psychocorporels, l’hypnothérapie… mais aussi le dessin, la peinture, les jeux de société, les puzzles). Le yoga ou la méditation leur ferait bien sûr du bien, mais l’élément ludique n’est pas au rendez-vous et pas simple de les y amener !

Cette surchauffe du cerveau gauche – qui nuit notamment à la concentration – est par exemple souvent traitée par le méthylphénidate (plus connue sous le nom de ritaline) est la molécule de référence dans le traitement du trouble déficitaire de l’attention (avec ou sans hyperactivité). La ritaline peut être ponctuellement utile, lorsqu’il s’agit de répondre à une situation d’urgence, telle que l’imminence d’un examen ou d’un concours, mais cette médication allopathique peut doit être complétée (voire remplacée) par une démarche volontaire de reconnexion au corps, tel qu’évoqué ci-dessus.

Le problème, c’est que l’enfant enfermé dans sa chambre et le manège de son cerveau gauche (dans ses lectures ou ses rituels personnels) tous volets fermés, sort les griffes lorsqu’on prétend l’arracher à sa console de jeu ou à son surfing sur le Net… même par un jour de printemps ! Il faut alors ruser pour planifier à l’avance un événement – si possible familial ou avec ses amis – auquel il aura eu le temps de se préparer et qui lui fournisse une motivation spéciale. L’idéal est de ritualiser (et si possible de répéter à heure fixe) cette pratique physique et au ludique censée le faire migrer vers son cerveau droit et détendre son corps.

Plus tard, les adultes HPi déprimés (ou confrontés à un deuil, une rupture ou au burnout) ont le même besoin de rééquilibrer leurs hémisphères cérébraux à travers l’art-thérapie, les activités physiques, les soins psychocorporels, la danse, le yoga etc. sans pour autant renoncer à retrouver le sens des choses et le sens de leur vie. C’est ce rééquilibrage de leurs hémisphères cérébraux qui leur permettra de retrouver le premier sens de la vie qui de redécouvrir les plaisirs des choses simples et le plaisir tout court, dans « l’ici et maintenant ».

Pour l’enfant HPi, comme pour l’adulte, l’activité et les sensations du corps ou les frottements et caresses de la peau génèrent un courant électrique immédiatement communiqué au cerveau, à l’aide de protéines piézoélectriques. Lorsqu’elles détectent la force mécanique, elles s’ouvrent pour permettre aux ions de passer dans la cellule, en lançant une chaîne d’événements qui envoient un signal au cerveau. / Davantage de détails (à travers un autre sujet) sur Anorexie / Boulimie, addictions et dépendances.
Le toucher et l’activité physique permettent ainsi l’augmentation du taux d’ocytocine sanguin (hormone du plaisir), la diminution de la pression artérielle, du rythme cardiaque et l’apaisement du cerveau. Il faut donc ne pas commettre l’erreur de se borner à ne donner que de la nourriture intellectuelle à un enfant en souffrance psychologique… et bien sur encore moins des psychostimulants. Alors que ses propres hormones naturelles sont là pour réguler son humeur, pour peu qu’on sache les stimuler.
Le lâcher-prise, l’autohypnose et les plaisirs (ou récompenses) physiques sous toutes leurs formes suffisent souvent à la sécrétions d’hormones bénéfiques à notre équilibre émotionnel et mental autant que physiologique. Ils constituent une automédication salutaire et dopent notre énergie vitale et nos défenses immunitaires. / Plus de détails sur ce mécanisme hormonal sur Energie vitale, libido… et jeunesse éternelle…

Je rappelle ici que le cerveau gauche ressasse ou mouline le passé ou spécule trop souvent sur un futur anxiogène. Il s’égare alors dans l’abstraction et la chimère. Le cerveau droit est, quant à lui, celui du présent, du concret, de la vérité et de l’ancrage du cœur et du corps. C’est lui qui nous permet de jouir en pleine conscience de l’instant présent. Il nous permet de sortir de la déprime ou du burn-out… alors que le cerveau gauche en surchauffe ne fait que nous y enfermer. C’est la raison pour laquelle on ne peut prétendre fonder la thérapie seulement sur le raisonnement. Il est des situations où l’entretien thérapeutique classique n’est d’aucune aide et où seules les activités ludiques ou créatives comme l’art-thérapie peuvent amener le sujet en souffrance à se reconnecter à son corps. Ceci est également vrai pour les thérapies psychocorporelles (voir MONSIEUR ISMAËL, MÉDECINE TRADITIONNELLE AFRICAINE) qui ont aujourd’hui une efficacité plébiscitée et un succès grandissant.

Difficultés et écueils de l’entretien thérapeutique classiques

Exemple de la difficulté, pour le philo-cognitif, à échapper à la domination de son cerveau gauche. Par exemple, si l’ignorant (ou l’ignare) ignore, par essence, l’étendue de son ignorance. Le HPi, quant à lui ne la perçoit que trop. Et son doute radical, allié son questionnement permanent affolent un peu plus son hémisphère gauche enfiévré. Le véritable HPi soulève ainsi à chaque instant de nouvelles hypothèses… tout en sachant qu’elles resteront à affiner (ou à invalider) par la suite.

Point positif pour son entourage, il n’est jamais péremptoire car le doute est consubstantiel à la notion d’intelligence. Les affirmations péremptoires ainsi que le dogmatisme sont ainsi l’apanage de l’ignorant et le rassurent. Ses certitudes imbéciles constituent même sa colonne vertébrale.

Autre exemple de la fréquente incapacité d’un sujet HPi à jouir de l’instant présent et en pleine conscience (cerveau droit) : S’il découvre un nouveau lieu, un beau paysage ou un bon restaurant, il est courant qu’au lieu d’en profiter pleinement (avec sa famille ou ses amis), il reste relativement absent, comme absorbé… tout simplement parce qu’il réfléchit à mille choses qui l’entrainent ailleurs… et notamment en quelles circonstances et avec qui il pourrait y retourner !

Le chagrin d’amour est un exemple intéressant illustrant le fait que, les HPi ressassent ou moulinent le passé ou spécule trop souvent sur un futur anxiogène, dans la course folle du manège de leur cerveau gauche. J’entretiens souvent avec mes patients un fil rouge de discussion par WhatsApp ou Telegram, en sorte de garder le lien entre deux séances (lorsque ces dernières leur paraissent trop éloignées ou en cas de coup dur) :

Nabil (24 ans, étudiant) m’écrivait ainsi le 21 avril dernier ceci :

« … Philippe, ça va pas du tout, j’ai la force de rien faire, je sombre dans le noir. Ma copine est venue hier chercher ses affaires et m’a rapporté les miennes. C’était dur de nous revoir, pour tous les deux. Elle est pas restée dix minutes. Nos échanges étaient embarrassés… mais pourtant on n’arrivait pas à se dire au revoir. Ce qui est dur c’est que nous nous aimons follement, nous voulons être ensemble mais nous savons que nous devons d’abord guérir de nos côtés nos blessures respectives. J’avais tant d’idées de projets avec elle, de moments que j’aurais aimé vivre avec elle. Mais maintenant, j’ai plus envie de rien. Sauf que j’ai pas envie que ce soit la « vraie fin définitive. Vous auriez pas des conseils ou quelque chose pour me faire sentir un peu mieux. J’arrive pas à bosser, j’ai qu’une envie c’est de pleurer et lui écrire. J’aimerais juste pouvoir savoir si c’est réellement la fin ou s’il y aura une re-rencontre amoureuse après qu’on aura guéri nos blessures chacun de son côté…

Comment faire ? Comment avoir la force ? J’espère avoir cette force… mais la semaine dernière j’étais dans le déni que ça puisse finir, mais aujourd’hui le doute me renverse et j’ai plus la force de me relever, j’en ai pas l’envie. C’est dur ».

C’est quelques lignes montrent qu’en pareil cas le cerveau gauche en surchauffe n’est capable que de tourner en boucle des faits passés, de les décortiquer à l’extrême et de les interpréter ou bien de spéculer sur leurs conséquences et surtout sur un futur encore moins tangible… alors qu’il faudrait prendre un bain, se détendre, sortir ou faire du sport et attendre d’avoir de vraies infos à se mettre sous la dent, en attendant que son corps apaisé s’exprime ou que son intuition lui souffle une idée.

Ceci est en substance ce que je lui ai répondu… en évitant de compliquer le débat. Je l’ai surtout invité à prendre du recul, en lui affirmant que rien de décisif n’allait se passer ce soir-là. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il s’occupe des effets physiques de ce désarroi (ou de cette détresse) sur son physique et qu’il s’occupe de ce qui pourrait faire du bien à son corps et, ce faisant, apaiser son esprit.

Il m’a alors relancé me demandant s’il pouvait écrire à sa copine. La lettre était pour moi une mauvaise idée, à la fois parce qu’il avait surtout besoin de penser à autre chose, parce qu’il n’était pas en mesure de disposer du recul suffisant pour être pertinent et aussi parce que c’était prendre le risque d’asphyxier sa girl friend. Je lui ai donc déconseillé d’écrire à chaud, pour la laisser elle-aussi s’apaiser.

Mais c’était peine perdue. Il m’a dit qu’avec ou sans mon avis il allait lui écrire, pour lui dire « le mal qu’elle lui faisait ». J’ai tenté de le raisonner, en lui disant que le mal qu’il ressentait lui appartenait et qu’elle n’était pas responsable de ce que produit chez lui le fait qu’elle s’exprime et vive comme elle le souhaite. Mais je crains bien que ça ne lui soit passé au-dessus de la tête.

Après plusieurs messages insistants, je l’ai « autorisé » à rédiger un petit mot à sa copine (si possible de moins de dix lignes) quand le calme serait revenu dans sa tête et son corps. L’invitant à s’astreindre à ne parler que du présent (et qu’au présent de l’indicatif), ni des blessures passées ni des malentendus ni de regrets ni de projets. « Ne parle que de toi, lui ai-je conseillé. De ce que tu ressens dans la minute où tu écris. Elle ne doit être le sujet grammatical d’aucune phrase. Tu peux essayer de faire ça ? » lui ai-je demandé. Il a promis. A suivre.

On voit ici que le meilleur remède à la mélancolie ou à la déprime passe par tous les moyens qui seront propres à déconnecter le cerveau gauche, pour s’ancrer dans le concret, dans l’instant présent en pleine conscience et sans son corps. Au nombre des outils thérapeutiques efficaces, il est désormais prouvé que les thérapies psychocorporelles qui stimulent le cerveau droit sont parmi les plus efficaces dans le traitement des cas graves de déprime ou de burn-out / cf. Thérapies psychocorporelles et hygiène de vie.

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Les Philo-cognitifs (Odile Jacob 2019)

 

Douance, précocité, haut potentiel et supra-cognition

Les sujets dits surdoués, à haut potentiel intellectuel (HP) ou précoces font l’objet d’études cliniques depuis quelques dizaines d’années déjà.

Pour Fanny Nusbaum, docteur en psychologie et chercheur en neurosciences (Université Claude Bernard Lyon I), il paraît aujourd’hui indispensable de confronter et d’objectiver les connaissances en la matière, en bonne partie fondées sur la pratique clinique, par des recherches éclairées par l’imagerie cérébrale.

Ses récentes recherches au côté du Dr. Olivier Revol, pédopsychiatre (Hôpital neurologique Lyon-Est) et du Dr. Dominique Sappey-Marinier (Université Claude Bernard Lyon I / UCBL Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé – CREATIS) l’ont amenée – grâce à l’IRMf en particulier – à identifier chez les sujets doués de ce fonctionnement particulier, jusqu’ici définis comme précoces, surdoués ou à haut potentiel, différents caractères qui confortent ou précisent le corpus d’observations cliniques déjà constitué depuis quelques années.

Son ouvrage, Les Philo-cognitifs, paru fin janvier 2019 chez Odile Jacob, révèle les dernières avancées neuroscientifiques en matière de haut-potentiel et définit une nouvelle approche, de nouveaux outils et un nouveau vocabulaire.

 

A nouveau concept, nouvelle appellation

La « philo-cognition » remplace ainsi les termes « Douance », « précocité » ou « haut potentiel intellectuel » qui depuis de nombreuses années désignent, mais aussi stigmatisent et vouent même parfois à la jalousie et aux railleries ces personnalités au fonctionnement cérébral et émotionnel si particulier. La philo-cognition est ainsi trop souvent vécue comme un handicap. Et c’est d’autant plus injuste et inconfortable pour eux, qu’ils sont généralement soucieux de se fondre dans la masse et de ne pas amplifier le rejet dont ils sont l’objet, du fait de leurs centres d’intérêts différents, de leur mode de communication différent, de leur fragilité émotionnelle etc.

Fanny Nusbaum a ainsi cherché un terme qui exprime et décrive la réalité de ce mode de fonctionnement cérébral, émotionnel et comportemental particulier, à travers sa première caractéristique : un besoin vital, permanent et boulimique de penser, réfléchir sur tout et n’importe quoi, pour comprendre le monde, lui trouver un sens et comprendre le sens de la vie, le sens de toutes nos actions et interactions avec les autres et avec le monde.

Le nouveau terme issu de cette recherche, c’est celui de philo-cognitif qui décrit celui qui aime (du grec philos / φίλος) la cognition. C’est à dire la compréhension, la connaissance, la mémoire, le langage, le raisonnement, la spéculation…

La philo-cognition est un système de pensée globale fondée sur l’hyperspéculation, l’hyperacuité et l’hyperlatence.

Fanny Nusbaum décline en outre la philo-cognition en deux profils : complexe et laminaire.

Cette distinction permet d’expliquer certaines particularités comme par exemple l’imagination fertile, l’inadaptation sociale, l’ouverture d’esprit ou la rétention émotionnelle…

 

 

L’imagerie au service des neurosciences

Depuis peu les connaissances cliniques en la matière sont approfondies dans le cadre de recherches en neurosciences, grâce notamment à l’imagerie médicale qui permet littéralement de visualiser l’activité cérébrale, lors de différentes activités, sollicitations ou émotions.

C’est grâce à la collaboration de Fanny Nusbaum au sein du CREATIS (Centre de recherche en acquisition et traitement de l’image pour la santé) animé par le Dr. Dominique Sappey-Marinier au sein de l’Université Claude Bernard Lyon I que les recherches neuroscientifiques, dont l’ouvrage Les Philo-cognitifs rend compte, ont pu aboutir.

Le Dr. Dominique Sappey-Marinier dispose au sein du CREATIS des derniers outils en matière d’imagerie qui tracent l’activité des zones cérébrales durant certaines tâches (parole, mouvement, etc.). Ils sont tout autant utilisés en recherche fondamentale qu’en clinique. Sans trop entrer dans le détail, les outils mis en œuvre au CREATIS sont par exemple La TEP (Tomographie par émission de positons, scintigraphie, PETscan), l’IRMf  (Imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle), la MEG (Magnétoencéphalographie).

 

Quelques notions basiques sur les grandes zones du cerveau et leur fonction

Le cerveau supervise le système nerveux central. Ledit Système Nerveux Central est composé de l’encéphale (cerveau + cervelet + tronc cérébral) et de la moelle épinière. Le cerveau est logé dans la boîte crânienne et baigne dans le liquide cérébro-spinal (également appelé liquide céphalo-rachidien).

Le système nerveux périphérique est composé de nerfs qui assurent deux fonctions :

  • la collecte des informations en provenance des différentes parties du corps et de son environnement (notamment grâce aux cinq sens : vue, ouïe, toucher, goût, odorat),
  • ainsi que la transmission au corps des ordres provenant du cerveau (au terme d’un processus électrochimique global, complxe et fulgurent).

Le cerveau remplit de nombreuses fonctions, mais nous considérerons ici seulement ses fonctions cognitives liées au traitement de l’information (sensations, émotions, souvenirs, acquis de l’expérience, croyances…).

Le cerveau est complexe et ses différentes zones sont interactives. Il en existe cependant une représentation qui définit en particulier deux grandes zones « spécialisées », aux fonctions différentes et complémentaires : l’hémisphères droit et l’hémisphères gauche, connectés via le corps calleux (une substance blanche située en son centre).

L’hémisphère gauche traite en général les informations de manière verbale et séquentielle (l’une après l’autre) et l’hémisphère droit, en général, de manière synthétique et spatiale.

Cette représentation, est certes schématique, mais elle est communément utilisée depuis les années 70 :

  • L’hémisphère cérébral gauche – également appelé cerveau gauche – est ainsi notamment le siège de la réflexion, des apprentissages (langage, écriture, mathématiques, sciences), de la raison, des raisonnements, des calculs, du projet et des anticipations, des règles sociales et légales, de la culture, des interdits, des tabous…
  • L’hémisphère cérébral droit (ou cerveau droit) est surtout celui l’instinct, de l’émotion, de l’intuition, des sens (sensitivité, sensibilité et sensualité), de l’improvisation, de la créativité, de la spontanéité… Il est aussi celui du plaisir sensuel, du culte de l’immédiateté (carpe diem), du présent.

Nota : Cette représentation vaut pour les droitiers, mais elle est inversée chez les gauchers, assez nombreux parmi les sujets à haut potentiel.

Chaque hémisphère se décompose en outre en quatre parties externes : le lobe frontal, pariétal, temporal et occipital. A cela on pourrait ajouter ce qu’on nomme le « système limbique » ; c’est-à-dire une zone constituée : de l’hippocampe, du thalamus, de l’hypothalamus, du gyrus cingulaire, des ganglions de la base (appelés aussi noyaux gris centraux), du fornix et des amygdales. De récentes recherches montrent également la présence de neurones dans le système digestifs… mais restons schématiques pour ne pas compliquer notre propos qui se veut généraliste.

 

Un fonctionnement cérébral à part

On pourrait résumer en disant que le cerveau gauche décompose ou analyse les situations et que le cerveau droit ressent, expérimente, improvise et innove. Pour autant, toutes les zones du cerveau interagissent plus ou moins et simultanément, selon les diverses activités que peut suivre l’IRMf, chez tous types de personnes, de différents niveaux « d’équipement cérébral ».

Or, ce qui est caractéristique et frappant chez les philo-cognitifs, c’est l’activité intense de leur cerveau gauche qui gère l’hyperspéculation qui caractérise leur fonctionnement cognitif spécifique, ainsi que la quantité des interactions visibles entre les deux hémisphères et la fulgurance, la spontanéité et la pertinence des réponses qui en découlent. On peut cependant parfois déplorer que ces réponses spontanées et évidentes, pour les philocognitifs, leur soient parfois difficiles à expliquer ou justifier ; ce dont d’ailleurs leurs interlocuteurs ont parfois du mal à s’accommoder.

Mais les philocognitifs n’aiment pas seulement penser, réfléchir, couper les cheveux en quatre ou se faire des nœuds au cerveau (comme le disent ceux qui les côtoient sans toujours les connaitre), même si c’est la caractéristique dominante et partagée par tous les sujets concernés par la philo-cognition, quelles que soient leur appartenance aux différentes catégories dont ils relèvent.

Hypersensibles et hyperesthésiques (ce qui mobilise également leur cerveau droit), les philocognitifs sont aussi empathiques. On dit qu’ils ont « le cœur sur la main ». Ils sont des cœurs purs, ils sont de bonnes âmes… et ainsi des proies faciles pour les personnes moins bien intentionnées qui en font ainsi souvent des souffre-douleurs, des proies. Ils sont également intuitifs, hypersensibles, créatifs et passionnés, recherchant du sens et du lien dans toutes les matières abordées et dans toutes les rencontres.

 

Ultra-cognition et supra-cognition

La cognition qui inclut l’ensemble du champ sensoriel et émotionnel n’est pas cependant limitée à la performance intellectuelle. Ainsi, les performances sportives exceptionnelles et l’habileté ou l’agilité exceptionnelles de certains artiste virtuoses, par exemple, relèvent de ce que Fanny Nusbaum nomme ultra cognition.

L’ultra-cognition est en effet liée à des aptitudes spécifiques dans certains domaines de la perception, de la gestion des informations, dans l’adaptation situationnelle et dans la motricité. C’est elle qui permet et explique l’habileté, l’agilité ou les performances exceptionnelles mais aussi la motivation et la réussite, chez les sportifs de haut niveau, comme chez les artistes virtuoses.

Dans la nouvelle représentation de la douance proposée par Fanny Nusbaum, l’ultra-cognition est le pendant (et parfois un complément) de la philo-cognition. Et ultra-cognition et philo-cognition sont ainsi regroupées dans le champ global défini par Fanny Nusbaum comme supra-cognition.

La supra-cognition intègre ainsi toutes les dimensions de l’intelligence. Et la conjonction très particulière de philo-cognition et d’ultra-cognition peut mener à ce qu’on est convenu d’appeler le génie.

 

Les philocognitifs à la ville, au travail et dans le couple

Les philo-cognitifs complexes, le sens et les études

Les philocognitifs, comme leur nom l’indique (et comme expliqué plus haut) ont un besoin vital, permanent et boulimique de penser et réfléchir pour comprendre les choses et leur trouver un sens.

Ainsi, ce qui n’a pas de sens pour eux ou ce dont ils ne perçoivent pas le sens n’a pas d’intérêt et surtout ne peut pas pénétrer leur intelligence ni se fixer dans leur mémoire.

Les philo-laminaires ont cependant la faculté d’accepter l’abstraction et les règles d’un jeu dont ils ne comprennent pas toujours le sens, mais les philo-complexes sont tellement bombardés d’émotions, de pensées en arborescence et tellement sensibles et réceptifs aux stimulations parasites (musique, bruits divers, inconfort d’une étiquette sur un vêtement…) qu’ils parviennent moins facilement à fixer leur attention. Au cours de leurs études, notamment, ils décrochent… et s’ennuient ; ce qui explique certains troubles de l’attention (TDA).

Un jeune adulte philo-complexe, me disait récemment son manque d’intérêt pour les maths, dès lors qu’ils ne se représentait pas à quoi correspondait réellement telle ou telle équation ou fonction. Ainsi, quelle ne fut pas sa stupeur (et son dégoût) lorsque son prof de maths de classe de 3ème, qu’il avait interrogé sur le sens et l’utilité d’une courbe, lui répondit : « Cette courbe ?!! A quoi elle sert ?!!! Elle sert à ce que tu réussisses ton brevet, ballot ! »

Ecœuré et définitivement perdu, le pauvre naufrager scolaire dut cuver sa phobie scolaire encore quelques années avant de pouvoir trouver du sens aux matières enseignées. Il n’y parvint enfin que bien plus tard, au fil de ses études supérieures, après un bac indigeste vaincu à l’usure à la troisième tentative.

Nombre de philo-complexes abandonnent cependant les études plus tôt, pour n’avoir pas trouvé les bons enseignants, capables d’éveiller leur intérêt et de susciter leur motivation, par une pédagogie adaptée et une attention particulière, propres à éclairer leur enseignement d’un véritable sens, en résonnance avec le besoin immédiat de l’élève de comprendre l’utilité de la matière enseignée (à court et long terme), pour fixer son attention. Anéantis par l’ennui, ces élèves, sont incapables de se motiver à écouter et retenir les cours, lorsqu’ils ne les comprennent pas ou n’en comprennent pas l’utilité.

Un autre jeune patient philo-complexe (également auto-proclamé nul en maths et matières scientifiques), me raconta avoir paradoxalement troqué son statut de cancre (placé dans les 3 ou 5 derniers de la classe tout au long de sa scolarité dans quasi toutes les matières) pour une place de premier en SVT, physique et chimie en classe de première. Pourquoi ? Une meilleure interaction (plus individuelle, plus émotionnelle ou plus ludique) avec le prof qui enseignait ces trois matières cette année-là est la probable explication.

Les cancres abonnés aux dernières places qui parviennent accidentellement et de manière aussi éphémère qu’inattendue à décrocher les premières places sont presque toujours des philo-complexes. Et qu’une pédagogie plus individualisée et plus adaptée et/ou une attention particulière des professeurs aura pu réveiller, l’espace de quelques semaines.

 

 Les philo-cognitifs et le mensonge

Face au mensonge ou à la tricherie, la loyauté naturelle des philo-cognitifs est déstabilisée et malmenée. Ils sont alors égarés car c’est trop compliqué à gérer.

En outre, ne pouvant concevoir eux-mêmes le mensonge, il ne leur vient pas à l’idée qu’on est en train de leur mentir. Ils sont ainsi susceptibles de tomber dans de nombreux pièges (relationnels ou manipulation).

Les philo-cognitifs ne ressentent souvent pas le menace du mensonge ou de la manipulation, même s’ils ont une forte intolérance à l’injustice (mais pas spécialement à celle dont ils sont les victimes). Confrontés aux menées mensongères et/ou malveillantes des autres, ils sont ainsi parfois incapables de les identifier et de s’en prémunir.

La mauvaise foi est ainsi un supplice pour nombre de philocognitifs, par définition étrangers à l’idée de mensonge et réfractaires à l’idée qu’on pourrait leur mentir. Pour eux le monde est déjà assez dénué de sens et compliqué comme ça et ils buggent face au mensonge ou à la manipulation.

Pour eux, mentir, ce ne serait, en outre, pas seulement trahir les autres, mais – pire – se trahir soit même ou se renier, comme si ce qu’on est, ce qu’on fait, ce qu’on dit ou ce qu’on pense était sale ou indigne.

Comment ainsi garder une estime de soi-même quand on ment aux autres ou quand on se ment à soi-même ? C’est pour ça que le faux-self dont il se sont souvent affublés au fil du temps (inconsciemment et par nécessité vitale) est à la fois douloureux et difficilement identifiable pour eux. Et c’est d’ailleurs pour ça que nombre d’entre eux sont tétanisés à l’idée de se reconnaître philo-cognitifs, tant ils ont intégré leur faux-self... au point de ne pas identifier que cette carapace est en fait un peu un étranger pour eux.

Et même si mentir leur paraît parfois un moyen de protéger ceux qu’ils aiment, ils ne sont finalement pas sûrs que ce soit un service à leur rendre à long terme. En tout cas ça complique, finalement, beaucoup la vie.

Mais surtout, comme ils sont empathiques, ils ne souhaitent pas biaiser, tricher ou mentir pour s’imposer. Un patient philo-complexe me confiait par ailleurs récemment que pour lui un jeu de société ou une compétition sportive perd son sens et donc son intérêt si l’on triche. D’où, pour lui, un sentiment d’injustice, de perte de sens, d’intérêt et de révolte lorsqu’il est confronté au mensonge ou à la tricherie.

Les méchants et les manipulateurs n’existent ainsi pas pour eux. Et ils se font ainsi régulièrement vampiriser, parasiter et piller par des pervers narcissiques sans scrupules, dont ils refusent d’identifier le mal et de ce fait sont incapables de se débarrasser. Leur besoin d’interaction émotionnelle, de reconnaissance et d’amour les conduits en outre à prendre leurs désirs pour des réalités et à ne voir en ceux qui s’intéressent à eux que des personnes bienveillantes (à leur propres image) alors qu’il peu également s’agir de prédateurs fascinés par leur intelligence, mais jaloux et désireux d’en tirer avantage.

 

Les philocognitifs et la jalousie

La jalousie est un sentiment de personnes qui se croient moins capables que les autres de parvenir à la réussite. Même si les philocognitifs manquent parfois d’estime d’eux-mêmes ils ont pu expérimenter combien leur capacité à la suradaptation leur permettait d’atteindre des objectifs ambitieux. Ils peuvent ainsi, paradoxalement, avoir une bonne confiance en eux, sans toujours posséder une grande estime d’eux-mêmes, se considérant parfois même des imposteurs quand ils connaissent une réussite qu’ils imaginent imméritée ou trouvent de manière fulgurante mais inexplicable des solutions qu’il ne savent pas démontrer. Leurs professeurs les traitent d’ailleurs souvent à cette occasion de tricheurs ou de fumistes.

Les philocognitfs font ainsi fréquemment les frais de l’incompréhension ou du rejet.

Dans le couple, leur fidélité aux engagement pris, leur foi en l’Homme et en l’Autre les font souvent penser que « ça va s’arranger » et qu’ils pourront un jour toucher le cœur de l’autre pour le rendre bon.

Les philocognitfs s’emploient ainsi à ignorer que de mauvaises personnes existent (aux qualités mentales et humaines parfois douteuses) et que ces personnes, souvent jalouses et exclusives n’ont d’autre recours pour réussir qu’exploiter les autres, tromper, mentir, manipuler.

Les philocognitfs sont des cœurs simples mais de esprits droits et ils ressentent rarement la jalousie, car ce que possèdent les autres ou ce dont sont capables les autres ne leur parait jamais d’un accès impossible. Et ce guère davantage dans le couple que dans la vie sociale ou professionnelle, par ce que leur confiance en eux les rend confiants dans leur capacité à être aimés pour qui ils sont… même si ce n’est en fait pas souvent le cas… surtout lorsqu’ils sont confrontés à l’incompréhension de non-philocognitifs.

La médiation et la thérapie conjugales au sein de couples mixtes est ainsi un domaine complexe que de rares médiateurs ou thérapeutes ont investi. Parmi eux, je citerai Arielle Adda. Arielle Adda est une psychologue parisienne, spécialiste des sujets philocognitifs, présentant des troubles émotionnels ou des problèmes d’intégration en milieu scolaire ou dans le couple.

 

Les philocognitifs et les troubles de l’attention

Il faut considérer le désordre qu’on nomme TDA, en prenant en compte l’hyperesthésie et l’hypersensibilité des philocognitifs et le fait que ces sujets sont submergés d’émotions, de stresses, d’informations et de perturbations (sonores, lumineuses etc.).

Ces inputs perturbent leur attention et leur application, car le cerveau et ses fonctions inhibitrices d’infos secondaires peinent à les gérer.

Ces mêmes inputs sont moins nombreux et moins violents chez les neurotypiques et correctement gérés. Mais l’attention et la concentration des philocognitifs (neuroatypiques), littéralement submergés, en est affectée.

 

Bien d’autres particularités des sujets philo-cognitifs méritent d’être évoqués mais ce court article n’a pour toute prétention que de renvoyer à la lecture de l’ouvrage Les Philo-cognitifs (Odile Jacob 2019).

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Caresses, massage et neurosciences…

 

Caresses, massage et neurosciences…

Le massage, toucher bienveillant ou les caresses sont des signes de tendresse ou d’attention portés à l’autre. Le premier contact au monde d’un petit mammifère et notamment d’un petit d’Homme, est celui du toucher bienveillant et des caresses de sa mère.

Les bienfaits thérapeutiques des caresses sont connus de tous… et les graves carences que leur manque peut occasionner le sont tout autant. D’inhumaines expériences, menées dans des orphelinats de l’ancien bloc de l’Est, montrent en effet les ravages psychologiques sur une population de jeunes individus d’une absence volontaire de tout toucher peau à peau et de toute caresse, depuis l’âge du biberon jusqu’à l’adolescence.

  

Comment la science explique-t-elle cela ?

Notre peau n’est pas seulement l’enveloppe de notre corps. Elle est aussi l’organe du toucher. Elle contient des millions de capteurs sensitifs. Une récente étude publiée dans Cell Reports nomme ces capteurs piézoélectriques : protéine Piezo1.

Ces capteurs identifient, décryptent et interprètent, à la fois, ce qui nous touche, entre en contact avec notre épiderme et ce que nous touchons. Puis ils transmettent au cerveau les informations nécessaires à nous protéger des agressions (piqûres, chaleur, froid, humidité etc.) et à guider certaines de nos actions.

Au dire de l’enseignant-chercheur Laurent Misery de l’Université Bretagne Occidentale (Laboratoire de Neurosciences de Brest), la peau est un organe aussi sensible et performant que l’œil.

Lorsque la peau est caressée, les messages qu’elle envoie portent sur l’intensité, le sens, la profondeur, la localisation, la température et les caractéristiques du contact.

Les récepteurs de notre épiderme sont alors stimulés, de telle manière qu’on pourrait dire qu’elle occasionne une transmission d’énergie qui recharge nos batteries.

Le contact peau à peau provoque en effet dans le cerveau la sécrétion des neurotransmetteurs et notamment des hormones liées au plaisir :

  • les endomorphines qui calment, apaisent, adoucissent et plongent dans un état euphorique ;
  • l’ocytocine, dite « hormone de l’attachement », qui nous lie durablement aux autres ;
  • la dopamine, qui donne de l’énergie et régule l’humeur ;
  • la sérotonine, également impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur.

Ce cocktail contribue à notre bien-être et alimente un cercle vertueux qui contribue notamment :

  • à une diminution du stress,
  • au développement de l’empathie,
  • à une augmentation de la confiance,
  • au renforcement de l’attachement,
  • à la croissance de l’affection réciproque


Nous avons tous besoin de câlins, de tendresse et de manifestations bienveillantes pour survivre, pour fonctionner et pour grandir. Car les câlins et autres contacts affectueux développent le cerveau des enfants et font notamment mûrir le cortex préfrontal, zone essentielle du cerveau.

 

Perte de libido et souffrance

Au cours de mes consultations en sexothérapie et autres médiations familiales, j’ai pu observer l’immense souffrance et le gâchis que représente parfois la perte de libido d’un des conjoints, pour l’autre, ou bien une situation de conflit larvé au sein du couple qui ferme la porte au rapprochement des corps.

On est ainsi étonné, lors des séances de thérapie de groupe, de voir avec quelle simplicité et quelle ferveur, les participants acceptent de se prendre les uns les autres dans les bras, parfois pendant plusieurs longues minutes, manifestant leur besoin de bienveillance de toucher et d’amour.

 

Toucher et plaisir sensuel

Elaine Chapman du Département de physiologie de l’École de réadaptation de l’Université de Montréal (Centre de recherche en sciences neurologiques) affirme même que des terminaisons nerveuses de l’épiderme sont spécialisées dans le plaisir. Elles se situent dans les zones duveteuses, autour des follicules pileux : le dos, les avant-bras… Elles sont nommées fibres C tactiles.

Ces fibres s’activent dans de légers mouvements à rebrousse-poil.

Leurs capteurs sont sensibles à la plus ou moins grande rapidité et à la plus ou moins grande pression du toucher. Ils envoient des signaux électriques au cerveau qui sont réceptionnés par l’insula, région cérébrale spécialisée dans les émotions, qui diffuse ensuite le plaisir… si le cerveau contrôlant accepte de s’ouvrir au plaisir.

Les conditions idéales pour qu’une caresse procure du plaisir sont nombreuses et les plus déterminantes sont psychologiques / cf. Plaisir sensuel lâcher-prise et pleine conscience.

Au plan strictement technique et si les bonnes conditions psychologiques sont réunies : La pression de la main doit être modérée. La vitesse ne doit être ni trop rapide ni trop lente (environ 2,5 centimètres par seconde) et la température de la main qui caresse doit avoisiner 32 degrés.

Mais attention la pression ou la rapidité du massage ne doivent pas être trop uniformes, car il y a un risque de monotonie et de prévisibilité peu favorable à la montée du désir… préalable nécessaire au plaisir / cf. Massage « tribo sense ».

En phase finale (préorgasmique) la pression, la rapidité et la lubrification des zones érogènes stimulées doivent au contraire être régulières et prendre en compte le tempo respiratoire du sujet massé et son accélération finale.

 

Le Ki-golo, outil thérapeutique traditionnel africain

Monsieur Ismaël – guérisseur traditionnel sénégalais qui fut un de mes premiers maîtres en thérapie – me dit un jour : « Quand je suis arrivée en France à 19 ans, j’ai été étonné de voir à quel point le toucher et les caresses étaient diabolisés. Je suis d’une lignée de guérisseurs qui massent et caressent les corps et les âmes en peine. Et je n’arrive pas à comprendre que pour soigner un corps qui souffre on pense d’abord aux piqûres avant de penser aux caresses. Que fait une maman qui voit son enfant pleurer ? ».

Le Ki-golo que pratiquait Monsieur Ismaël repose sur la douceur et une forme d’enveloppement protecteur. Il avait comme des yeux au bout des doigts. Il enveloppait les personnes de ses immenses mains protectrices, mais n’utilisait pas toujours ces mélanges d’huile d’argan (ou de beurre de karité) et d’huiles essentielles dont il avait le secret.

Il se posait un long moment, immobile, au côté du patient allongé (il disait « la personne » car il n’employait ni le terme de client, ni celui de patient). Il déployait ses deux mains bien à plat sur la nuque et le coccyx de la personne. Puis attendait que les souffles des deux protagonistes soient apaisés et alignés. Il était alors comme en communion avec elle et sentait ce que son corps en souffrance demandait. Il l’apaisait alors par de lents mouvements d’enveloppement, parfois accompagnés de mots rassurants. Il lui communiquait ainsi son amour, son énergie et apportait la paix à son âme et à son corps. Il pratiquait notamment la « caresse de l’âme« , comme il se plaisait à la nomme.

Parfois il ne massait pas ou peu et l’échange était de nature plutôt verbale (comme une psychothérapie moderne). Parfois au contraire il parlait peu et touchait seulement la personne.

Son approche s’apparentait à ce qu’on appelle aujourd’hui la psychosomatothérapie, voire une certaine médecine intégrative. Monsieur Ismaël disait soigner le corps par l’esprit et l’esprit par le corps / cf.  : Médecine traditionnelle africaine.

 

Voir aussi : Quelques autres réflexions sur la sexologie…

 

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

Thérapie de couple / sexologie

Formé en 2017-2018 / FTSP Thérapie Sexuelle Positive (par la Dr. Iv Psalti  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Histoire et Pleine conscience  

 

Pleine conscience (de l’instant présent), versus pensée élaborée, stress de performance ?

L’espèce humaine moderne (homo sapiens) est équipée d’un cerveau atypique au sein du règne animal.

A l’aube de l’humanité, nos ancêtres homo sapiens n’étaient guère plus que des animaux comme les autres, tantôt gibiers, tantôt chasseurs. Leur cerveau leur servait essentiellement à savoir réagir aux situations du présent, par exemple chercher un abri, chasser, cueillir des baies et des fruits pour se nourrir, combattre ses ennemis, se reproduire, nourrir ses enfants, combattre ou fuir ses prédateurs…

Il faut s’imaginer l’état du territoire appelé aujourd’hui européen à l’époque où homo sapiens commence à le coloniser, aux environs de – 40 000 avant Jésus-Christ.

À l’époque la population mondiale est de moins de 2 millions d’habitants. Il n’existe aucune ville au monde, ni même aucun campement de plus de 150 personnes. Car les tribus ne sont constituées que d’une dizaine ou de quelques dizaines d’individus.

La surface des zones les plus tempérées est constituée de forêts primaires et il n’existe aucune route aucun chemin. Il n’existe aucun repère ni au sol ni ailleurs (puisqu’il n’existe aucune carte). Les hordes humaines ont ainsi peu de chance de se rencontrer.

On peut en conclure que la stimulation liée aux échanges est extrêmement faible. Il est ainsi difficile de trouver des partenaires sexuels hors d’un cercle de consanguinité restreint. On peut supposer que l’organe voméronasal (également appelé organe de Jacobson) d’homo sapiens était plus réceptif qu’aujourd’hui aux signaux chimiques (phérormones) du sexe opposé pour identifier les partenaires sexuels compatibles et s’en faire identifier

 

Adaptation : sélection naturelle

Mais, au fil de la préhistoire, ce cerveau a permis à nos ancêtres ont appris à anticiper les situations liées aux dangers qui précarisent et menacent de la vie sauvage.

Ils ont aussi appris à concevoir et réaliser des outils

Ils se sont enfin sédentarisés en passant du statut de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs-éleveurs (révolution agricole, à partir de -12 000 à -10 000 ans avant JC).

Ceci les a conduits à s’organiser en sociétés. Ils ont dû apprendre planifier et s’inscrire dans différents projets de moyen et long terme (commerce, politique).

 

Une société complexifiée et plus hiérarchisée

À un rythme variable, selon les sociétés, les activités humaines se sont complexifiées et hiérarchisées, avec l’apparition du troc, puis des monnaies, des grandes citées avec leurs cohortes de hauts dignitaires, de fonctionnaires d’armées. Sont apparus alors le calcul et l’écriture, les religions.

Et chaque fois nos ancêtres ont dû, pour survivre, anticiper, s’adapter à la complexité et à la sévérité de la vie en société.

Cette nouvelle organisation sociale en cités et états apportait, certes, un certain confort pour nos ancêtres les plus adaptables, mais amplifiait aussi les fléaux historiques de l’humanité :

  • épidémies,
  • famines,
  • guerres et injustices ;

Les moins forts physiquement ou les moins « équipés » mentalement ayant toute chance d’être génétiquement éliminés.

 

Le projet, le calcul, l’anticipation deviennent vitaux pour l’homme moderne et sont ainsi survalorisés.

La pleine conscience de l’instant présent est dès lors négligée, ignorée et le plaisir sensuel est disqualifié, stigmatisé, diabolisé… 

Cette évolution de l’espèce s’opère au moyen d’une sélection naturelle qui amène l’humanité moderne à surinvestir l’anticipation, le calcul, le projet, au prix d’une déconnection de l’instant présent.

  • Comment convaincre, en effet, un écolier de faire ses devoirs, plutôt que d’aller jouer au ballon et donc de renoncer à un plaisir immédiat, si ce n’est en lui promettant des gratifications en fin d’année s’il réussit ses examens et un avenir (souvent matériel) radieux ?
  • Comment convaincre des millions de travailleurs d’obéir à des règles et des chefs parfois durs et injustes pour de bas salaires, si ce n’est en leur promettant un au-delà meilleur ou en leur faisant miroiter un avenir meilleur pour leurs enfants (ascenseur social) ou encore d’hypothétiques gains à la loterie ?

La morale et l’inconscient collectif inspirés par les grandes religions instituent en outre nombre d’interdits et de tabous qui diabolisent les satisfactions et les plaisirs immédiats et survalorisent l’ascèse, le renoncement.

Nous sommes ainsi exposés à une injonction de performance et nous devons nous adapter, à marche forcée, à une concurrence effrénée qui conduit les plus exposés ou les plus vulnérables au seuil du burnout.

Claire, jeune juriste d’une société de conseil me confiait récemment : Je suis explosée de fatigue. Mon cerveau ne trouve pas le repos. Une idée en amène une autre, des cascades d’autre en arborescence… et je ne m’endors qu’au petit matin ou me réveille au milieu de la nuit, épuisée, angoissée. Mon cœur bat à se rompre comme si je terminais une course poursuite. J’ai peur de ne pas arriver, de décevoir (mes collègues, ma famille), de devoir renoncer à mon poste. Je n’en peux plus. Je voudrais descendre du manège… »

 

Stoïcisme, hédonisme et pleine conscience

Le burnout nous guette ? Mais comment faire ralentir le manège qui nous emporte à grande vitesse au risque de se rompre et de nous broyer ?

La recherche d’un ancrage dans l’instant, dans la pleine conscience, dans les sensations positives du corps – ici et maintenant – constitue un des recours thérapeutiques les plus efficaces. La danse, le yoga, la méditation de pleine conscience, le massage, l’art thérapie sont les voies les plus courantes vers la redécouverte des sensations de son corps et dans la pleine conscience de l’instant.

Autre approche plus philosophique, les stoïciens, les hédonistes ou les bouddhistes nous appellent à ne pas rechercher le bonheur dans le projet, mais à prendre conscience que le bonheur se trouve aussi dans l’acceptation et la pleine conscience de l’instant présent.

  • Pour les stoïciens, la douleur n’est qu’une tension que notre esprit refuse. Si nous entrons dans la pleine perception objective de cette tension, si nous arrivons à l’appréhender dans toute son étendue, toute sa violence et parvenons à l’accepter, nous pouvons la percevoir comme une jouissance ultime. Certains stoïciens allaient jusqu’à se faire broyer un genou dans un étau pour vivre ce défi de la pleine conscience à l’instant présent (c’est ce que rapporte Arrien de Nicomédie, disciple d’Epictète). Cette démonstration est l’exemple le plus ultime des expériences de pleine conscience de l’instant présent, puisque qu’il obère gravement le futur, par le caractère irréversible de la mutilation opérée. En effet vivre l’instant présent au point de sacrifier, saccager tout possible avenir et l’exemple ultime du lâcher-prise.
  • Les hédonistes sont également prêts à se noyer dans la pleine jouissance des plaisirs terrestres de l’instant, mais les conséquences de cet abandon au plaisir en pleine conscience n’entrainent pas de conséquences aussi graves, sur le futur, que les automutilations de certains stoïciens.
  • Les bouddhistes refusent également l’idée de miser sur un projet d’un bonheur futur hypothétique auquel on devrait sacrifier l’instant présent.

Pour eux, le bonheur est un état relativement stable chez chaque individu, suivant son acceptation de lui-même et de ses limites et ses dispositions au bonheur.

Ainsi, l’atteinte de tel objectif (mariage, naissance d’un enfant, réussite professionnelle, gain à la loterie) ou au contraire la survenance d’événements tragiques (deuil, maladie, faillite) ne constituent que des épisodes passagers qui élèvent ou abaissent provisoirement notre niveau de bonheur.

Ce constat que notre bonheur dépend parfois plus de nous que d’événements conjoncturels extérieure est une chose assez répandue. Nombre d’entre nous en ont eu l’intuition ou en ont déjà fait l’expérience.

Mais le message radical du bouddhisme, c’est que – pour atteindre au bonheur – il est inutile de courir le monde, de bâtir des projets, d’entreprendre et que la meilleure voie vers la plénitude est de se contenter de développer son attention, sa présence à soi-même, en pleine conscience et sa présence aux autres et au monde en toute bienveillance.

 

Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II (2000)

Coach adhérent de l’European Mentoring and Coaching Council (EMCC France et EMCC International) n°23124, appliquant la charte déontologique https://www.emccfrance.org/deontologie-coach-mentors/

Formé en 2017-2018 / FTSP Thérapie Sexuelle Positive (par la Dr. Iv Psalti  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116)

 

Plaisir féminin, lâcher-prise et pleine conscience

Plaisir féminin, lâcher-prise et pleine conscience

Ce n’est plus aujourd’hui un mystère pour personne, l’organe du plaisir féminin n’est pas seulement le clitoris, mais avant tout le cerveau.

La stimulation mécanique du clitoris et des zones réputées érogènes est certes nécessaire à la montée du plaisir féminin, mais le cerveau a seul le pouvoir de décider de lui donner sa pleine ampleur ou au contraire de l’inhiber, voire la censurer totalement.

Mille choses positives ou négatives régulent en effet le désir, puis le plaisir, au niveau cérébral.

Les fans d’une star du rock ou du cinéma auront souvent activé au maximum leur désir avant sa rencontre. Et si par miracle elles la croisent un jour et ont un rapport amoureux avec ladite star, elles seront dans une disposition optima au plaisir. On peut également penser qu’une amoureuse qui retrouve la personne aimée après une longue absence sera mentalement réceptive aux caresses et la montée de son plaisir, à la stimulation de ses zones érogènes, sera optimale. De même manière, une vidéo porno, un film érotique (correspondant à la sensibilité et/ou à fantasmagorie du sujet) ou un rêve éveillé ou encore un fantasme, potentialisera l’effet des caresses, facilitant la montée du désir et garantissant une récompense sexuelle de bon niveau.

Pour certains sujets hyperesthésiques (généralement philocognitifs) la perception de messages chimiques (phéromones) émis par de potentiels partenaires placera leur cerveau en état de grande disposition au désir et au plaisir.

A l’inverse, une stimulation de la zone du clitoris et des zones érogènes – pourtant parfaite au plan technique – restera peu productive de plaisir (pas du tout productive de plaisir, voire insupportable.

  • Si le sujet manque de confiance en son image corporelle et/ou son potentiel érotique, s’il doute des sentiments de son partenaire, s’il a connu un épisode douloureux le privant temporairement ou plus durablement d’une sensibilité émotionnelle favorable ou si un traumatisme passé (deuil, viol, trahison amoureuse), ses valeurs et/ou sa morale personnelles lui interdisent le plaisir sensuel ;
  • Si cette stimulation sensorielle intervient dans des circonstances, un temps ou un lieu jugés inappropriés ou si la morale du sujet ou l’inconscient collectif (le regard des autres) inhibe la libido du sujet (par ex. pendant un repas familial, au travail, pendant la chute d’un avion en flammes, le matin plutôt que le soir…) ou si son cerveau est court-circuité par le stress ou l’injonction de performance (cf. https://medi-therapie.com/histoire-et-pleine-conscience/), voire en burnout ;
  • Et surtout si cette stimulation n’est pas opérée par une personne choisie et/ou agréée (consentement) ou par une personne aimée… mais disqualifiée par une trahison encore cuisante et non pardonnée (liste bien sûr non exhaustive).
    Je ne nomme pas seulement ici la stimulation physique des zones érogènes, mais de simples avances, opérées par des personnes jugées irrecevables(ou inconcevables) par le cerveau (par leur apparence physique, leur hygiène, leur genre, leur âge, leur statut social, leur violence, leur parenté, leur inconduite passée etc.).

Dans de telles conditions, toute stimulation physique, prétendue érotique, pourra même constituer même un véritable trauma et être ressentie comme une agression sexuelle ou un viol.

Soucieuses de leur équilibre émotionnel et conscientes de leur besoin vital des hormones que procurent le plaisir sensuel (endorphines, sérotonine, dopamine…), certaines femmes victimes de blocages mentaux considèrent que c’est là une double peine qui s’ajoute à leur privation de plaisir sensuel. Et que les nombreux freins à l’accès au plaisir, évoqués ci-dessus, représentent une violence faite aux femmes comparable à une excision virtuelle, d’un caractère insidieux et intolérable.

Leur désir d’en sortir peut ainsi les amener à différentes approches thérapeutiques. La plus classique relèvent de la psychothérapie qui s’attaque à la racine psychanalytique des blocage. Mais il existe aussi des approches plus comportementales pour les femmes décomplexées et libérées. Par exemple, celle du massage de pleine conscience, différentes thérapies psychocorporelles ou même les ateliers de Méditation Orgasmique.

Les différentes approches peuvent d’ailleurs se combiner ou se compléter, mais il faudra plutôt commencer par un entretien thérapeutique classique pour tenter d’identifier les blocages. Et c’est, dans ce cadre là – et lorsque le thérapeute jugera la patiente prête – que le thérapeute pourra lui proposer d’autres outils thérapeutiques.

Ainsi, lorsque les circonstances ne sont pas favorables à la rencontre d’un partenaire sexuel idéal ou bien si les patientes sont conscientes des innombrables freins que leur cerveau est capable de mettre entre leur plaisir et elles, le massage érotique de pleine conscience est une voie vers le véritable lâcher-prise, susceptible de favoriser la libération des hormones du plaisir dont tout organisme a besoin (peut-être au même titre que ces vitamines dont elles supplémentent si volontiers leur alimentation).

Le massage de pleine conscience (tout comme la Méditation Orgasmique) s’entend en effet comme une immersion dans la pleine conscience et des sensations primaires objectives de l’instant présent, une immersion tendant à éloigner le parasitage desdites sensations par les innombrables censures du cerveau.

Il convient brièvement ici de préciser que ce cerveau qui bloque l’accès au lâcher-prise, à la montée du désir et enfin au plaisir est le plus souvent le cerveau gauche (ou plutôt l’hémisphère cérébral gauche)… sauf bien sûr si le sujet est confronté à la morsure d’un chien ou autre douleur physique, atteinte ou menace vitale.

Pleine conscience et toucher thérapeutique

Le lâcher prise, l’accès à la pleine conscience de ses sensations physiques (épidermiques ou plus profondes) est souvent impossible aux personnes sous stress, tétanisées et parfois en totale perte de repères.

Nos perceptions subjectives, nos sensations sont en effet éminemment influencées par nos croyances, nos émotions, notre histoire, l’inconscient collectif et les tabous qu’il véhicule… Offrir sa peau sans défense au toucher d’un inconnu est une démarche courageuse et parfois désespérée pour ces personnes sous un tel stress.

C’est pourquoi il est apparu nécessaire, au Dr. Psalti, de définir le toucher proposé dans un cadre thérapeutique, comme vous le lirez sous sa plume dans son article / cf. http://www.massage-feminin-lyon.fr/massage-erotique-pleine-conscience/.

Ceci dit, force est de reconnaître que la demande de massages de pleine conscience dans le cadre de pathologies légères, voire d’un simple désir hédoniste ou de bien-être reste la plus nombreuse. Mais, il n’y a – dit-on – pas de mal à se faire du bien et une technique qui a reçu une caution scientifique a toute chance a minima de ne pouvoir apporter que de bonnes choses dans un simple objectif hédoniste, si elle est mise en œuvre par des praticiens respectueux, formés et reconnus dans cette matière.

Voir aussi : Le-sexe-un-besoin-physiologique

+ d’info sur https://www.spring-mediation.fr/blog/

 

Philippe Lamy

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Zone de confort, transgression et liberté

La transgression c’est le non-respect volontaire (voire militant), d’une obligation, d’une loi, d’un ordre, des règles, d’une limite (ou de ses limites) et/ou des croyances et valeurs communément partagées par le groupe humain, dont on est issu.

La transgression, une manière de souligner les normes

La transgression ne s’oppose pas à une limite, mais elle franchit les limites, dans leur principe. C’est-à-dire qu’elle affirme la possibilité de vivre au-delà des interdits. Ce sont ces interdits ou tabous  qui distinguent l’humain de l’inhumain ou simplement l’humain, de l’animal[1].

La transgression, c’est franchir une ligne interdite (plus ou moins sciemment) en bafouant les règles élémentaires de vie en société, clandestinement (seul ou en groupes secrets : messes noires, pratiques échangistes et/ou SM, cannibalisme, nécrophilie, scatophilie…) ou de manière revendicative, ironique et/ou désespérée  (GayPride, punk ou gothique attitude, terrorisme…).

La transgression a en effet parfois un caractère ostentatoire : On enfreint la loi, pour être vu et identifié comme un élément réfractaire, voire rebelle ou dissident, indépendant et/ou courageux, et, surtout, pour obtenir la reconnaissance du groupe auquel on souhaite être identifié et/ou agrégé (sentiment d’appartenance parfois, recherché des exclus de la société « bourgeoise »).

Chez l’adolescent, la tendance à la transgression des règles correspond à un stade décisif de formation de la personnalité et de développement intellectuel (apparition du libre-arbitre, de l’esprit critique), car elle remet en cause la légitimité du système de valeur, du groupe dont on est issu, auparavant considéré comme évident et/ou naturel.

De la même manière, chez des adultes en mal d’identité ou exposés à une souffrance, liée à une hypertrophie cérébrale gauche[2], la transgression thérapeutique  (le jeu  avec les limites ou de mini-transgressions) pourra contribuer à un salvateur recadrage identitaire (Qui suis-je ?  Qu’est-ce que je veux vraiment ?  Que serais-je prêt(e) à sacrifier des règles que m’impose mon éducation pour parvenir à mes objectifs des vie ?  Quelles sont les règles et croyances auxquelles je choisis de souscrire ?).

La transgression est parfois une recherche inavouée ou inconsciente d’une sanction ou d’une punition. Elle peut parfois ainsi favoriser l’identification et la reconnaissance des règles de conduite et des principes moraux que l’on a voulu enfreindre, voire l’acquisition des notions de bien et de mal.

Par ailleurs, transgression et système de valeur vont de pair et ne se conçoivent pas l’un sans l’autre. Lorsqu’on transgresse, c’est bien sûr par rapport à un système de valeur donné, que l’on tend alors à dépasser ponctuellement et auquel, par là même, on se réfère, de facto. Paradoxalement, la transgression dessine donc en négatif l’existence des principes moraux et des règles de conduite qu’elle prétend remettre en question (s’il n’y avait pas de limite, il n’y aurait pas de franchissement  de limite et s’il n’y avait aucune règle, il n’y aurait plus de notion de transgression).

Sortir de sa zone de confort : la clé de l’apprentissage

Pour Romain Gary, résistant, héros épique des temps modernes et écrivain, « la vraie vie ne commence qu’au-delà de notre zone de confort » ; c’est à dire au-delà de nos limites.

Ce concept de zone de confort est à la base de tout apprentissage, de toute transformation et de toute évolution. La zone de confort représente ce que nous avons l’habitude de faire, de penser, de ressentir. C’est ce que nous connaissons et qui nous est familier, y compris nos expériences passées positives et négatives ainsi que nos comportements constructifs et destructifs. Ce sont toutes nos connaissances à ce jour.

Si nous voulons grandir, nous dépasser, il nous faut quitter le monde familier et nous aventurer en terre inconnue, hors de nos limites. Franchir ces limites comporte un risque, car nous ignorons ce qui se passera et si nous serons capables de gérer la nouvelle situation. Ainsi, nous préférons souvent nous cantonner à ce que nous maîtrisons déjà : la somme de nos expériences vécues. Or, cette zone dans laquelle nous nous réfugions correspond également à nos limites, et plus nous gagnons en expérience, plus nous aurons de raisons valables pour demeurer à l’intérieur de notre zone de confort, d’autant plus qu’elle paraît étendue à nos yeux.

Apprendre signifie toujours qu’il faut prendre un risque. Et on ne progresse que par ses échecs (Piaget). A chaque pas que nous effectuons en dehors de notre zone de confort, celle-ci s’étend. A chaque fois que nous caressons une nouvelle idée, que nous faisons ou ressentons quelque chose de neuf, nous agrandissons notre zone de confort. En d’autres termes : nous évoluons, nous grandissons.

Ainsi, notre capacité à prendre des risques, à dépasser nos limites, à sortir hors de notre zone de confort forme la clé de notre évolution.

Sortir de sa zone de confort, une forme ultime de liberté

Sortir de sa zone de confort est ainsi la forme ultime de la liberté individuelle. Mais si notre idéal de liberté peut nous conduire à nous affranchir de certaines limites, c’est aussi notre idéal de liberté qui doit nous conduire – dans un Etat de Droit – à respecter les limites des personnes avec qui nous sommes en interaction. Car le droit à l’exercice de la liberté de chacun à pour limite ultime le droit des autres à défendre leur propre liberté ; et ce droit souverain à la liberté impose de facto à tous une limite dans leurs interactions avec autrui comme avec l’environnement, puisque le principe même de liberté suppose le respect de la liberté des autres, y compris celle de nous dire non. Les personnes qui ne respectent pas ce principe sont des gourous ou pour le moins des prédateurs et non des personnes réellement désireuses de défendre le principe de liberté. Nous n’avons ainsi par exemple aucune légitimité à prétendre imposer nos choix, nos théories, notre mode de vie à quiconque, pas plus qu’à polluer ou détruire notre environnement.

La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, dit le proverbe

Sortir de sa zone de confort est aussi une théorie à la mode. Mais l’idéal de liberté qui anime ceux qui s’y aventurent doit relever d’une démarche individuelle et volontaire et ne pas répondre à une mode ou à une injonction sociale… sinon le sens même de cette démarche libératrice est dévoyé.

Il y a en effet plusieurs catégories de personnes :

  • Les gens qui n’ont jamais entendu parler de cette démarche individuelle de développement personnel ou ne souhaitent pas sortir de leur zone de confort ;
  • Les personnes qui seraient tentées par telle ou telle folie ou transgression, mais sont par principe persuadées que rester dans leur zone de confort les protège ou est plutôt une bonne chose ;
  • Celles qui se moquent des théories à la mode, n’ont pas trop de principes et sortent à l’occasion, de leur zone de confort, sans états d’âme ;
  • Celles qui pensent que sortir de sa zone de confort est une manière de tester ses limites et d’exercer leur liberté individuelle. Et qu’il est sain ludique, voire même jubilatoire par principe – à l’occasion– de sortir de sa zone de confort et que ça ne peut que contribuer à leur développement personnel de prendre un peu de recul par rapport aux règles, à la morale et/ou aux injonctions sociales. Mais qui respectent le fait que les autres puissent fonctionner sur un modèle ou un rythme différent et ne font pas de prosélytisme ;
  • Il y a enfin les prédateurs qui brandissent la bannière d’une abolition des règles ou des limites, animés non pas par un idéal de liberté, mais par un désir d’asservissement des autres (à leurs propres choix, à leur propre bien-être). Il ne s’agit pas toujours de grands gourous, mais parfois de simples manipulateurs et/ou de pervers narcissiques au petit pied, comme il en existe malheureusement pas mal. Face à de telles personnes, apprendre à faire confiance à son instinct est la meilleure façon de s’en protéger. Et si on a un seulement un doute, sur les bonnes intentions d’une personne, sur sa bienveillance et son respect, c’est déjà trop et mieux vaut s’en tenir éloigné.

Retrouver son instinct

Il existe une représentation des différentes fonctions de notre cerveau, certes schématique et conventionnelle, qui voudrait que :

  • l’hémisphère cérébral gauche soit le siège de la loi, des règles des conventions, de la parole, du calcul, de la pensée abstraite (positive aussi bien qu’anxiogène, voire des peurs irrationnelles), du projet, de l’interdit, etc.
  • alors que l’hémisphère cérébral droit serait celui de l’instinct, de l’intuition, de l’émotion, de la créativité, de l’aptitude à jouir de l’instant présent et de la recherche de l’hédonisme (sans conscience ni peur de la transgression le cas échéant).

Or, force est de constater que dans nos sociétés modernes, les règles, les lois, les injonctions sociales (décidées par les autres) prennent souvent le pas, dans l’inconscient collectif comme dans les consciences individuelles sur ce que l’instinct individuel ressent comme bon ou mauvais pour soi.

Ainsi, la zone de confort dans laquelle nous évoluons naturellement (sans toujours êtres conscients des jalons qui la limitent) relève davantage de notre cerveau gauche, pour ce qui concerne la référence à une norme, à des règles, à des tabous, à une injonction de performance ou de respect d’un cadre, tandis que notre cerveau droit serait certes capable de pressentir aisément d’instinct ce qui nous est favorable, au plan émotionnel ou sensoriel… mais encore faut-il que le cerveau gauche lâche prise et permette au cerveau droit d’accéder à une perception objective des sensations.

Ainsi, chez le sujet dont le cerveau droit est très (voire trop) développé par rapport au gauche, que nous appellerons HyperSinistroCéphale (HSC cf. A quoi reconnaître un sujet « HyperSinistroCéphale » ?), le poids des conventions, des interdits, des règles et des tabous est lourd, parfois étouffant. Toute spontanéité, toute émotion positive, tout plaisir sensuel, toute jouissance de l’instant, voire même toute possibilité d’exercer son libre-arbitre est ainsi parfois inhibé. La recherche d’une émotion, d’un frisson, voire d’un sentiment de mise en danger, à travers de mini-transgressions, peut alors parfois constituer un moyen de repositionner les règles et limites acceptables  (et librement acceptées) et de rééquilibrer les deux hémisphères cérébraux.

Le sujet HSC a peu confiance en son instinct. Il se méfie ainsi de lui-même, même si ce manque de confiance n’engendre pas toujours une timidité apparente, certains sujet HSC arborant une attitude arrogante, voire agressive, pour masquer leur mal être et leur souffrance. Cette dernière catégorie de HSC est rarement l’objet de prise en charge thérapeutique, car, pour se soigner, encore faut-il se reconnaître en souffrance. Il en va donc des HSC, comme des sujets alcooliques et des dépressifs. Il faut souvent l’intervention d’une tierce personne (médecin traitant, famille, amis) pour convaincre un sujet HSC d’engager une démarche.

La démarche du praticien peut, par exemple, ainsi, constituer à inviter le sujet à décrire et définir l’ensemble des tabous et des règles du système auquel il adhère (ou qu’il s’est formé). Le praticien l’invitera alors à envisager, pour chacune des règles, ce qui pourrait arriver s’il la transgressait. Or ces règles peuvent se définir en deux grandes catégories:

  • les règles majeures, censées protéger la vie, l’intégrité physique et morale des individus, les libertés fondamentales de chacun etc., nécessaires à la vie en société ;
  • et celles – souvent moins essentielles – dont les différentes sociétés ou communautés se sont enrichies au fil des siècles (rituels sociaux, règles de politesse), sans compter les habitudes et rituels, individuels ou familiaux (rites alimentaire, préséances familiales, posture politique).

S’agissant des secondes, il suffira – le plus souvent – que le sujet fasse lui-même la découverte qu’il ne se passerait rien de vital s’il opérait telle ou telle mini transgression, pour qu’il se sente un peu libéré. Seule l’évocation de cette improbable transgression suffira parfois, sans avoir même à s’y livrer pour de bon pour que le sujet comprenne le caractère contingent  de la règle.

Que se passerait-il si je marchais, tout habillé(e), dans un bassin public ?  Que se passerait-il si je cédais aux avances sexuelles d’une personne du même sexe que moi ou bien si je participais à une soirée libertine ?  Que m’arriverait-il si je cédais aux avances d’une personne d’un milieu ou d’un âge différent du mien ?  Que se passerait-il d’irréversible si j’arrivais un jour au bureau en pyjama ?  Que deviendrais-je si je fumais un joint ? Que m’arriverait-il si je tutoyais mon médecin, un gendarme ou mon patron ?  Que se passerait-il se je mangeais, avec mes doigts dans un restaurant huppé, ou si je lapais mon repas ?  etc.

Pour ce type de questions, bousculant (plus ou moins) ses valeurs, ses croyances, ses peurs ou ses phobies, comme pour d’éventuelles situations encore plus dérangeantes   – et pour bien d’autres autres, encore, qui pourraient spontanément lui venir à l’esprit (sans la moindre influence du thérapeute) – le sujet HSC devra s’interroger sur les conséquences véritables de la transgression imaginée. Dans de nombreux cas, il mesurera que les conséquences réelles de nombre de transgressions supposées sont seulement dans sa tête, dans son imaginaire, dans sa représentation du monde. Alors que certaines autres apparaîtront nettement plus dangereuses  (pour lui ou pour autrui), voire quasi-insoutenables. Ainsi, le respect de l’ordre social, le respect de la vie humaine, de l’intégrité et de la liberté d’autrui se dégageront parmi les piliers fondamentaux d’une code éthique personnel redécouvert et constitueront le socle d’une identité et d’une personnalité apaisée. Le sujet saura alors mieux vivre les contradictions (souvent douloureuses ), entre les désirs et pulsions de son être animal et les règles et obligations imposées par la vie en société. Il saura ainsi mieux dominer son conflit intérieur entre la recherche du bonheur futur (projet de vie) et la plénitude au quotidien.

Recréer son système de valeurs

Les vieux blocages et tabous ont la vie dure et le sujet HSC ne lâchera pas vite la rampe (la béquille ou la canne blanche) des règles, des rituels, des certitudes et idées prémâchées qui ont structuré sa personnalité depuis des lustres. La démarche du lâcher prise, avec un tel sujet peut donc être longue.

L’ambition de la thérapie, n’est cependant pas de faire perdre sa personnalité, ses repères, son système de valeurs et/ou sa rigueur morale, au sujet, mais au contraire de l’aider à découvrir son propre système, à partir de ce qu’il croit et veut vraiment, contre ce qu’il s’est, jusque là, imposé, par manque d’esprit critique et ou à cause de pressions morales excessives.

Certains sujets, mal à l’aise dans leurs propres contradictions et/ou face à une morale  ou un ordre social  perçu comme arbitraire , sont tétanisés à l’idée de transgression, mais, une partie d’eux-mêmes désirant ces transgressions, sans leur en donner le courage, ils se tournent parfois vers des actes d’allégeance  ou de soumission, à l’égard d’individus peu recommandables, perçus comme hors la loi  ou  transgressifs, qu’ils prennent alors comme leader naturel ou maître à penser  (cf. Jeux de rôles : Que faut-il entendre par domination et soumission ?). L’intérêt de la transgression encadrée, dans le cadre d’une thérapie appropriée, est précisément de prévenir ce genre de dérive.

L’ambition de la thérapie est aussi de stimuler le rééquilibrage cerveau gauche/cerveau droit, à travers le développement de l’hémisphère cérébral droit, jusque là oublié et/ou négligé, à travers des séances de créativité artistique, des jeux de rôle faisant appel à ses capacités d’expression émotionnelle, à travers par exemple, le chant, la danse, les massages (cf. Le « lâcher prise », toucher et massage) etc.

Cette recherche de redécouverte des modes de fonctionnement instinctifs (instinctothérapie) pourra aussi passer par une réflexion sur les attitudes, réactions, sensations du nourrisson (non-encore exposé aux règles et tabous) ou de l’animal, voire par une mise en œuvre d’un mime de ces postures et actions infantiles ou animales instinctives d’une absolue innocence,  dans le cadre d’une régression thérapeutique.

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Philippe Lamy


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[1] L’animal ne connait en effet que l’instinct qui le pousse à jouir de l’instant présent, forniquer et tuer (pour les prédateurs), sans autre loi que celle du plus fort et de la nécessité, sans aucune référence au bien ni au mal. Si l’on prenait pour référence les règles érigées par (et pour) les humains, on considérerait qu’il vit et agit dans une permanente transgression. Le monde animal est pourtant celui de l’innocence absolue et de l’harmonie avec l’environnement (n’était l’agression et le chaos que l’homme impose à la nature).

[2] Notre cerveau est infiniment complexe et toutes ses zones sont interactives. Il existe cependant une représentation (en vogue au cours de la seconde moitié du XXème siècle) – certes schématique et symbolique – qui isole deux grandes zones “spécialisées”, aux fonctions différentes et complémentaires :

  • L’hémisphère cérébral gauche (appelé aussi cerveau gauche), qui est notamment celui de la réflexion, de la raison, du langage, de l’éducation, de l’écriture, des règles sociales, de la culture, du calcul, des interdits, des tabous… Il est aussi celui du projet (et des projections négatives ou positives).
  • L’hémisphère cérébral droit (appelé aussi cerveau droit), qui est surtout celui de notre nature animale, celui de l’émotion, de l’intuition, de toucher, de la sensualité, de la créativité, de la spontanéité, de l’improvisation, de la prise de risque, du jeu… Il est aussi celui du culte de l’immédiateté (carpe diem), du présent.

 

Trop intelligent pour être heureux, l’adulte surdoué ?

Des êtres à part

« Surdoués », « précoces » et aujourd’hui « philocognitifs » sont les termes qui qualifient  ou identifient  les enfants et adultes, affublés de ce fonctionnement cérébral particulier  qui en fait surtout des êtres isolés, différents, à part, et pas toujours heureux.

Le quotient intellectuel  (ou QI) est mesuré au moyen de tests d’aptitude, dans les différents domaines de l’intelligence. Ils
regroupent des tests verbaux, écrits et visuels. Ces tests ne sauraient cependant parfaitement rendre compte d’une notion aussi complexe que celle de l’intelligence, dans ses aspects cognitifs et émotionnels. Les tests de QI ne donnent en effet qu’une vision réductrice de celle-ci. Ils éclairent cependant de manière précieuse les capacités de succès scolaire et social, ainsi que les faiblesses des sujets philocognitifs, et les erreurs et écueils à éviter (pour les proches de ces sujets et pour ces surdoués eux-mêmes).

Dans son ouvrage « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » (paru il y a une dizaine d’années chez Odile Jacob), Jeanne Siaud-Facchin (psychologue praticienne) s’attachait à montrer combien cette chance que peut représenter un cerveau hors normes peut – en réalité – devenir un handicap, voire un calvaire pour certains sujets, s’ils sont mal identifiés, mal informés, mal compris et privés d’une nécessaire aide adaptée.

Jeanne Siaud-Facchin préférait alors qualifier de « zèbres », ces personnalités à part. Mais ce terme galvaudé est aujourd’hui progressivement remplacé par « HP » (pour « à haut potentiel« ) et surtout, grâce aux récents travaux de Fanny Nusbaum (docteur en Psychologie et Chercheur Associé en Psychologie et Neurosciences, 
Laboratoire P2S -EA 4129-, Université Claude Bernard Lyon 1), par le terme « philocognitifs« . Fanny Nusbaum, Olivier Revol et Dominique Sappey-Marinier (chercheur en neurosciences à l’Université Lyon I) scindent les philocognitifs en deux populations : les philocognitifs laminaires et les philocognitifs complexes / cf. « Les Philocognitifs » chez Odile Jacob, sortie prévue janvier 2019. Pour tout connaître de la philocognition, il nous faudra ainsi encore attendre quelques semaines.

Pour résumer cette notion de philocognition ou de sensibilité philocognitive, Fanny Nusbaum considère que la personne philocognitive est celle qui est en recherche de sens et de réponses et qui ainsi, en toute situation, fait fonctionner son cerveau à grande allure et en arborescence face à toute sollicitation, situation, en faisant interagir les zones de la raison, du calcul, du projet…  avec celles des sentiments, de la créativité, de la sensibilité de l’intuition etc. Le sujet philocognitif est ainsi « l’ami » (φίλος / philos) de l’intelligence ou de la cognition.

Qu’est-ce véritablement qu’un surdoué et comment ces philocognitifs peuvent-ils gâcher cette chance exceptionnelle ?

Une pensée intuitive et incrédule

Pour illustrer notre propos, je reprendrai une représentation imagée, schématique (et de ce fait parfois critiquée), celle d’un cerveau partagé en deux hémisphères dédiés aux tâches suivantes :

Hémisphère cérébral gauche (ou cerveau gauche) Hémisphère cérébral droit (ou cerveau droit)
 Cognition  Émotion
Capacité analytique qui permet d’organiser et de structurer la pensée Traitement global et en images,
Compétences logiques et rationnelles Capacité de traitement simultané d’un grand nombre de données
Raisonnement argumenté Fonctionnement analogique (par association d’idées)
Fonctions du langage Intelligence intuitive
 – Lois, règles, interdits… Créativité et pensée divergente (qui sort de la pensée commune
Forte implication émotionnelle

Nota : Concernant le partage du cerveau en deux grandes zones, voir aussi : ACCUEIL.

Alors que chez le commun des mortels, l’information est gérée à partir d’un point de départ donné et par enchaînement logique, pour parvenir à un résultat justifiable, le sujet philocognitif parvient, certes, le plus souvent – et en un temps exceptionnellement court – à un résultat intuitif, généralement pertinent… mais il est souvent incapable de le justifier, de l’expliquer. Sa pensée, au lieu de suivre un cheminement linéaire (et facilement explicable) se répand en arborescence, se divisant, se dédoublant, en un éclair, en un nombre incalculable d’hypothèses, dont une sort cependant victorieuse, parfois même avant que les autres n’aient seulement véritablement posé le problème à résoudre. Cette réponse est ainsi essentiellement intuitive et pas toujours logique. ce mode de fonctionnement est terriblement efficace et performant dans les situations courantes, mais il a parfois quelques inconvénients. En situation de stress, le surdoué peut ressentir son cerveau comme une machine à produire de la pensée  inutile qui s’emballe et ne lui laisse ni répit, ni sommeil, favorisant les crises d’angoisse, voire de panique.

Dans les circonstances importantes de sa vie, ne parvenant pas à justifier son choix, par exemple d’un(e) conjoint(e), il doutera de lui et préférera parfois, au final, ne faire aucun choix, plutôt qu’un mauvais choix, car choisir, c’est renoncer. Lui qui, de surcroît, met souvent tout en perspective à l’échelle de l’univers, se dira en outre : A quoi bon me marier ? Quel sens a la vie ? Le mariage ? A quoi ça sert ? Ma vie, à l’échelle du temps, ne représente qu’un laps infime, et moi une poussière de sable dans le cosmos. Quelle œuvre humaine a la moindre importance, alors que le soleil va tout brûler dans quelques  générations ? Et le non-choix d’un(e) conjoint(e) qui en découlera sera à son tour une manière de choix subi qui l’angoissera de plus belle.

Mais c’est déjà tout petit, dès son arrivée à l’école, que commencent les difficultés pour l’enfant précoce. Lorsqu’il répond tout de suite et tout juste (alors qu’il a à peine fait mine d’écouter) il y est en effet souvent considéré comme un fumiste et il agace (sa maîtresse et les autres enfants). Plus tard, il pourra même être pris pour un copieur, notamment en mathématiques. Et comme il s’ennuie, de surcroît – à cause d’un contenu pédagogique inadapté, de « camarades » de classe avec qui il n’a rien en commun et surtout à cause d’enseignants ignorant le champ émotionnel (pour se centrer sur le cognitif) – il prend souvent l’école en grippe et se mure dans un refus d’avancer, dans un isolement et dans une souffrance qui doivent être rapidement identifiés pour être pris en charge. Les pédagogues qui connaissent ces sujets (et ils sont rares) savent que paradoxalement (puisqu’ils sont doués d’une intelligence supérieure) ils fonctionnent cependant, malgré tout, essentiellement à l’affectif. Et que rien ne sert de les braquer, ni de vouloir les raisonner et avoir le dernier mot. La seule méthode est de tenter de réveiller leur intérêt endormi, de leur accorder de l’attention, de leur témoigner de la bienveillance, de les reconnaître, voire de les montrer en exemple. Mais les maîtres ont du mal à distinguer le cancre basique (et sans potentiel particulier), du cancre surdoué, au potentiel insoupçonné qui ne demanderait qu’à exploser. Certains sujets entrent parfois dans une véritable phobie scolaire qui les mène jusqu’à une déscolarisation, voire à des hospitalisations répétées. Cette pathologie est aussi nommée RSA (Refus Scolaire Anxieux). Voir aussi Échec scolaire, échec social… et possible médiation, entre l’élève et le « moule » de l’école…

Mon dessin ci-dessus (réalisé quand j’avais 15 ans) illustrait à mon insu, à la fois, ma propre phobie scolaire et le faux-self (ou la carapace) dont j’avais cru devoir m’affubler pour me camoufler, tenter de « passer entre les gouttes » ou me protéger. Je n’ai malheureusement disposé de mon propre mode d’emploi (et d’astuces de communication avec les neurotypiques) que des dizaines d’années plus tard, lorsque j’ai enfin été éclairé sur ce quasi-handicap qui expliquait bien des échecs !

Heureusement, d’autres sujet HP – surtout ceux qui ont été identifiés et soutenus tôt – traversent le monde scolaire sans incident ou y font même un parcours brillant et remarqué.

L’hypothèse d’un cerveau droit dominant  complique, enfin, de nombreuses tâches. Les apprentissages scolaires, bien sûr, mais aussi les situations intellectuelles on non qui demandent à être rigoureusement organisées et ordonnées.

Les surdoués, grands et petits, ont pour quête inépuisable de comprendre le sens de choses, le sens de la vie. Ils ont du mal à accorder de l’intérêt à un sujet de manière superficielle ; ils veulent tout en comprendre et tout démonter, voire démontrer. Ils ont aussi une grande difficulté à croire ce qui n’est pas démontré, à croire au Père Noël ou à croire en Dieu, par exemple. Ils en souffrent souvent jusqu’à l’âge où ils renonceront à penser qu’on peut croire par le seul fait que les autres ont l’air convaincus. Ils seront ainsi souvent libérés lorsqu’ils s’autoriseront à penser (voire à avouer) qu’ils sont agnostiques, par exemple. Une étude montre que les surdoués représentent une proportion de non-croyants bien supérieure à la moyenne.

Un surdoué, c’est aussi –  et surtout – quelqu’un qui se caractérise par une interaction à grande vitesse – et permanente – entre ses deux hémisphères cérébraux. Ceci suppose bien sûr des connexions ultra rapides, entre les différents secteurs concernés, mais surtout une hypertrophie  (pourrait-on dire, de manière imagée) de l’hémisphère cérébral droit. Le surdoué est donc un être hypersensible, émotif et sentimentalement fragile… Et ce, quelque soit son âge.

Une empathie incontrôlable

Cette disposition le rend particulièrement interactif avec son environnement (c’est un champion de l’empathie). Ses sens sont d’une grande acuité. Il perçoit ainsi un spectre d’informations très large, à travers ses cinq sens (et parfois un sixième) : expressions involontaires de ses interlocuteurs, messages chimiques, par exemple, notamment sur l’humeur des gens, leurs intentions etc. Le surdoué peut, à la rigueur, se déplacer dans le noir complet, pour peu qu’il ait eu l’occasion de visualiser les lieux auparavant (il aura, en effet, à cette occasion, enregistré à son insu, les informations nécessaires à son repérage dans l’espace). Le surdoué peut aussi entendre plusieurs conversations à la fois (sans pour autant en écouter vraiment aucune). Il s’interrompt ainsi parfois dans une conversation pour apporter une précision, en intervenant dans un autre échange, à l’opposé de la place qu’il occupe à un dîner, par exemple, alors que personne n’aurait pu imaginer que son ouïe pût même en percevoir le murmure, couvert par d’autres conversations (et par des bruits parasites, tels que bruits de vaisselle, musique, rires etc.), ni surtout que son cerveau pût en suivre le fil (voire même le fil discontinu de bribes improbables, de multiples échanges, dans la même pièce).

L’inconvénient de cette empathie incontrôlable, c’est que le surdoué est une véritable éponge  à émotions. Il peut ainsi développer une propension à porter sur ses épaules tous les malheurs du monde ; ce qui favorise parfois un syndrome dépressif latent qui se nourrit bien sûr, aussi, de son isolement intellectuel (quand ce n’est pas également d’un échec social et/ou professionnel).

Une grande solitude

Insatisfait du réel, toujours en deçà de ses aspirations, il rêve d’un monde différent. Ceci exacerbe son instinct créatif dans tous les domaines. Il ne peut ainsi se défendre de tout changer, améliorer, transformer, par la pensée ; cette disposition le prive parfois de jouir de l’instant présent. Le surdoué a du mal à être tout entier dans ce qu’il fait, dans ce qu’il vit. Par exemple, si le surdoué partage un bon moment, au restaurant par exemple, avec famille ou amis, il ne peut s’empêcher de s’éloigner de l’instant présent, pour imaginer en quelles circonstances, il pourrait y retourner, avec qui, à qui il va en parler, en quels termes… Ce faisant, il se culpabilise de ne pas pleinement ressentir le moment présent, de n’être pas tout à fait avec les autres. Comme s’il se voyait, en spectateur de sa propre vie, dans ce restaurant, sans en ressentir lui-même le plaisir, pourtant visiblement partagé par les autres. Sa pensée en arborescence l’éloigne alors encore un peu plus,  et sa frustration et son sentiment de culpabilité augmentent alors un peu plus.

Il est souvent dans un tel isolement intellectuel et affectif que, lorsqu’il accorde son amour, il attend parfois trop de la relation. Il est ainsi prêt à tout donner, mais ne supporte pas l’indifférence, la retenue ou la mesquinerie, chez l’être aimé. C’est ainsi un amant attentif au plaisir de l’autre, comme à son bonheur. En amitié, de même qu’en amour (peut-être du fait de sa difficulté à trouver des personnalités  à sa mesure), il est d’une fidélité exceptionnelle, même si pour lui, fidélité ne signifie pas toujours exclusivité. Épris d’absolu, il est sincère et droit. Ce qui contraste avec les stratégies de manipulation que lui prête parfois son entourage (le premier cercle, comme les cercles relationnels ou professionnels plus éloignés), faute de comprendre son fonctionnement de pensée véritable.

Les surdoués ont, en outre, un sens aigu de la famille et de l’engagement. A l’extrême, certains adultes surdoués, alors même qu’ils seraient bafoués par un conjoint irrespectueux et/ou borné, mais qu’ils sentiraient – au fond – fragile, seraient capables de se culpabiliser de n’avoir pas su instaurer une relation de qualité. Par abnégation, ils seraient ainsi prêts se convaincre de leur propre faute et à gober toutes les couleuvres, pour sauver leur couple, et ne perturber ni les enfants ni le cours des choses, redoublant alors de patience et de gentillesse. Et, plutôt que de rompre une relation qui les ferait souffrir, ils seraient capables (sans doute également par souci de la parole donnée) de tenter – inlassablement – de restaurer une relation de confiance et d’amour, souvent en pure perte… L’autre, pour borné qu’il soit, ayant compris que, quoi qu’il fasse, on ne l’abandonnerait pas.

Le second degré : son mode de communication

L’humour est le mode relationnel du surdoué. Il aborde les autres parfois même dans des situations graves et/ou importantes, avec un second degré  bien particulier. Le surdoué adolescent  est le champion de ces pirouettes verbales et de ces jeux de mots qui prétendent ne saisir que la forme du discours, pour s’épargner d’avoir à considérer le fond des choses. Ses traits d’esprit sont d’ailleurs souvent fulgurants. Cette disposition naturelle du surdoué à créer une distanciation de confort, avec les autres (pour se mettre à l’abri, ne pas trop se montrer, ne pas trop s’impliquer, ne pas trop se mettre en danger) s’atténue, au fil des années, lorsqu’il prend de l’assurance et comprend, de surcroît, que sa vision décalée agace ou irrite parfois.

Le surdoué n’est donc pas toujours le brillant sujet qui récolte les lauriers, mais souvent le zèbre  déphasé qui souffre de ne pas comprendre ceux qui l’entourent, de ne pouvoir être compris, lui-même (ni reconnu), de ne savoir s’intégrer. Cette souffrance est même souvent complétée d’un (plus ou moins grave) échec professionnel et/ou sentimental.

D’immenses ressources

Les surdoués ont cependant des ressources insoupçonnée, leur permettant de développer des stratégies d’adaptation, de compensation, leur assurant parfois une improbable insertion sociale (voire réussite), dans des domaines étrangers à leur véritable compétences. On pourra ainsi s’étonner, dans certains cas, de les voir tourner le dos aux carrières artistiques ou à la création. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent : Souffrant de leur différence abyssale avec leur entourage, et de la solitude qui en est le prix, ils recherchent souvent désespérément à protester de leur sérieux, de leur intégration, de leur conformisme même, en se fondant  littéralement au moule de carrières conventionnelles, comme celles du droit, des sciences ou des chiffres. Ils se résignent alors à devoir simuler la normalité. Sur le tard, leurs dons peuvent ainsi s’endormir, laissant la place à une certaine paresse (y compris intellectuelle). De temps à autre, on voit également, sur le tard, des surdoués qui s’étaient fourvoyés dans des professions purement alimentaires  ou trop conventionnelles, se tourner vers l’art, l’humanitaire, la psychologie…

Les adultes surdoués partagent une caractéristique étonnante : une part infantile encore très présente au plus profond d’eux même, tout au long de leur vie (aussi longue soit-elle). Cette part infantile est ce qui leur reste de la magie de l’enfance : le rêve, la créativité, la capacité à s’émerveiller de tout, à se laisser submerger par une joie profonde et subite, et surtout la certitude que tout est toujours possible, que demain est un autre jour où l’inespéré peut être attendu. Cette disposition contribue bien sûr à leur grande créativité et à leur capacité à la prise de risque. L’envers du décor, c’est que, comme un enfant, ils prennent de plein fouet une déception, une contrariété. Leur résilience est cependant immense, et sitôt terrassés par un cuisant échec, ils se relèvent. Oublieux de ses douloureuses conséquences négatives, ils ne tirent que le meilleur de l’expérience, pour repartir sur de nouveaux projets, souvent tous aussi fous et risqués, avec une confiance en eux intacte, voire un véritable sentiment de toute puissance. Cet état second conduit parfois certains psys, peu habitué au tempérament particulier des surdoués, à les confondre avec des sujets maniaco-dépressifs  (ou bipolaires).

L’intelligence du surdoué lui permet l’autocritique. Les sujets surdoués ont ainsi la capacité d’agir et se voir agir, en simultané. Leur intelligence décortique, en permanence les situations et, en cas d’échec, ils savent tirer les enseignements positifs de leur échec, là où les sujets ordinaires, manquant de recul, renonceraient, pour toujours, à toute entreprise.

Quel bonheur possible ?

Enfin, avec tout cela, le surdoué peut-il parvenir au bonheur ? Difficile à dire… C’est peut-être une question à laquelle même un autre zèbre  ne peut pas répondre… Trop de facteurs, trop de réponses possibles, trop de questions soulevées par ces possibles réponses…
Peut-être le zèbre  ne doit-il pas avoir une trop grande ambition de bonheur, car celui-ci atteindra rarement la mesure de son infinie soif d’absolu et de réussite. Il est en effet constant que le surdoué porte, sur lui-même, un regard sans concessions et que sa propre réussite lui paraisse ridicule, au regard de ses ambitions. Il est un perpétuel insatisfait, mais c’est à lui qu’il réserve ses critiques les plus vives. Et dans les situations de conflits familiaux, il se remet beaucoup trop facilement en cause, se croyant souvent le principal (voire le seul) responsable du désaccord.
Pour trouver le bonheur, une piste, cependant, doit être privilégiée : Ne pas chercher seul ce bonheur. Prendre la main (enfin… le sabot), d’un autre zèbre  et chercher ensemble. Mais la difficulté, dans nos régions, c’est que les zèbres sont rares… Or, de surcroît – peut-être, par crainte des prédateurs – ils se cachent souvent sous la peau d’un cheval, quand ce n’est pas d’un âne, pour se fondre dans la masse. Résultat : on ne les voit pas.
Le zèbre  devra donc chercher les autres zèbres, à tâtons (à l’odeur, peut-être).

Or, si sa quête de l’autre  est ainsi à la base parsemée d’embûches, pour l’adulte surdoué, sa véritable double peine, c’est que la solitude lui est plus intolérable encore qu’à tout autre. Lui qui, par essence, est tout entier tourné vers l’interaction, il se consume et s’étiole dans sa solitude intellectuelle et/ou affective… Et ce, parfois, même s’il est, en apparence, entouré d’amour, d’amitiés et de bonnes volontés.

Pour finir, cette disposition à un QI élevé, est avant tout génétique et héréditaire. De même que le caractère génétique « yeux bleus », elle peut cependant sauter une génération et/ou ne pas toucher l’ensemble des membres d’une même fratrie ou pas de la même manière. Il n’existe en effet pas qu’un seul archétype du surdoué, et tous les types et tous les degrés peuvent être rencontrés. Les sujets surdoués masculins  et féminins  ne tirent pas, d’ailleurs, le même bénéfice de cet héritage génétique. Ceci introduit encore une plus grande diversité dans la population des surdoués.

Ces quelques lignes ne sauraient dispenser de la lecture de l’ouvrage de Jeanne Siaud-Facchin : « Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué » (chez Odile Jacob). Ce sera une aide précieuse, pour les parents ou conjoints de surdoués qui aspirent à mieux les comprendre, mieux s’en faire comprendre et les aider. Ce sera aussi une bouffée d’oxygène pour les surdoués eux-mêmes, surtout pour ceux qui s’ignoraient jusque là et vivaient leur étrangeté  et leur exclusion avec un sentiment de culpabilité, de solitude et d’injustice. Ils y trouverons un éclairage inespéré sur leur situation, leur permettant, eux aussi, de se comprendre eux-mêmes, de mieux comprendre les autres, de s’en faire comprendre et reconnaître, et, au final, de retrouver une meilleure estime d’eux-mêmes.

Mais si leur quête, d’en apprendre davantage sur ce sujet sensible qui les touche personnellement ou a travers leurs proches est intacte, ils pourront avec bonheur découvrir également les ouvrages de Monique de Kermadec qui éclaire le sujet d’un autre angle, celui du faux-self par exemple, ou suivre les travaux du Dr. Olivier Revol de l’hôpital neurologique à Lyon, des associations AFEP, Psyrène (qui propose des tests et des accompagnements aux sujets HP et par exemple les subdivise en sous-catégories, comme les HP complexes ou laminaires) ou encore de l’association NoMad (qui propose une pédagogie alternative et un soutien scolaire au sein des établissements scolaires, pour promouvoir la stimulation des talents, plutôt que la sanction des insuffisances ou des échecs et ainsi lutter contre l’exclusion sociale au sein des quartier difficiles).

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Philippe Lamy

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