Sensualité et sexualité

S’agissant du massage (parfois sensuel, il est vrai), les esprits trop bien pensants (ou pudibonds) feront volontiers l’amalgame entre sensualité et sexualité. Mais le massage, même intime et parfois sensuel, n’a rien à voir avec un acte sexuel. / cf. Le « lâcher prise, » toucher et massage.

Une sensualité sans sexualité

La sexualité a essentiellement cette fonction première du développement de notre espèce, qui permet la reproduction. La sensualité, quant à elle, y concourt bien sûr, souvent, chez les être évolués. Mais cette fonction de sensualité est bien sûr absente du processus de reproduction des animaux (qui, de la même manière, ignorent les concepts d’art, de beau, de bien, de mal, de sublimation des émotions, de romantisme ou même de préliminaires amoureux, par exemple).

Ainsi, la sexualité est presque toujours associée, chez l’homme, à la sensualité. Or l’inverse n’est pas exact. Nombre de situations, nombre de conditions particulières éveillent notre sensualité, sans aucune projection, ni connotation sexuelle.

Sur la plage, par exemple, la caresse du soleil d’été et du vent sur notre peau, le bercement des vagues, sur notre corps, sont autant de sollicitations de nos sens aiguisés, sont autant de précieuses expériences sensorielles ou sensuelles … qui n’ont bien sûr rien de sexuel !

Plus quotidiennement, la douche stimulante du matin, l’odeur du premier café, les premières gorgées d’une boisson recherchée sont autant de stimulations sensuelles, sans la moindre connotation sexuelle.

Cette distinction entre une sensualité innocente et l’acte sexuel qui a pour fonction première la reproduction de l’espèce et pour corollaire l’injonction sociale et/ou religieuse de défense de la famille patriarcale monogame est importante, car elle explique la sacralisation ou la sanctuarisation de la sexualité. Voir aussi :

Sexe et sacré

Le massage : une sensualité codifiée

Le massage est ainsi une illustration typique, de la différence entre expérience sensorielle (ou sensuelle) et expérience sexuelle.

Autant l’acte sexuel suppose une rencontre privilégiée, entre deux êtres uniques et se situe, si possible, dans un projet amoureux qui dépasse les quelques minutes de son accomplissement, autant le massage professionnel se doit-il d’être tout à fait impersonnel et n’a pour horizon que le hic et nunc.

La personne qui vous masse est là pour soulager votre corps et lui apporter bien-être et plénitude au-delà, si possible, de la durée de la prestation tarifée prévue, mais il s’agit d’un instant « entre parenthèses », d’une durée prévue qui n’engagent aucunement les participants au-delà de cette durée.

Cette prestation professionnelle et codifiée est, certes, sensuelle, mais elle n’est pas censée créer de lien dans la durée… ou tout au moins, pas plus que vous n’en développez avec votre dentiste, ou votre coiffeur qui, tous deux, s’occupent pourtant bien de vous.

C’est aussi une prestation dont le cadre doit être clarifié, pour les deux parties, avant son déroulement. Il peut s’agir d’un massage thérapeutique localisé ou relaxant et parfaitement chaste ou d’un massage plus approfondi, et la demande du massé, de même que la proposition thérapeutique du praticien, doivent être parfaitement clairs. Il n’est cependant pas nécessaire de formaliser un contrat écrit.

Quoiqu’il en soit, le respect des deux protagonistes, vis-à-vis de ce cadre – précisément défini et contradictoirement accepté – comme le respect de chaque personne, à l’égard de l’autre personne, sont le fondement d’une relation professionnelle harmonieuse et parfois durable.

Séance après séance, cette compréhension et ce respect mutuels favorisent une parfaite mise en confiance et une décontraction du sujet massé, indispensables à un véritable lâcher prise de son cerveau gauche. Puis, au fil des séances, les craintes irraisonnées du sujet massé s’estompant, il peut accéder à la conscience de l’existence de ses chakras, et enfin à leur ouverture. Pour autant, la relation masseur/massé ne doit revêtir aucun caractère personnel excessif.

Ce caractère non-personnel de la relation de massage, permet, par exemple de se faire indifféremment masser, par un praticien du même sexe, ou du sexe opposé, sans gêne particulière, sans que les orientations sexuelles, de l’un et/ou l’autre, soient en cause et sans que la pudeur soit offensée.

Séance après séance, cette compréhension et ce respect mutuels favorisent une découverte mutuelle indispensable à l’atteinte de résultats tangibles. Mais, s’agissant de massages professionnels, il ne doit pas pour autant se développer une familiarité excessive, pas davantage qu’avec votre coiffeur ou votre dentiste.

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Philippe Lamy

Médiateur diplômé, de l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon II.

Formé en sexothérapie par le docteur Iv Psalti
FTSP Thérapie Sexuelle Positive (Dr. Iv Psalti)  / Accréditation Ordre des Psychologues du Québec (R401425-15 et RA01424-15) et SPF Santé Publique Belgique (SR-NR : 2-42932116

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